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Histoire

Devise « Je me souviens »

« Je me souviens » est la devise officielle du Québec. Conçue par l'architecte Eugène-Étienne Taché, elle apparaît pour la première fois en 1883 sur les plans du Palais législatif, sous les armoiries placées au-dessus de l'entrée principale de l'édifice, avant d'être gravée dans la pierre de l'hôtel du Parlement. Elle est associée officiellement aux armoiries du Québec en 1939 et figure sur les plaques d'immatriculation depuis 1978. Son sens exact, que son auteur n'a pas explicité, fait l'objet d'interprétations diverses.

Je me souviens
Photographie historique : Je me souviens. Charles Huot (Public domain) Wikimedia Commons
Je me souviens (Jardinage)
Photographie : Je me souviens (Jardinage). Abdallahh (CC BY-SA 2.0) Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0

Origine et auteur

La devise « Je me souviens » est attribuée à Eugène-Étienne Taché (1836-1912), architecte, arpenteur et haut fonctionnaire québécois, fils de l'homme politique Étienne-Paschal Taché. Chargé de concevoir le Palais législatif de Québec, aujourd'hui appelé hôtel du Parlement, il en dessine la façade et les éléments décoratifs.

La formule apparaît pour la première fois sur les plans de l'édifice en 1883. Elle y est placée sous les armoiries de la province, au-dessus de l'entrée principale. Ce choix s'inscrit dans le programme décoratif d'ensemble que Taché élabore pour la façade, conçue comme un hommage à l'histoire du Québec.

À l'époque, les armoiries concédées à la province en 1868 ne comportent pas de devise. L'inscription imaginée par Taché vient donc compléter, dans la pierre de l'édifice, un emblème qui en était jusque-là dépourvu, sans avoir encore de caractère officiel.

Aucun texte connu de Taché n'expose explicitement le sens qu'il entendait donner à la formule. Cette absence d'explication de la main de l'auteur est à l'origine des nombreuses interprétations proposées par la suite.

Inscription sur l'hôtel du Parlement

La devise est gravée dans la pierre de l'hôtel du Parlement, à Québec, sous les armoiries qui surmontent la porte principale. Elle occupe ainsi une place centrale dans la composition de la façade.

Cette façade constitue un véritable programme commémoratif. Taché y a prévu des niches, des statues et des éléments sculptés évoquant des peuples, des personnages et des épisodes de différentes périodes de l'histoire du territoire :

  • des figures liées aux débuts de la Nouvelle-France et à l'exploration ;
  • des personnages du Régime français et du Régime britannique, y compris des militaires et des administrateurs ;
  • des représentations des Premières Nations.

Selon le gouvernement du Québec, la devise résume, dans ce contexte, l'intention de se souvenir de ce que rappelle la façade. La formule agit en quelque sorte comme une légende de l'ensemble sculpté : elle invite à garder en mémoire les acteurs et les événements qui y sont représentés.

L'aménagement de la façade s'est poursuivi sur plusieurs décennies, de nouvelles statues étant ajoutées au fil du temps dans les niches prévues par l'architecte.

Officialisation dans les armoiries

Pendant plus d'un demi-siècle, la devise est employée sans statut officiel, en lien avec l'inscription de l'hôtel du Parlement.

En 1939, le gouvernement du Québec adopte de nouvelles armoiries. La formule « Je me souviens » y est intégrée sur le listel, c'est-à-dire la banderole placée sous l'écu. C'est à partir de ce moment qu'elle est associée officiellement aux armoiries québécoises et qu'elle acquiert le statut de devise officielle du Québec.

Les armoiries de 1939 demeurent en usage et figurent parmi les symboles nationaux du Québec, aux côtés notamment du drapeau fleurdelisé, adopté en 1948. La devise accompagne ces armoiries dans les documents officiels et sur divers supports gouvernementaux.

AnnéeÉtape
1868Concession d'armoiries à la province, sans devise
1883Première apparition de la devise sur les plans du Palais législatif
1939Intégration officielle de la devise au listel des nouvelles armoiries
1978Inscription de la devise sur les plaques d'immatriculation

Plaques d'immatriculation

En 1978, « Je me souviens » remplace la formule « La belle province » au bas des plaques d'immatriculation des véhicules québécois. Cette décision donne à la devise une diffusion quotidienne bien au-delà de son inscription sur l'hôtel du Parlement.

