Situation
La mine Renard se trouve dans le territoire d'Eeyou Istchee Baie-James, dans la région administrative du Nord-du-Québec, à proximité du lac Lagopède. Le site est éloigné de tout centre urbain : il se situe à environ 250 km au nord de la communauté crie de Mistissini et à quelque 350 km au nord de Chibougamau.
Le gisement appartient au secteur des monts Otish, un massif du centre du Québec connu pour son bassin sédimentaire protérozoïque et pour plusieurs indices de kimberlite. L'accès terrestre au site est assuré par un prolongement du réseau routier vers le nord à partir de la région de Chibougamau et de Mistissini, aménagé pour desservir le territoire des monts Otish.
Le territoire relève du régime établi par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, qui encadre notamment l'évaluation environnementale et sociale des projets de développement sur les terres de la Baie-James. Le site se trouve sur des terres traditionnellement utilisées par les Cris de Mistissini.
Cadre géologique
Le gisement Renard est situé dans la Province du Supérieur, la plus vaste province géologique du Bouclier canadien, constituée pour l'essentiel de roches archéennes. Les intrusions diamantifères sont encaissées dans les migmatites et les paragneiss archéens du Complexe de Laguiche.
La présence de diamants dans des kimberlites est étroitement liée à l'existence d'un vieux craton épais et stable. Sous les noyaux archéens, la lithosphère continentale atteint des profondeurs où la pression et la température permettent la stabilité du diamant, généralement au-delà de 150 km. Les magmas kimberlitiques, issus du manteau profond, remontent rapidement vers la surface et arrachent au passage des fragments du manteau lithosphérique (xénolites et xénocristaux) qui peuvent contenir des diamants. Le socle archéen de la Province du Supérieur offre ainsi un contexte favorable à la préservation de kimberlites diamantifères.
Les kimberlites de Renard recoupent un socle beaucoup plus ancien qu'elles : l'écart entre l'âge des roches encaissantes, archéennes, et celui des intrusions, néoprotérozoïques, dépasse deux milliards d'années. Les cheminées se sont mises en place bien après la stabilisation du craton, à une époque où le centre du Québec faisait partie d'un continent en cours de fragmentation.
Kimberlite de Renard
L'unité stratigraphique reconnue sous le nom de Kimberlite de Renard regroupe l'ensemble des intrusions du gisement :
- dix cheminées kimberlitiques, désignées Renard 1 à Renard 10 ;
- deux dykes, nommés Lynx et Hibou.
Les cheminées sont des corps verticaux de forme grossièrement conique, typiques des diatrèmes kimberlitiques, tandis que les dykes sont des intrusions tabulaires minces qui s'étendent latéralement dans l'encaissant.
Âge
Des datations uranium-plomb (U-Pb) sur pérovskite, un minéral qui cristallise dans le magma kimberlitique, ont fourni les âges suivants :
| Intrusion | Âge de cristallisation |
|---|---|
| Renard 1 | 631,6 ± 3,5 Ma |
| Renard 2 et Renard 3 | 640,5 ± 2,8 Ma |
Ces résultats placent la Kimberlite de Renard au Néoprotérozoïque, vers la fin du Précambrien. Ce magmatisme est contemporain d'une période de distension et de rifting associée à la fragmentation du supercontinent Rodinia et à l'ouverture de l'océan Iapetus, au cours de laquelle plusieurs épisodes magmatiques alcalins ont touché l'est de l'Amérique du Nord.
Parmi les cheminées, Renard 2 et Renard 3 ont constitué les principales cibles de l'exploitation.
Découverte et mise en valeur
La découverte du gisement résulte de travaux d'exploration menés au début des années 2000 dans le secteur des monts Otish, une région qui a connu à cette époque un important engouement pour la recherche de diamants.
| Année | Événement |
|---|---|
| 2001 | Découverte par forage des cheminées Renard 1 et Renard 2 |
| 2002 | Découverte des cheminées Renard 3 à Renard 10 |
| 2003 | Découverte du dyke Lynx |
| 2005 | Découverte du dyke Hibou |
Les années suivantes ont été consacrées à l'échantillonnage en vrac, à l'évaluation des teneurs et de la valeur des diamants, puis aux études de faisabilité. Le projet a été repris et développé par Les Diamants Stornoway (Canada) inc., filiale de la société Stornoway Diamond Corporation.
Avant l'ouverture de Renard, le Québec ne comptait aucune mine de diamants en activité, bien que des kimberlites aient été reconnues dans plusieurs régions du territoire. La mise en valeur du gisement a fait de la province un nouveau producteur canadien de diamants, après les Territoires du Nord-Ouest et l'Ontario.
Évaluation environnementale
Le projet minier diamantifère Renard a été soumis à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts applicable au territoire de la Baie-James en vertu du chapitre 22 de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Le Comité d'évaluation des répercussions sur l'environnement et le milieu social (COMEX) a procédé à l'examen du projet pour le compte du gouvernement du Québec.
Le projet a également fait l'objet d'une évaluation environnementale à l'échelle fédérale, dont le dossier est consigné auprès de l'Agence d'évaluation d'impact du Canada.
Le dossier public du Registre des évaluations environnementales du Québec rassemble l'étude d'impact, les autorisations délivrées et des documents de suivi environnemental. Les enjeux examinés comprenaient notamment la gestion des eaux et des résidus miniers, la protection des milieux aquatiques et de la faune, ainsi que les répercussions sur l'utilisation traditionnelle du territoire par les Cris de Mistissini.
Les relations entre le promoteur et les autorités cries ont été encadrées par une entente conclue avec la Nation crie de Mistissini et le Grand Conseil des Cris, portant notamment sur la formation, l'emploi et les retombées économiques du projet.
Exploitation
L'exploitation du gisement a combiné des travaux à ciel ouvert et des travaux souterrains. Les parties supérieures des cheminées ont d'abord été extraites en fosse, puis l'exploitation s'est poursuivie en profondeur par voie souterraine.
La mine a ouvert en octobre 2016, et la production commerciale de diamants a commencé en décembre 2016. Le minerai kimberlitique était traité sur place dans une usine de concentration, où les diamants étaient récupérés par des procédés de broyage, de séparation par milieu dense et de tri.
Selon le gouvernement du Québec, des diamants ont été extraits commercialement à Renard de 2017 à 2023. Le diamant figure ainsi parmi les pierres gemmes produites au Québec, dont il a constitué la seule production commerciale de cette nature.
La période d'exploitation a été marquée par des difficultés financières liées notamment à la faiblesse des prix du diamant brut sur les marchés internationaux. En 2019, la société mère s'est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, et l'exploitation s'est poursuivie à la suite d'une restructuration.
Suspension des activités
2023
Le 27 octobre 2023, Stornoway a annoncé la suspension temporaire de ses activités à la mine Renard et la mise du site en phase de surveillance et d'entretien. L'annonce s'est accompagnée de la mise à pied d'environ 425 travailleurs.
Le Rapport d'activité minière 2023 du ministère des Ressources naturelles et des Forêts confirme le maintien des infrastructures d'exploitation sur le site et situe l'activité de la mine entre 2016 et 2023.
2016 à 2023
Pendant ses quelque sept années d'activité, la mine Renard a été la seule mine de diamants en exploitation au Québec. Elle a constitué l'un des principaux projets miniers du territoire d'Eeyou Istchee Baie-James au cours de cette période.