Contexte géologique
Saint-Alban se trouve dans la MRC de Portneuf, dans la région administrative de la Capitale-Nationale, à la jonction des basses-terres du Saint-Laurent et du piedmont des Laurentides. La vallée de la rivière Sainte-Anne y entaille d'épais dépôts meubles mis en place à la fin de la dernière glaciation.
Après le retrait de l'inlandsis laurentidien, la mer de Champlain a envahi la vallée du Saint-Laurent et y a déposé des argiles marines. Le relèvement isostatique du continent a ensuite exondé ces dépôts, qui ont été recouverts par endroits de sables deltaïques et fluviatiles. Ces argiles, dont l'eau interstitielle salée a été progressivement lessivée, peuvent devenir sensibles : remaniées, elles perdent l'essentiel de leur résistance et se comportent comme un fluide.
Au site de l'éboulement, le terrain comprenait, selon l'étude historique publiée dans la revue Cap-aux-Diamants, près de 30 mètres de sable reposant sur une couche d'argile inclinée. Cette superposition d'un matériau perméable sur un matériau peu perméable favorise la circulation de l'eau souterraine au contact des deux couches et l'apparition de sources à flanc de versant.
Déroulement
Le glissement s'est produit le 27 avril 1894, en pleine crue printanière. Une fonte rapide des neiges avait gonflé la rivière Sainte-Anne et saturé les dépôts du plateau situé au nord de l'ancien lit de la rivière.
Selon les témoignages rapportés, l'événement aurait duré de six à huit minutes. Le plateau s'est abaissé d'environ 36 mètres, et la masse déplacée a couvert, selon l'historique de la municipalité de Saint-Alban, une superficie d'environ six kilomètres carrés. Les débris ont envahi la vallée et obstrué l'ancien lit de la rivière, qui a dû se frayer un nouveau passage.
| Paramètre | Valeur rapportée |
|---|---|
| Date | 27 avril 1894 |
| Durée | six à huit minutes |
| Affaissement du plateau | environ 36 mètres |
| Superficie touchée | environ 6 km² |
| Épaisseur de sable | près de 30 mètres |
Les mesures de l'étendue et du volume diffèrent selon les sources, ce qui tient en partie aux méthodes d'estimation de l'époque.
Causes
Plusieurs facteurs, agissant sur des échelles de temps différentes, sont invoqués pour expliquer la rupture.
- Préparation du versant : l'érosion exercée de longue date par les eaux de source et par la rivière Sainte-Anne au pied du talus aurait affaibli le versant et accentué sa pente.
- Déclencheur hydrologique : la crue printanière de 1894, liée à une fonte rapide de la neige, a fortement accru les pressions d'eau dans les dépôts et l'érosion à la base du versant.
- Nature des matériaux : la présence d'une couche d'argile inclinée sous une épaisse couverture sableuse a offert une surface de glissement potentielle. Le comportement des argiles marines sensibles, qui se liquéfient lorsqu'elles sont remaniées, est généralement associé à l'ampleur et à la rapidité des grands glissements de ce type dans les basses-terres du Saint-Laurent.
Le rapport géologique du ministère des Mines du Québec consacré à la région de la rivière Sainte-Anne, publié en 1936, constitue la principale référence documentaire ancienne sur les caractéristiques géologiques et les dimensions du glissement.
Conséquences
Pertes humaines et matérielles
Quatre membres de la famille Gauthier ont péri dans la catastrophe. Les dommages rapportés comprennent la destruction d'une dizaine de maisons et de granges, d'un moulin, de terres cultivées et de ponts.
Effets sur la rivière
L'éboulement a détourné la rivière Sainte-Anne de son lit et profondément modifié le paysage de la vallée. Les sources historiques font état de dommages en aval, notamment à Sainte-Anne-de-la-Pérade, près de l'embouchure de la rivière dans le Saint-Laurent. La forte turbidité de l'eau, chargée de sédiments, est aussi tenue responsable d'une perturbation des pêcheries.
Place dans l'histoire des glissements de terrain au Québec
L'éboulement de Saint-Alban figure parmi les plus anciennes catastrophes naturelles du Québec dont le souvenir est bien documenté. Il appartient à la famille des grands mouvements de terrain qui affectent les dépôts de la mer de Champlain et de la mer de Goldthwait, de l'Outaouais au Saguenay.
D'autres événements de même nature ont marqué l'histoire québécoise, notamment le glissement de Saint-Jean-Vianney, au Saguenay, le 4 mai 1971, qui a fait 31 morts, et celui de Saint-Jude, en Montérégie, le 10 mai 2010, qui a coûté la vie à quatre personnes. Ces catastrophes ont contribué au développement de la cartographie des zones exposées aux glissements de terrain et à l'encadrement de l'aménagement du territoire par le gouvernement du Québec.
L'événement de 1894 est régulièrement cité dans les inventaires historiques des catastrophes naturelles établis par les organismes de sécurité civile et dans les synthèses consacrées aux glissements de terrain au Québec.
Mémoire
La municipalité de Saint-Alban rappelle l'éboulement dans son historique local. Une plaque commémorative, située dans le rang de la Rivière-Noire, marque le souvenir de la catastrophe.
L'événement a fait l'objet d'une étude historique de l'historien Alain Gariépy, publiée en 2005 dans la revue Cap-aux-Diamants sous le titre « 1894 : l'éboulis de Saint-Alban », qui rassemble les témoignages et les données disponibles sur le déroulement et les conséquences du glissement. Il continue d'être évoqué dans la presse comme l'une des premières catastrophes naturelles québécoises dont le souvenir a été conservé.