Doctrine
Le crédit social est une théorie économique formulée dans les années 1920 par l'ingénieur britannique Clifford Hugh Douglas. Elle part du constat d'un écart persistant entre le pouvoir d'achat dont dispose la population et la valeur des biens et services produits. Pour combler cet écart, la doctrine préconise une réforme du système monétaire dans laquelle la création du crédit relèverait de l'État plutôt que des banques privées.
Parmi les mesures associées au crédit social figurent :
- le versement d'un dividende national à chaque citoyen, indépendamment de son emploi ;
- un mécanisme d'ajustement des prix destiné à rapprocher pouvoir d'achat et production ;
- une méfiance marquée envers la finance et l'endettement public auprès des institutions bancaires.
Au Québec, la doctrine a été reçue dans un milieu où l'enseignement social de l'Église catholique et la critique des « trusts » financiers étaient déjà présents. Il convient de distinguer le crédit social en tant que doctrine des partis qui s'en sont réclamés, tant sur la scène fédérale que provinciale.
Origines au Québec
Le crédit social se diffuse au Québec à partir du milieu des années 1930, au moment où la crise économique ravive l'intérêt pour les réformes monétaires et où le Social Credit de William Aberhart prend le pouvoir en Alberta en 1935. La plateforme retient 1936 comme date de fondation du courant créditiste québécois.
Le principal artisan de cette diffusion est Louis Even, qui organise des cercles d'étude et fonde, avec Gilberte Côté-Mercier, le journal Vers demain. Le mouvement adopte d'abord une forme d'éducation populaire, puis s'engage dans l'action électorale sous le nom d'Union des électeurs. Celle-ci présente des candidats à l'élection générale québécoise de 1948, sans faire élire de député.
Le mouvement de Louis Even évolue par la suite vers une orientation principalement religieuse et militante, connue sous le nom de Pèlerins de saint Michel ou « bérets blancs ». Une autre branche, plus strictement politique, se constitue autour de Réal Caouette, qui privilégie la conquête de sièges au Parlement fédéral.
Présence sur la scène fédérale
C'est d'abord à Ottawa que le courant créditiste québécois obtient ses résultats les plus importants. Réal Caouette, originaire de l'Abitibi, est élu une première fois en 1946 lors d'une élection partielle dans Pontiac sous la bannière de l'Union des électeurs.
Aux élections fédérales de 1962, l'aile québécoise du Parti Crédit social du Canada, dirigée par Caouette, crée la surprise en remportant 26 sièges au Québec. En 1963, à la suite de divergences avec la direction nationale du parti, Caouette fonde le Ralliement des créditistes, formation distincte qui conserve une députation au Québec durant les années 1960. Les deux formations se réunissent au début des années 1970.
Le vote créditiste fédéral se concentre dans les régions rurales et ressources : Abitibi-Témiscamingue, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Bas-Saint-Laurent, Beauce et Bois-Francs. Le Ralliement des créditistes de Caouette inspire directement la création d'une aile provinciale à la fin des années 1960. La présence créditiste au Parlement fédéral prend fin au début des années 1980.
Ralliement créditiste du Québec
Le 25 janvier 1970, le Ralliement créditiste décide de participer aux élections québécoises et dote son aile provinciale de structures autonomes. Camil Samson, militant créditiste de l'Abitibi, en est élu chef le 22 mars 1970.
Élection de 1970
Aux élections générales du 29 avril 1970, remportées par le Parti libéral du Québec de Robert Bourassa, le Ralliement créditiste obtient 11,2 % des voix et fait élire 12 députés, dans un scrutin marqué par le recul important de l'Union nationale. Camil Samson est élu dans la circonscription de Rouyn-Noranda. La formation est reconnue à l'Assemblée nationale et y siège durant la 29e législature.
Dissensions et recul
La députation créditiste connaît rapidement des tensions internes et des changements de direction. Aux élections générales de 1973, le parti, présenté sous le nom de Parti créditiste, ne fait élire que deux députés. Aux élections de 1976, Camil Samson est le seul député créditiste élu. La formation devient ensuite marginale sur la scène provinciale.
Camil Samson meurt le 18 décembre 2012.
Résultats électoraux provinciaux
Le tableau suivant présente, du plus récent au plus ancien, les sièges obtenus par la formation créditiste aux élections générales québécoises de la décennie 1970.
| Élection | Dénomination | Sièges | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1976 | Ralliement créditiste | 1 | Camil Samson seul élu |
| 1973 | Parti créditiste | 2 | Recul après des dissensions internes |
| 29 avril 1970 | Ralliement créditiste du Québec | 12 | 11,2 % des voix ; chef : Camil Samson |
Auparavant, l'Union des électeurs avait présenté des candidats à l'élection générale de 1948 sans obtenir de siège. Les résultats détaillés par circonscription sont consignés dans les archives électorales de l'Assemblée nationale du Québec.
Au 14 octobre 2026, aucune formation créditiste n'est représentée à l'Assemblée nationale.
Héritage et postérité
Le crédit social occupe une place particulière dans l'histoire politique du Québec. Il a constitué, dans les années 1960 et 1970, un véhicule d'expression pour des électeurs des régions rurales et ressources, souvent éloignés des grands partis traditionnels et méfiants envers les élites financières et urbaines. Son discours mêlait réforme monétaire, conservatisme social, attachement aux valeurs catholiques et critique de l'État centralisateur.
L'élection de 12 députés créditistes en 1970 illustre la fragmentation du paysage politique québécois au moment de la Révolution tranquille, alors que le Parti québécois faisait lui aussi son entrée à l'Assemblée nationale et que l'Union nationale amorçait son déclin.
La doctrine continue de susciter l'intérêt des historiens et des chercheurs en sciences sociales, notamment dans les débats sur le revenu de base, dont le dividende national créditiste est parfois présenté comme un précurseur. Le mouvement est également évoqué dans le débat public contemporain : en octobre 2026, une lettre d'opinion publiée par La Presse relève certaines ressemblances entre le Parti conservateur du Québec et le mouvement créditiste.