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Films

Valérie (film, 1969)

Valérie est un long métrage de fiction québécois réalisé par Denis Héroux, tourné en 1968 et sorti en 1969. Produit par la société montréalaise Cinépix, ce film en noir et blanc, d'une durée d'environ 97 minutes, met en vedette Danielle Ouimet dans le rôle-titre. Succès populaire marquant, il est considéré comme un jalon du cinéma commercial privé au Québec et comme l'œuvre qui ouvre la vague des films érotiques québécois de la fin des années 1960 et du début des années 1970.

Synopsis

Le film suit Valérie, une jeune orpheline élevée au couvent. Lassée de la discipline religieuse, elle quitte l'institution et gagne Montréal, où elle découvre une liberté nouvelle. Elle devient danseuse, puis prostituée, et fréquente un milieu urbain marqué par la nuit, les bars et la culture de la jeunesse de la fin des années 1960.

Son parcours bascule lorsqu'elle rencontre un veuf, père d'un jeune garçon. Cette rencontre oriente le récit vers une forme de rédemption sentimentale et familiale : l'héroïne, après avoir rompu avec l'éducation conventuelle, trouve une stabilité affective auprès de cet homme et de son fils.

La structure du récit, qui oppose l'enfermement du couvent à l'émancipation de la vie montréalaise, est souvent lue comme une transposition à l'écran des transformations des mœurs québécoises de l'époque. Le film associe ainsi une intrigue de mélodrame à une mise en scène qui exploite la nudité et l'érotisme, ce qui constitue alors une nouveauté dans la production de fiction québécoise destinée au grand public.

Production

Valérie est réalisé par Denis Héroux, alors jeune cinéaste issu du milieu universitaire et du cinéma indépendant. Le film est produit par Cinépix, société de production et de distribution fondée à Montréal par John Dunning et André Link. Le projet relève d'une démarche entièrement privée et commerciale, à une époque où la fiction québécoise est encore largement associée à l'Office national du film du Canada et à des productions à faible diffusion.

Le tournage a lieu à Montréal en 1968. Le film est tourné en français et en noir et blanc. Selon la fiche d'Éléphant : mémoire du cinéma québécois, sa durée originale est de 96 minutes et 55 secondes.

Le rôle-titre est confié à Danielle Ouimet, dont ce film lance la carrière au cinéma. La distribution comprend également Guy Godin.

Le succès du film consolide la position de Cinépix, qui poursuit dans la même veine au cours des années suivantes, et fait de Denis Héroux un réalisateur et un producteur en vue de l'industrie québécoise naissante. Héroux enchaîne notamment avec L'Initiation (1970), produit dans un esprit comparable.

Contexte historique

Valérie s'inscrit dans le prolongement de la Révolution tranquille, période de laïcisation rapide de la société québécoise et de recul de l'influence de l'Église catholique sur la vie publique et privée. Le motif de la jeune femme qui quitte le couvent pour la ville fait directement écho à cette rupture.

Le cadre réglementaire évolue également à la même époque. La législation québécoise sur le cinéma adoptée en 1967 remplace la logique de la censure par un système de classement des films selon l'âge du public, ce qui rend possible la diffusion en salle, auprès d'un public adulte, d'œuvres comportant de la nudité.

Dans ce contexte, Valérie devient la figure de proue d'un courant de films érotiques québécois, parfois désigné de façon familière sous l'appellation de « films de fesses ». Ce courant, qui comprend notamment L'Initiation de Denis Héroux et Deux femmes en or (1970) de Claude Fournier, marque le premier véritable essor d'un cinéma de fiction commercial et rentable au Québec. Il suscite aussi des débats sur la représentation des femmes et sur l'orientation que doit prendre la cinématographie nationale.

Sortie et réception

À sa sortie en 1969, Valérie connaît un succès public important dans les salles québécoises et est fréquemment cité comme le premier grand succès du cinéma commercial privé au Québec. Les estimations publiées de sa fréquentation et de ses recettes varient selon les sources et les méthodes de mesure.

