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Livres

Le Survenant

Le Survenant est un roman de Germaine Guèvremont paru en 1945 aux Éditions Beauchemin. Le récit est situé au Chenal du Moine, près de Sorel. Il raconte l'arrivée d'un étranger sans nom dans la famille Beauchemin, puis les bouleversements que son séjour provoque dans la communauté rurale. Le roman est rattaché à la littérature du terroir, mais il met en scène l'opposition entre l'enracinement et l'appel des routes. Il est considéré comme une œuvre majeure du roman québécois et sa parution a été désignée événement historique en 2018.

Genèse et publication

Germaine Guèvremont publie Le Survenant en 1945 aux Éditions Beauchemin, à Montréal. Elle avait auparavant fait paraître En pleine terre, un recueil de récits consacré au même milieu rural. Le roman s'inspire du Chenal du Moine, un chenal de l'archipel du lac Saint-Pierre situé près de Sorel. Ce lieu se trouve aujourd'hui dans la municipalité de Sainte-Anne-de-Sorel, dans la MRC de Pierre-De Saurel, en Montérégie.

L'autrice a fréquenté cette région, qu'elle décrit avec précision. Elle s'attache à ses paysages d'eau et d'îles, à ses saisons, à ses travaux agricoles et à la langue de ses habitants. Le texte reproduit de nombreux régionalismes et tournures du parler populaire de la vallée du Saint-Laurent.

Deux ans plus tard, en 1947, Germaine Guèvremont publie Marie-Didace, qui fait suite au Survenant. Les deux romans forment ce qu'on appelle parfois le cycle du Survenant.

Résumé

Un soir d'automne, un inconnu frappe à la porte de la maison des Beauchemin, au Chenal du Moine. Il demande à manger et à se reposer. Didace Beauchemin, le chef de famille, l'engage comme homme de peine. L'étranger refuse de révéler son nom et son passé. Les gens du lieu l'appellent donc « le Survenant », c'est-à-dire celui qui est survenu.

Le Survenant est travailleur et habile. Il a beaucoup voyagé et raconte des histoires sur les pays qu'il a vus, ce qui fascine une partie de l'entourage. D'autres se méfient de lui, surtout Amable, le fils de Didace, et sa femme Phonsine. Angélina Desmarais, une voisine, s'éprend de lui.

Au fil des saisons, l'étranger s'attache à la terre et aux gens, mais il garde le goût de la liberté. Son penchant pour la boisson et son besoin de repartir s'opposent à la vie sédentaire de la paroisse. Il finit par reprendre la route, au grand regret de ceux qui s'étaient attachés à lui.

Personnages

Le roman réunit un petit nombre de personnages autour de la maison Beauchemin :

  • Le Survenant : étranger venu des routes, aussi surnommé le « Grand-dieu-des-routes ». Il incarne le voyage et l'ouverture sur le monde extérieur.
  • Didace Beauchemin : patriarche veuf, attaché à la terre et à la lignée familiale. Il voit dans le Survenant le fils qu'il aurait souhaité avoir.
  • Amable Beauchemin : fils de Didace, de tempérament plus effacé. Il ne paraît pas capable de prendre la relève de son père.
  • Phonsine : épouse d'Amable. Elle se montre méfiante envers l'étranger.
  • Angélina Desmarais : voisine des Beauchemin. Son amour pour le Survenant tient une place centrale dans le récit.

Autour d'eux gravitent les habitants du Chenal du Moine et des environs. Ensemble, ils forment le portrait d'une communauté rurale soudée et refermée sur elle-même.

Thèmes et analyse

Le Survenant est souvent classé dans la littérature du terroir. Ce courant valorise la vie paysanne, la fidélité à la terre et la continuité des traditions canadiennes-françaises. Le roman reprend ce cadre, mais il le met en tension avec la figure du nomade, venu de l'extérieur, qui ébranle l'ordre établi.

La critique a relevé plusieurs oppositions structurantes :

  • l'enracinement face aux routes ;
  • la tradition face à la liberté ;
  • la communauté repliée sur elle-même face à l'ouverture sur le monde.