L'expression « La belle province », jusque-là employée sur les plaques, relevait davantage du registre touristique. Son remplacement par la devise officielle confère aux plaques une dimension identitaire et commémorative.

Par l'intermédiaire des véhicules immatriculés au Québec, la formule circule sur les routes de toute l'Amérique du Nord. Elle devient ainsi l'un des symboles québécois les plus visibles, tant pour la population que pour les visiteurs, et l'un des plus fréquemment commentés.

Cette visibilité accrue a contribué à relancer, à partir de la fin des années 1970, les discussions sur la signification de la devise, dans un contexte politique marqué par les débats sur l'avenir constitutionnel du Québec.

Interprétations et débats

Le sens de « Je me souviens » a suscité de nombreuses lectures, en raison de la brièveté de la formule et de l'absence de commentaire laissé par son auteur. Les historiens distinguent les faits documentés, essentiellement le contexte architectural de la façade, des interprétations ultérieures.

Lecture fondée sur la façade

La lecture la plus étroitement rattachée aux sources rapporte la devise au programme décoratif de l'hôtel du Parlement : se souvenir des peuples, des personnages et des épisodes que la façade met en scène. C'est l'interprétation que retient le gouvernement du Québec.

Autres lectures

D'autres interprétations ont été avancées, rattachant la devise à la mémoire des origines françaises, à la Conquête ou plus largement à la continuité historique de la société québécoise. Le contexte architectural éclaire le sens de la formule, mais ne permet pas d'attribuer avec certitude une interprétation unique à son auteur. Des travaux, dont ceux de l'historien Gaston Deschênes et de Jean-François Rouillard, ont examiné ces différentes hypothèses.

« Née dans les lis, je grandis dans les roses »

Une interprétation répandue présente la devise comme le début d'une phrase plus longue : « Née dans les lis, je grandis dans les roses ». Les sources historiques distinguent toutefois les deux formules. Celle des lis et des roses est associée à un projet et à une médaille de 1908 ; elle ne constitue pas la suite attestée de la devise officielle.

Place dans la mémoire collective

Inscrite sur l'édifice qui abrite l'Assemblée nationale du Québec, reprise dans les armoiries officielles et diffusée par les plaques d'immatriculation, la devise « Je me souviens » occupe une place singulière parmi les symboles québécois.

Sa formulation, centrée sur la mémoire, en fait un objet fréquent de réflexion sur le rapport des Québécois à leur histoire. Elle est régulièrement évoquée dans les ouvrages consacrés à l'identité québécoise, dans l'enseignement de l'histoire et dans le discours public.

La devise est aussi souvent comparée aux autres devises du continent américain. La Bibliothèque de l'Assemblée nationale l'a notamment située parmi les devises du Nouveau Monde, soulignant ce qui la distingue de formules exprimant plutôt des valeurs, des aspirations ou des ressources naturelles.

Son caractère ouvert, qui laisse à chacun le soin de déterminer l'objet du souvenir, contribue à expliquer à la fois sa longévité et la persistance des débats qui l'entourent. Des sociétés d'histoire locales, des institutions patrimoniales et des chercheurs continuent d'en documenter l'origine et l'usage.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, « Devise du Québec : Je me souviens »
  2. Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec, « Je me souviens et les devises du Nouveau Monde »
  3. Gaston Deschênes, « La devise “Je me souviens” », L'Agora
  4. Jean-François Rouillard, « L'énigme de la devise du Québec : à quel souvenir fait-elle référence ? », Bulletin d'histoire politique, 2005
  5. Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française, « La devise québécoise “Je me souviens” »
  6. Radio-Canada, « S'immatriculer sans être à côté de la plaque »
  7. Antoine Robitaille, « Je me souviens », L'Agora
  8. Société historique de Saint-Donat, « “Je me souviens” »
  9. Wikipédia, « Je me souviens »
  10. Dictionnaire biographique du Canada, notice « Taché, Eugène-Étienne »
  11. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Et si on se - lançait des fleurs...

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : devise, je me souviens, symboles nationaux, armoiries du québec, hôtel du parlement, eugène-étienne taché, mémoire collective, plaques d'immatriculation

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