La réception critique est nettement plus réservée. Comme le rappelle Le Devoir dans un article consacré au film, Valérie a « séduit le public… mais pas la critique » : une partie des commentateurs de l'époque lui reproche son caractère racoleur et la minceur de son scénario, tandis que d'autres y voient le signe d'une émancipation culturelle.

Au-delà de son accueil immédiat, le film a une portée durable sur l'industrie : il démontre qu'un long métrage québécois de fiction peut être rentable en salle sans financement public direct, ce qui encourage l'investissement privé dans la production locale au tournant des années 1970.

Analyses et postérité critique

Valérie a fait l'objet de relectures savantes depuis les années 1990. La revue Ciné-Bulles lui a consacré en 1995 un article intitulé « Deux ou trois choses que l'on sait d'elle », qui revient sur le film de Denis Héroux et sur sa place dans l'histoire du cinéma québécois.

En 2013, la revue Nouvelles vues, publiée par l'Observatoire du cinéma au Québec, a publié l'article de J. Beaulieu « Le plaisir visuel de Valérie ». Cette étude aborde le film sous l'angle du regard cinématographique et de la construction du personnage féminin, en s'appuyant sur les outils de la théorie féministe du cinéma.

Le film est également discuté dans des travaux plus larges sur les rapports entre identité nationale et représentation des femmes à l'écran, notamment dans l'ouvrage Femmes, nation et nature dans le cinéma québécois, dont un compte rendu a paru dans la revue Recherches féministes en 2020.

Ces lectures situent Valérie à la croisée de plusieurs enjeux : l'émergence d'une industrie commerciale, la libéralisation des mœurs et la question de l'objectivation du corps féminin dans le cinéma populaire.

Restauration et patrimoine

Le film a été restauré par Éléphant : mémoire du cinéma québécois, projet voué à la numérisation et à la restauration des longs métrages québécois. La version restaurée a été présentée en 2019 au Festival de cinéma de la ville de Québec, puis projetée à la Cinémathèque québécoise à Montréal.

Ces projections ont permis à un nouveau public de découvrir l'œuvre et ont souligné sa place dans le patrimoine cinématographique du Québec. Le film fait partie d'un ensemble de titres de la même période remis en circulation par Éléphant, ce qui facilite son étude dans une perspective historique.

Valérie est aujourd'hui régulièrement cité dans les histoires du cinéma québécois comme une étape charnière entre le cinéma d'auteur des années 1960 et l'essor de la production commerciale des années 1970.

Sources

  1. Éléphant : mémoire du cinéma québécois, fiche du film Valérie
  2. Films du Québec, Valérie – Film de Denis Héroux
  3. Le Devoir, « Quand Valérie séduisit le public… mais pas la critique »
  4. J. Beaulieu, « Le plaisir visuel de Valérie », Nouvelles vues (2013)
  5. Ciné-Bulles, « Deux ou trois choses que l'on sait d'elle / Valérie de Denis Héroux » (1995)
  6. Recherches féministes, compte rendu de Femmes, nation et nature dans le cinéma québécois (2020)
  7. Éléphant, Le FCVQ présentera la version restaurée du film érotique Valérie
  8. Films du Québec, projection de la version restaurée de Valérie
  9. CTVM.info, projection de la version restaurée de Valérie à la Cinémathèque québécoise
  10. Éléphant, Denis Héroux, réalisateur, scénariste et producteur
  11. Films du Québec, Cinépix – compagnie de production
  12. Yves Lever, La dynamique cinématographique de 1958-1969, 4e partie (L'Agora)
  13. Wikidata, Valérie (Q3554221)
  14. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Éléphant : mémoire du cinéma québécois, présentation de Valérie au FCVQ
  2. Denis Héroux
  3. Valérie (film, 1968) — Wikipédia
  4. Éléphant : mémoire du cinéma québécois ... - CTVM-info
  5. Neuf films québécois restaurés et disponibles dont…
  6. Neuf films québécois restaurés et disponibles dont les images sont de René Verzier

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : valérie, denis héroux, danielle ouimet, cinépix, cinéma érotique, cinéma québécois, révolution tranquille, 1969, éléphant

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