Définition et délimitation
Les Basses-terres du Saint-Laurent constituent, avec le Bouclier canadien et les Appalaches, l'une des grandes régions physiographiques du Québec. Il s'agit d'une plaine de faible altitude qui s'étend de part et d'autre du fleuve Saint-Laurent. Elle est limitée au nord-ouest par le rebord du Bouclier canadien, qui forme le piémont des Laurentides. Au sud-est, elle est bordée par les reliefs plissés des Appalaches.
Au Québec, la plaine s'étend de la région de l'Outaouais, vers Ottawa, jusqu'au-delà de la ville de Québec. Elle se prolonge à l'ouest en Ontario. Sa largeur varie fortement d'un secteur à l'autre :
- environ 120 km dans la région de Montréal, où la plaine atteint son extension maximale ;
- environ 5 km près de Québec, où le Bouclier et les Appalaches se rapprochent du fleuve.
Les limites et superficies publiées varient selon la définition retenue. Dans le cadre écologique de référence du Québec, les Basses-terres forment une province naturelle d'environ 29 000 km². Environnement et Changement climatique Canada reprend cette délimitation pour sa zone d'étude québécoise. Certaines publications géologiques adoptent une définition plus large. Elles rattachent aux Basses-terres des roches de même nature qui se poursuivent vers l'aval, jusqu'à l'île d'Anticosti.
Géologie
Socle sédimentaire
Le socle des Basses-terres est formé de roches sédimentaires déposées au Paléozoïque dans une mer peu profonde. Ces roches reposent sur le socle précambrien du Bouclier canadien. Les géologues y distinguent des roches clastiques, comme les grès et les shales, et des roches carbonatées, comme les calcaires et les dolomies. Les couches sont généralement peu déformées et proches de l'horizontale. Elles contrastent ainsi avec les roches plissées et charriées des Appalaches. Au sud-est, le contact entre les deux ensembles correspond à une grande zone de failles de chevauchement, connue sous le nom de ligne de Logan.
Intrusions montérégiennes
La monotonie du socle est interrompue, dans la région de Montréal et en Montérégie, par une série d'intrusions de roches ignées. Ces intrusions forment aujourd'hui les collines Montérégiennes. Plus résistantes à l'érosion que les roches sédimentaires encaissantes, elles se dressent au-dessus de la plaine.
Dépôts quaternaires
La roche en place est le plus souvent masquée par des dépôts meubles plus récents. Les glaciations du Quaternaire ont d'abord laissé des tills. Lors de la déglaciation, la dépression du Saint-Laurent, enfoncée par le poids des glaces, a été envahie par la mer de Champlain. Cette mer a déposé d'épaisses couches d'argiles et de silts marins. Le retrait progressif des eaux, lié au relèvement isostatique du continent, a ensuite laissé des sables littoraux, des plages soulevées et des terrasses. Ces dépôts sont à l'origine des sols argileux et sableux de la plaine. Certaines argiles marines sensibles exposent aussi plusieurs secteurs à des glissements de terrain.
Relief et hydrographie
Relief
Le relief des Basses-terres est généralement plat ou légèrement ondulé, avec des altitudes faibles. Deux éléments interrompent cette uniformité :
- les collines Montérégiennes, une série de monts isolés qui dominent la plaine dans la région de Montréal et en Montérégie. Elles comprennent notamment le mont Royal, le mont Saint-Bruno, le mont Saint-Hilaire, le mont Rougemont, le mont Yamaska et le mont Saint-Grégoire ;
- les terrasses fluviales et marines, des gradins étagés qui marquent les anciens niveaux de la mer de Champlain et du fleuve. Elles sont particulièrement visibles dans certains secteurs, notamment près de Québec.
Hydrographie
Le fleuve Saint-Laurent forme l'axe de la région. En amont, la plaine est découpée par l'archipel d'Hochelaga, où se rejoignent le Saint-Laurent et la rivière des Outaouais. En aval de Montréal, le fleuve s'élargit pour former le lac Saint-Pierre.
