Synopsis
Bernadette, une femme issue d'un milieu urbain aisé, rompt avec la vie citadine et part s'établir à la campagne avec son jeune fils. Animée par un idéal de retour à la nature, elle ouvre sa maison aux gens du voisinage, en particulier à des personnes marginalisées ou délaissées, qu'elle accueille avec une générosité sans réserve.
Cette conduite, qui relève pour elle d'une forme de don de soi, est diversement interprétée par la communauté rurale. Les uns y voient de la bonté, les autres un comportement scandaleux, et la réputation de Bernadette oscille au gré de ces lectures contradictoires.
Parallèlement, son voisin Thomas, interprété par Donald Pilon, s'engage dans des actions politiques locales liées aux difficultés des agriculteurs. Le récit fait ainsi se croiser la quête personnelle de Bernadette et les tensions sociales et économiques qui traversent le milieu agricole québécois.
Production
Le film est écrit et réalisé par Gilles Carle, qui en signe le scénario original. Il s'agit d'un long métrage de fiction tourné en français.
Tournage
Le tournage a lieu à Saint-Didace, municipalité de la région administrative de Lanaudière, du 18 octobre au 29 novembre 1971. Le choix d'un village rural réel inscrit le film dans le paysage agricole du Québec de l'époque et donne au récit un ancrage concret, en accord avec son propos sur la vie à la campagne.
Distribution
| Interprète | Rôle |
|---|---|
| Micheline Lanctôt | Bernadette |
| Donald Pilon | Thomas |
Pour Micheline Lanctôt, qui deviendra ensuite également réalisatrice, le rôle-titre constitue l'un des premiers rôles importants au cinéma. Donald Pilon est quant à lui un interprète régulier du cinéma québécois de la période.
Durée
Les fiches de référence indiquent une durée variant de 94 à 97 minutes selon les sources, la valeur de 96 minutes étant la plus souvent retenue.
Diffusion et réception
Achevé en 1971, le film sort en 1972. Il est présenté la même année au Festival de Cannes, ce qui lui assure une visibilité internationale et confirme la place de Gilles Carle parmi les cinéastes québécois remarqués à l'étranger au début des années 1970.
Au Canada, La vraie nature de Bernadette reçoit trois prix aux Canadian Film Awards, la principale compétition cinématographique canadienne de l'époque, ancêtre des prix Génie puis des prix Écrans canadiens.
Le film demeure accessible au public : il figure dans la collection Éléphant, mémoire du cinéma québécois, consacrée à la restauration et à la diffusion du patrimoine cinématographique du Québec, et il est proposé par des organismes de diffusion éducative et commémorative du cinéma canadien, comme REEL CANADA et la Journée du cinéma canadien.
Thèmes
Le film met en tension l'idéal du retour à la terre, très présent dans la contre-culture de la fin des années 1960 et du début des années 1970, et la réalité matérielle de la vie rurale. Bernadette arrive à la campagne avec une vision idéalisée de la nature et de la simplicité, que la vie quotidienne du village vient éprouver.
La satire porte aussi sur le regard social. La générosité de l'héroïne, en particulier envers ceux que la communauté tient à l'écart, donne lieu à des interprétations opposées, entre sainteté et scandale. Le titre lui-même pose la question de cette « vraie nature », que chacun croit percevoir à sa manière.
Enfin, l'engagement politique de Thomas introduit la dimension collective des difficultés du monde agricole québécois. Le film associe ainsi le parcours intime d'une femme en rupture avec son milieu à une observation des tensions sociales du Québec rural, un mélange de comédie et de critique sociale caractéristique de l'œuvre de Gilles Carle.
Place dans l'œuvre de Gilles Carle
Gilles Carle (1928-2009) est l'un des cinéastes majeurs du Québec. Après La vie heureuse de Léopold Z (1965), il signe au début des années 1970 une série de films de fiction qui mêlent humour, critique sociale et portraits de personnages en marge, parmi lesquels Les mâles (1971) et La mort d'un bûcheron (1973).
La vraie nature de Bernadette s'inscrit dans cette période et en reprend plusieurs traits : l'intérêt pour le monde rural et les régions du Québec, le regard ironique porté sur les valeurs de la société, et la place centrale accordée à un personnage féminin. Le film marque aussi les débuts de la collaboration de Gilles Carle avec Micheline Lanctôt.
Sa sélection à Cannes en 1972 contribue à la reconnaissance internationale du réalisateur et, plus largement, du cinéma de fiction québécois, alors en pleine affirmation.