Situation géographique
La mine Éléonore se trouve sur le territoire d'Eeyou Istchee Baie-James, dans la région administrative du Nord-du-Québec. Elle est implantée à l'extrémité nord-est du réservoir Opinaca, aménagé dans le cadre du complexe hydroélectrique La Grande. Le site est situé à environ 190 km à l'est de la communauté crie de Wemindji et à quelque 320 km au nord de Matagami.
Le secteur appartient au bassin versant de la rivière Eastmain et s'inscrit dans un paysage de plateau bouclier parsemé de lacs, de tourbières et de milieux humides, modelé par les glaciations du Quaternaire. Les dépôts glaciaires et les blocs erratiques qui couvrent une partie du substratum rocheux compliquent la cartographie géologique de la région, ce qui explique le recours à l'échantillonnage systématique d'affleurements et de blocs lors des travaux d'exploration.
Le territoire relève du régime des terres établi par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975, et les projets miniers qui y sont réalisés sont soumis aux procédures d'évaluation environnementale propres à ce territoire.
Cadre géologique
Le gisement Éléonore fait partie de la Province du Supérieur, le plus vaste craton archéen du Bouclier canadien. Il se trouve dans le domaine de la rivière Eastmain, près du contact entre deux sous-provinces aux caractères contrastés :
- la sous-province de La Grande, composée de séquences volcano-sédimentaires et de roches plutoniques ;
- la sous-province de l'Opinaca, dominée par des roches métasédimentaires paragneissiques et migmatitiques ainsi que par des intrusions granitiques.
La roche encaissante principale est la Formation de Low, une séquence sédimentaire archéenne rattachée aux séquences volcano-sédimentaires de la sous-province de La Grande. Elle est constituée surtout de wackes, accompagnés de conglomérats, d'arénites et de formations de fer.
Le secteur de la mine est marqué par un fort gradient métamorphique, l'intensité du métamorphisme augmentant à l'approche de la sous-province de l'Opinaca. Les roches encaissantes ont atteint le faciès supérieur des amphibolites. Elles sont recoupées par diverses intrusions, notamment des roches tonalitiques et des pegmatites. Cette position à la limite de deux sous-provinces, dans des roches fortement métamorphisées, distingue Éléonore de la plupart des gisements d'or archéens orogéniques classiques du Québec, généralement encaissés dans des roches volcaniques de plus faible degré métamorphique, comme ceux de l'Abitibi.
Minéralisation
La minéralisation aurifère se répartit en plusieurs corridors minéralisés subverticaux orientés nord-nord-ouest–sud-sud-est. La zone principale, nommée Roberto, est accompagnée de zones secondaires situées à proximité.
Les études menées par Géologie Québec et l'Institut national de la recherche scientifique décrivent un gisement d'or métamorphisé, où la minéralisation est associée à :
- des réseaux de veinules et de stockwerks de quartz ;
- une altération potassique marquée, caractérisée notamment par du microcline et de la phlogopite, ainsi que par de la tourmaline ;
- des sulfures et arséniures disséminés, notamment l'arsénopyrite, la löllingite et la pyrrhotite.
Le métamorphisme a modifié l'assemblage minéral et la texture initiale de la minéralisation, ce qui rend plus délicate l'interprétation de sa genèse. Les travaux de recherche relèvent des analogies avec d'autres gisements d'or archéens encaissés dans des séquences sédimentaires ailleurs dans le monde : proximité d'un contact entre sous-provinces, altération potassique et présence de conglomérats dans la séquence hôte.
La reconnaissance du potentiel aurifère des wackes de la Formation de Low a orienté l'exploration régionale vers les bassins métasédimentaires de la Baie-James, auparavant considérés comme moins favorables que les ceintures volcaniques.
Découverte et mise en valeur
Le gisement a été découvert en 2004 par la société d'exploration Mines d'or Virginia, à la suite de travaux de prospection et de sondage dans le secteur du réservoir Opinaca. La découverte de la zone Roberto a constitué l'un des événements marquants de l'exploration minérale québécoise des années 2000.
En 2006, Goldcorp a acquis la propriété dans le cadre d'une transaction avec Mines d'or Virginia et a entrepris la mise en valeur du gisement. Les travaux de développement souterrain, la construction des infrastructures et l'aménagement d'une route d'accès ont été réalisés au début des années 2010.
En 2011, une entente de collaboration, l'entente Opinagow, a été conclue entre l'exploitant, le Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee), l'Administration régionale crie et la Nation crie de Wemindji. Elle encadre notamment les retombées en matière d'emploi, de formation et d'affaires, ainsi que les aspects environnementaux.
Le premier lingot d'or a été coulé en 2014, et la mine est entrée en production commerciale en 2015. À la suite de la fusion de Goldcorp avec Newmont en 2019, la mine a été intégrée au portefeuille de cette dernière, qui a annoncé sa cession en 2024.
Exploitation
Éléonore est une mine exclusivement souterraine. L'exploitation repose principalement sur la méthode des chantiers longs trous, adaptée aux corridors minéralisés subverticaux du gisement. L'optimisation des méthodes d'abattage dans ces chantiers a fait l'objet de travaux techniques présentés lors de sessions d'étude sur les techniques de sautage.
Les conditions géomécaniques constituent un enjeu important. L'exploitation en profondeur dans un massif rocheux soumis à de fortes contraintes, en milieu nordique, a donné lieu à des projets de recherche soutenus par le Fonds de recherche du Québec portant sur la caractérisation du massif et la conception des ouvrages miniers sous hautes contraintes.
La mine fonctionne selon un régime de navettage aérien et routier, la main-d'oeuvre étant hébergée sur le site. Le minerai est traité dans une usine de concentration située sur place, qui produit de l'or sous forme de lingots.
Environnement
Le projet Éléonore a été soumis à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement et le milieu social prévue au chapitre 22 de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Le Comité d'examen des répercussions sur l'environnement et le milieu social (COMEX) intervient dans l'analyse des projets réalisés sur ce territoire et dans le suivi de leurs conditions d'autorisation.
L'aménagement des infrastructures minières, des aires d'entreposage des résidus et des voies d'accès a touché des milieux humides et hydriques, abondants dans ce secteur de la Baie-James. Un plan de compensation des milieux humides a été élaboré pour le projet, conformément aux exigences québécoises en matière de conservation de ces milieux.
La proximité du réservoir Opinaca et du réseau hydrographique de la rivière Eastmain fait de la gestion des eaux minières et des résidus un aspect central du suivi environnemental du site.
Exploration régionale
La découverte d'Éléonore a stimulé l'exploration aurifère dans les bassins métasédimentaires de la Baie-James, en particulier le long du contact entre les sous-provinces de La Grande et de l'Opinaca. Plusieurs propriétés d'exploration ont été jalonnées dans les environs de la mine, dont le projet Éléonore Centre de Midland Exploration.
Les travaux réalisés autour de la mine comprennent des levés géologiques et des campagnes de forage dont les rapports sont versés au système d'information géominière du Québec (SIGÉOM). Un levé géologique effectué à l'été 2014 a porté sur l'échantillonnage de 650 affleurements et blocs erratiques ; il a fait ressortir des valeurs en or, en argent, en arsenic et en cuivre jugées favorables à la poursuite des travaux. Des travaux de sondage ont suivi à l'automne 2015.
Géologie Québec a par ailleurs publié des synthèses sur le gisement, qui en font un modèle de référence pour la recherche d'or dans des roches sédimentaires métamorphisées du nord du Québec.