Dans un article publié dans la revue Québec français, Aurélien Boivin lit le roman comme le récit de « la fin de la société rurale d'ancien régime ». Selon cette lecture, la lignée Beauchemin s'affaiblit et l'étranger révèle les limites d'un monde en déclin. Le roman paraît à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à une époque où le Québec s'urbanise et s'industrialise. Il est ainsi souvent présenté comme une œuvre de transition entre le roman du terroir et le roman moderne.

L'écriture de Germaine Guèvremont est aussi étudiée pour la place qu'elle donne à la nature, aux cycles des saisons et à la langue populaire.

Réception et distinctions

Le roman reçoit un accueil favorable dès sa parution et obtient plusieurs distinctions. Le gouvernement du Québec mentionne notamment trois prix associés à l'œuvre :

  • le prix Ludger-Duvernay ;
  • le prix David ;
  • le prix Sully-Olivier de Serres.

Le livre devient l'un des titres classiques de la littérature québécoise. Il est régulièrement étudié dans l'enseignement secondaire et collégial, ainsi qu'à l'université. Des ressources pédagogiques lui sont consacrées, dont des séquences didactiques diffusées par l'Université Laval.

En août 2018, dans le cadre de l'initiative « Le 12 août, j'achète un livre québécois », la ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, désigne la parution du roman comme événement historique. Cette désignation est faite en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

Adaptations

Le Survenant et Marie-Didace ont été adaptés à la radio et à la télévision. Ces adaptations ont fait connaître les personnages bien au-delà du lectorat du roman.

Radio et télévision

Un feuilleton radiophonique tiré de l'œuvre est diffusé à la radio de Radio-Canada au cours des années 1950. Un téléroman est ensuite produit pour la télévision de Radio-Canada à la même époque. Ces deux adaptations rendent le Survenant familier à un large public.

Cinéma

En 2005, un long métrage intitulé Le Survenant est réalisé par Érik Canuel. Jean-Nicolas Verreault y tient le rôle-titre.

Enregistrement sonore

Le roman existe aussi en version audio, dont un exemplaire est conservé dans des bibliothèques d'enseignement collégial.

Éditions

Depuis l'édition originale, le roman a été réédité à de nombreuses reprises.

AnnéeÉdition
1945Édition originale, Éditions Beauchemin, Montréal
1989Édition critique établie par Yvan G. Lepage, Presses de l'Université de Montréal
2013Volume réunissant En pleine terre, Le Survenant et Marie-Didace, Presses de l'Université de Montréal

L'édition critique de 1989 s'inscrit dans les travaux d'édition savante consacrés aux textes fondateurs de la littérature québécoise. Le texte de l'édition Beauchemin de 1945 est par ailleurs accessible dans Wikisource.

Le roman a aussi été traduit en anglais.

Sources

  1. Gouvernement du Québec, notice bibliographique de Le Survenant (Constellations)
  2. Université du Québec à Montréal, Chronologie de Montréal, « Le Survenant »
  3. Gouvernement du Québec, désignation de la parution du roman Le Survenant comme événement historique
  4. Aurélien Boivin, « Le Survenant ou la fin de la société rurale d'ancien régime », Québec français, Érudit
  5. Université Laval, Portail de littérature, « Le Survenant »
  6. Commission de toponymie du Québec, notice de Germaine Guèvremont
  7. Presses de l'Université de Montréal, édition critique du Survenant
  8. Catalogue de bibliothèque collégiale, notice du cycle du Survenant
  9. Catalogue de bibliothèque collégiale, notice de l'enregistrement audio
  10. Wikisource, Le Survenant, texte de l'édition Beauchemin de 1945
  11. Savoirs.Québec, registre éditorial, « Le Survenant »

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : germaine guèvremont, roman du terroir, chenal du moine, sorel, littérature québécoise, marie-didace, patrimoine culturel, famille beauchemin

Processus éditorial

Le débat du comité, les prompts des visuels et l'historique des mises à jour sont publics. Ouvrir le processus éditorial.

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