Situation
La mine Gaspé se trouve sur le territoire de la ville de Murdochville, dans le canton de Holland, au cœur de la péninsule gaspésienne. Le site appartient à la municipalité régionale de comté de La Côte-de-Gaspé, dans la région administrative de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Il occupe un secteur montagneux de l'intérieur de la péninsule, rattaché au massif des Chic-Chocs, à l'écart des agglomérations côtières.
Le complexe minier regroupait plusieurs gisements voisins, dont ceux du mont Copper, exploité à ciel ouvert, et du mont Needle, exploité en souterrain. La ville de Murdochville a été fondée au début des années 1950 pour loger la main-d'œuvre de la mine ; son développement est étroitement lié à celui de l'exploitation.
Sur le plan géologique, le secteur fait partie de la province géologique des Appalaches, plus précisément de la ceinture de roches sédimentaires paléozoïques qui couvre une grande partie du centre et de l'est de la Gaspésie.
Cadre géologique
Le gisement de la mine Gaspé s'inscrit dans les roches de la ceinture de Gaspé, ensemble de roches sédimentaires du Paléozoïque déposées dans le domaine appalachien. Les roches encaissantes comprennent des horizons calcaires et des roches sédimentaires fines du Dévonien inférieur, notamment des unités rattachées au Groupe des Calcaires supérieurs de Gaspé.
Ces roches ont été recoupées par des intrusions felsiques porphyriques, mises en place au Dévonien dans le contexte de l'orogenèse acadienne. La minéralisation est génétiquement associée à ces intrusions : la circulation de fluides hydrothermaux chauds issus des magmas a transformé les roches encaissantes et y a déposé des sulfures de cuivre.
Les travaux de synthèse métallogénique publiés par le ministère des Ressources naturelles du Québec sur le centre nord de la Gaspésie décrivent ce district comme le principal centre cuprifère de la péninsule. Des études de géochronologie récentes, publiées dans le Canadian Journal of Earth Sciences, ont précisé l'âge du système porphyrique de la mine Gaspé et la chronologie de la minéralisation par rapport à la mise en place des intrusions.
Minéralisation
Le gisement présente deux grands styles de minéralisation, souvent associés dans un même système hydrothermal :
- Porphyre cuprifère : minéralisation disséminée et en réseaux de veinules (stockwerk) dans les intrusions porphyriques et dans les roches encaissantes immédiatement adjacentes ;
- Skarn : minéralisation de remplacement dans les horizons calcaires, transformés au contact des intrusions en roches calcosilicatées porteuses de sulfures.
Le principal métal économique est le cuivre, présent surtout sous forme de chalcopyrite. Le molybdène et l'argent sont aussi présents dans le système et entrent dans le calcul des teneurs en équivalent cuivre utilisées dans les estimations récentes de ressources.
Les gisements du mont Copper et du mont Needle représentent des expressions différentes de ce système : le premier, de grande dimension et de teneur relativement faible, se prête à une exploitation par fosse à ciel ouvert, tandis que des corps minéralisés plus localisés ont été atteints par galeries souterraines. Cette combinaison de styles fait de la mine Gaspé un exemple représentatif des systèmes porphyre-skarn de la chaîne appalachienne.
Histoire de l'exploitation
Découverte et mise en valeur
Des indices de cuivre ont été découverts dans le secteur en 1921. Leur mise en valeur a toutefois tardé en raison de l'isolement du site, situé dans l'intérieur montagneux de la péninsule. La société Noranda Mines a entrepris l'exploitation en 1950, par l'entremise de sa filiale Gaspé Copper Mines, et a aménagé à Murdochville une fonderie pour traiter le minerai sur place. La première coulée de cuivre a eu lieu le 9 décembre 1955.
Exploitation
Pendant la seconde moitié du XXe siècle, le complexe a combiné l'exploitation souterraine et l'exploitation à ciel ouvert. La mine et la fonderie ont constitué le principal moteur économique de Murdochville et un employeur majeur de la Gaspésie. En 1957, la ville a été le théâtre d'une grève importante, connue sous le nom de grève de Murdochville, qui a marqué l'histoire du syndicalisme au Québec.
Incendie et fermeture
L'exploitation a été perturbée par un incendie souterrain en 1987 ; les activités minières ont repris au début de 1989. L'exploitation minière a pris fin en 1999. La fermeture a entraîné un déclin démographique important de Murdochville.
Projet de relance
En juillet 2023, Métaux Osisko a acquis la propriété auprès de Glencore Canada, héritière des actifs de Noranda. La société y mène depuis des travaux d'exploration, de forage et d'essais métallurgiques en vue d'évaluer un éventuel retour en production, principalement par une fosse à ciel ouvert sur le gisement du mont Copper.
Le gouvernement du Québec répertorie le projet parmi les projets d'exploration avancée ayant une estimation de tonnage dans la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Estimations de ressources minérales (2024)
| Date | Catégorie | Tonnage | Teneur (CuEq) |
|---|---|---|---|
| Novembre 2024 | Indiquées | 824 millions de tonnes | 0,34 % |
| Novembre 2024 | Présumées | 670 millions de tonnes | 0,38 % |
| Mai 2024 | Indiquées | 495 millions de tonnes | 0,37 % |
Ces chiffres correspondent à des ressources minérales limitées par une fosse théorique, et non à des réserves minérales. Les catégories « indiquées » et « présumées » traduisent des niveaux de confiance géologique distincts ; elles ne démontrent pas à elles seules la viabilité économique d'une exploitation. Des essais métallurgiques préliminaires ont également été publiés par la société pour évaluer la récupération du cuivre et des métaux associés.
Importance régionale
La mine Gaspé occupe une place particulière dans l'histoire minière du Québec. Elle a été le principal producteur de cuivre de l'est du Québec pendant près d'un demi-siècle et a structuré l'occupation d'un territoire intérieur jusque-là pratiquement inhabité. La ville de Murdochville, dont la toponymie rappelle les origines minières, est l'une des rares villes de mono-industrie de la Gaspésie.
Sur le plan scientifique, le gisement a fait l'objet de nombreux rapports du ministère responsable des mines, consignés dans le Système d'information géominière du Québec (SIGÉOM), ainsi que de publications de la Commission géologique du Canada et de revues spécialisées. Il sert de référence pour l'étude des systèmes porphyriques et des skarns associés à l'orogenèse acadienne dans les Appalaches.
La relance envisagée au milieu des années 2020 s'inscrit dans l'intérêt accru pour le cuivre, métal considéré comme essentiel à l'électrification des transports et des réseaux. Tout projet de remise en production demeure assujetti aux études de faisabilité et aux procédures d'évaluation environnementale prévues par le cadre légal québécois.