Origines
La célébration du 24 juin plonge ses racines dans les fêtes européennes du solstice d’été, christianisées sous le vocable de la nativité de saint Jean-Baptiste. Dans la France d’Ancien Régime, la veille de la Saint-Jean donnait lieu à des feux de joie, une coutume que les colons transportent en Amérique.
En Nouvelle-France, la Saint-Jean-Baptiste est soulignée comme fête de dévotion et marque symboliquement le début de l’été. Les feux allumés le soir du 23 juin, souvent bénis par le clergé, constituent l’un des rites les plus durables de cette tradition, qui se maintient après la Conquête de 1760 dans les paroisses de la vallée du Saint-Laurent.
Jusqu’au début du XIXe siècle, la fête conserve un caractère essentiellement religieux et communautaire. Elle n’a pas encore de dimension nationale ou politique, celle-ci n’apparaissant qu’avec l’affirmation du mouvement patriote dans le Bas-Canada.
Le banquet de 1834 et l’essor patriotique
Le tournant survient à Montréal le 24 juin 1834. Le journaliste et éditeur Ludger Duvernay, propriétaire du journal La Minerve, réunit une soixantaine de convives lors d’un banquet conçu comme une fête nationale annuelle des Canadiens. L’événement se tient dans le contexte politique tendu qui précède les rébellions de 1837-1838, et réunit des partisans du Parti patriote.
Ce banquet est considéré comme l’acte fondateur de la Fête nationale du Québec. Il est désigné au Registre du patrimoine culturel du Québec à titre d’événement historique.
La célébration est reprise les années suivantes et se diffuse dans d’autres localités. Elle s’appuie sur l’Association Saint-Jean-Baptiste, devenue la Société Saint-Jean-Baptiste, qui organise pendant plus d’un siècle les festivités, notamment les défilés de Montréal et de Québec.
Au cours du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, la fête associe étroitement identité canadienne-française et catholicisme :
- messes solennelles et processions ;
- défilés de chars allégoriques ;
- figure du petit saint Jean-Baptiste, enfant bouclé accompagné d’un agneau, qui clôt traditionnellement le défilé.
En 1908, le pape Pie X proclame saint Jean-Baptiste patron des Canadiens français.
Du jour férié à la fête nationale
Le jour férié de 1925
En 1925, l’Assemblée législative du Québec adopte une loi, dite « loi Tétreau », qui fait du 24 juin un jour férié au Québec. La fête acquiert ainsi une reconnaissance civile qui dépasse le seul cadre religieux.
La Révolution tranquille
Les transformations de la société québécoise durant les années 1960 modifient profondément le sens de la célébration. L’identité canadienne-française cède progressivement la place à une identité proprement québécoise, et la dimension religieuse recule. Le défilé de Montréal du 24 juin 1968, marqué par des affrontements entre manifestants et policiers en présence du premier ministre fédéral Pierre Elliott Trudeau, illustre la politisation croissante de la fête. La figure de l’enfant à l’agneau est abandonnée à la fin de la décennie.
Au cours des années 1970, les grands rassemblements populaires et les spectacles, notamment sur le mont Royal, prennent le relais des défilés. La chanson « Gens du pays » de Gilles Vigneault, présentée lors des célébrations de 1975, s’impose comme un hymne associé à la fête.
La désignation officielle
En 1977, le gouvernement du Québec décrète le 24 juin fête nationale du Québec. La Loi sur la fête nationale, sanctionnée le 8 juin 1978, établit le 24 juin comme jour de la fête nationale et jour férié et chômé. La sanction de cette loi figure également au Registre du patrimoine culturel du Québec.
Cadre légal
La fête est régie par la Loi sur la fête nationale (RLRQ, chapitre F-1.1). Ce texte fait du 24 juin un jour férié et chômé pour les salariés, distinct des autres jours fériés prévus par la Loi sur les normes du travail.
La loi prévoit notamment :
- le versement d’une indemnité au salarié qui chôme ce jour-là ;
- une indemnité compensatoire ou un congé payé de remplacement pour le salarié qui doit travailler le 24 juin ;
- des dispositions particulières lorsque le 24 juin tombe un dimanche, le congé pouvant alors être reporté au 25 juin pour les salariés qui ne travaillent habituellement pas le dimanche.
L’application des règles relatives aux droits des salariés relève de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Le soutien financier aux célébrations est assuré par le ministère de la Culture et des Communications, qui publie un cadre de référence à l’intention des organisateurs et conclut des ententes avec les organisateurs régionaux.
La fête nationale se distingue de la fête du Canada, célébrée le 1er juillet, ainsi que de la Journée nationale des patriotes, soulignée au Québec le lundi précédant le 25 mai.
Organisation et célébrations
Les célébrations s’étendent principalement sur les journées du 23 et du 24 juin. Elles comprennent des spectacles musicaux, des feux de joie, des feux d’artifice, des défilés, des pique-niques et des activités familiales tenues dans les municipalités de toutes les régions du Québec.
La coordination provinciale est confiée au Mouvement national des Québécoises et Québécois, qui travaille avec un réseau de sociétés nationales régionales. À Montréal, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal demeure associée à l’organisation des festivités, tandis que la ville de Québec accueille traditionnellement un grand spectacle sur les plaines d’Abraham.
Dans plusieurs régions, une fête nationale régionale est confiée chaque année à une municipalité hôte. Ainsi, en octobre 2026, la Société nationale de l’Est du Québec a lancé un appel de propositions pour désigner la ville hôte de la fête nationale régionale du Bas-Saint-Laurent en 2027, ouvert aux municipalités des MRC de Kamouraska, de Rivière-du-Loup et de Témiscouata ainsi qu’aux organismes admissibles, avec une date limite fixée au 4 décembre 2026.
Les couleurs bleu et blanc du drapeau du Québec, le fleurdelisé, dominent l’iconographie de la fête. Les organisateurs sont incités à faire place au caractère inclusif de la célébration, ouverte à l’ensemble des personnes qui vivent au Québec, quelle que soit leur origine.
Appellations et mémoire
Bien que l’appellation officielle soit « fête nationale du Québec », les dénominations « Saint-Jean-Baptiste » et « Saint-Jean » demeurent d’usage courant. L’Office québécois de la langue française consigne la forme officielle dans son Grand dictionnaire terminologique.
Avant l’adoption de l’appellation officielle, la Saint-Jean-Baptiste était aussi une fête de l’ensemble de la francophonie canadienne. Plusieurs communautés francophones hors Québec continuent de souligner le 24 juin sous ce nom, tandis que les Acadiens célèbrent leur propre fête nationale le 15 août.
La fête occupe une place importante dans la mémoire collective québécoise. Son évolution, d’une fête patronale catholique à une célébration civique, reflète les grandes étapes de l’histoire identitaire du Québec : affirmation patriote des années 1830, nationalisme canadien-français, Révolution tranquille et redéfinition de la nation québécoise sur une base territoriale et civique. Le banquet de 1834 et la sanction de la loi de 1978 sont tous deux reconnus au Registre du patrimoine culturel du Québec.