De nombreux affluents traversent la plaine avant de rejoindre le fleuve. Les rivières de la rive nord, comme L'Assomption, le Saint-Maurice, la Batiscan, la Sainte-Anne et la Jacques-Cartier, descendent du Bouclier. Celles de la rive sud, comme le Richelieu, la Yamaska, la Saint-François, la Nicolet et la Chaudière, prennent leur source dans les Appalaches ou au-delà.
Climat et sols
Les Basses-terres jouissent d'un climat continental humide. Ce climat est parmi les plus cléments du Québec, avec des étés chauds et une saison de croissance plus longue que dans le reste de la province. Les températures diminuent progressivement de l'amont vers l'aval du fleuve. Le secteur de Montréal et du sud-ouest de la Montérégie bénéficie ainsi des conditions les plus favorables.
Cette combinaison climatique et pédologique confère aux Basses-terres un potentiel agricole sans équivalent au Québec. Les sols de la plaine se sont développés principalement sur les dépôts de la mer de Champlain et sur les alluvions récentes des cours d'eau :
- les argiles et les loams argileux, fertiles mais parfois mal drainés, occupent de vastes étendues de la plaine ;
- les sables, issus des anciens deltas et des plages, forment des secteurs plus secs et plus pauvres. Ces secteurs ont souvent été consacrés à la forêt ou à des cultures spécialisées.
La grande majorité des terres cultivées de la province se trouve dans les Basses-terres. L'agriculture y est encadrée, comme ailleurs au Québec, par la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. Le drainage souterrain des terres argileuses a été largement pratiqué pour en améliorer le rendement.
Occupation du territoire
Les Basses-terres concentrent la majeure partie de la population du Québec ainsi que ses principales agglomérations. Montréal, Laval, Longueuil, Québec, Lévis, Trois-Rivières, Saint-Jean-sur-Richelieu, Drummondville et Saint-Hyacinthe se trouvent dans la plaine ou sur ses marges. Les Basses-terres couvrent en tout ou en partie plusieurs régions administratives :
- Montréal et Laval ;
- la Montérégie ;
- Lanaudière et les Laurentides, dans leur partie méridionale ;
- la Mauricie et le Centre-du-Québec ;
- la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, le long du fleuve.
L'occupation européenne du territoire a suivi le fleuve et ses affluents dès le Régime français. Le régime seigneurial y a imprimé un découpage caractéristique : des terres longues et étroites, perpendiculaires aux cours d'eau, alignées en rangs successifs. Ce parcellaire marque encore le paysage rural de la plaine.
Aux XIXe et XXe siècles, la plaine est devenue le principal foyer industriel et urbain du Québec. Elle est traversée par les grands axes de transport de la province : la voie maritime, les chemins de fer et les autoroutes. L'urbanisation et l'étalement des banlieues, surtout dans la région métropolitaine de Montréal, exercent une pression constante sur les terres agricoles et les milieux naturels.
Écologie et conservation
Sur le plan écologique, les Basses-terres appartiennent à la zone de la forêt feuillue. On y trouve les domaines bioclimatiques les plus méridionaux du Québec, dominés par les érablières. C'est la région du Québec où la diversité des espèces végétales et animales est la plus élevée, et où se concentre aussi une forte proportion des espèces en situation précaire.
Le défrichement agricole et l'urbanisation ont fortement réduit et morcelé le couvert forestier d'origine. Les boisés résiduels, les milieux humides et les rives sont devenus des habitats essentiels. Les grands milieux humides riverains, comme ceux du lac Saint-Pierre, constituent des haltes migratoires importantes pour la sauvagine et d'autres oiseaux migrateurs. Le lac Saint-Pierre est aussi reconnu comme réserve de biosphère par l'UNESCO.
Le gouvernement du Canada a désigné les Basses-terres du Saint-Laurent comme lieu prioritaire dans son approche de conservation des espèces en péril. Environnement et Changement climatique Canada et Pêches et Océans Canada décrivent ce territoire comme un paysage de plaines sur les rives nord et sud du fleuve. Ce paysage revêt une importance particulière pour les oiseaux migrateurs et pour de nombreuses espèces en péril, terrestres et aquatiques. Le plan de mise en œuvre associé vise à coordonner les actions de conservation entre les gouvernements, les organismes et les propriétaires privés. Les terres de la région sont en effet en majorité privées.

