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Saint-Denys Garneau

Hector de Saint-Denys Garneau (13 juin 1912 – 24 octobre 1943) est un poète, essayiste et peintre québécois né à Montréal et mort à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. Son unique livre publié de son vivant, le recueil Regards et jeux dans l'espace (1937), rompt avec la versification traditionnelle de la poésie canadienne-française par son vers libre et son dépouillement. Cofondateur de la revue La Relève, il laisse une œuvre en grande partie posthume, dont un Journal et une correspondance, qui en font l'une des figures fondatrices de la modernité littéraire au Québec.

Jeunesse et formation

Hector de Saint-Denys Garneau naît à Montréal le 13 juin 1912. Il appartient à une famille de lettrés de Québec : il est l'arrière-petit-fils de l'historien François-Xavier Garneau et le petit-fils du poète Alfred Garneau. La poète et romancière Anne Hébert est sa cousine.

Une partie de son enfance se déroule au manoir familial de l'ancienne seigneurie de Juchereau-Duchesnay, dans la région de Portneuf, à Sainte-Catherine-de-Fossambault (aujourd'hui Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier). Ce milieu rural, ouvert sur la forêt et la rivière Jacques-Cartier, demeure un lieu de retour tout au long de sa vie.

De retour à Montréal avec sa famille, il fréquente des collèges classiques de la ville, dont le Collège Sainte-Marie et le Collège Jean-de-Brébeuf, et suit des cours à l'École des beaux-arts de Montréal. Il s'intéresse très tôt à la peinture autant qu'à la poésie, et ses réflexions sur l'art pictural nourrissent plus tard sa conception de l'écriture.

Au tournant des années 1930, une maladie cardiaque, séquelle d'un rhumatisme articulaire, l'oblige à interrompre ses études régulières. Cette fragilité physique pèse sur le reste de son existence et contribue à l'orienter vers une vie de lecture, d'écriture et d'introspection.

La Relève

En 1934, Saint-Denys Garneau participe à la fondation de la revue montréalaise La Relève, aux côtés notamment de Robert Charbonneau, Paul Beaulieu, Robert Élie et Claude Hurtubise. Inspirée par le renouveau catholique européen et par des penseurs comme Jacques Maritain et Emmanuel Mounier, la revue entend renouveler la réflexion spirituelle, artistique et sociale au Canada français.

Garneau y publie des poèmes ainsi que des textes en prose et des critiques consacrés à la peinture, à la musique et à la littérature. Ce milieu d'amis, auquel s'ajoute Jean Le Moyne, constitue son principal cercle intellectuel ; une grande partie de sa correspondance lui est adressée.

La revue, rebaptisée plus tard La Nouvelle Relève, joue un rôle important dans la vie intellectuelle québécoise de l'entre-deux-guerres et des années 1940, et elle offre à Garneau l'un des rares lieux de diffusion de ses écrits de son vivant.

Regards et jeux dans l'espace

Le recueil Regards et jeux dans l'espace paraît à compte d'auteur en 1937. Garneau en compose et en ordonne lui-même les poèmes. C'est le seul livre qu'il publie de son vivant.

Le recueil se distingue de la production poétique canadienne-française de l'époque par l'abandon de la rime et de la métrique régulière au profit d'un vers libre, souvent bref, à la ponctuation réduite. Les poèmes procèdent par images simples et par une syntaxe dépouillée. Plusieurs pièces sont devenues des textes de référence, notamment « Le jeu », « Spectacle de la danse », « Accompagnement » et « Cage d'oiseau ».

L'accueil critique est partagé et le livre se vend peu. Peu après sa parution, l'auteur prend ses distances avec la publication de ses écrits. La même année, il fait un bref séjour en Europe, principalement à Paris, avant de rentrer au pays.

Avec le temps, Regards et jeux dans l'espace est reconnu comme un jalon de la modernité poétique au Québec et figure parmi les œuvres les plus étudiées de la littérature québécoise.

Retrait et mort

À la fin des années 1930, Saint-Denys Garneau se retire de plus en plus de la vie publique montréalaise et séjourne longuement au manoir familial de Sainte-Catherine-de-Fossambault. Il continue d'écrire dans son journal et dans ses lettres, où il consigne une réflexion intense sur la foi, la création, l'échec et le sentiment de dépossession.

Il meurt le 24 octobre 1943 à Sainte-Catherine, à l'âge de 31 ans, au cours d'une excursion en canot près du manoir familial. Sa mort est généralement attribuée à une défaillance cardiaque liée à la maladie dont il souffrait depuis sa jeunesse.

Les circonstances de cette mort solitaire, survenue à un jeune âge, ont nourri la figure du poète tourmenté dans l'imaginaire littéraire québécois, figure que la critique a par la suite réexaminée.

Œuvre posthume

Une part importante de l'œuvre de Saint-Denys Garneau est publiée après sa mort, à partir des manuscrits conservés par ses proches.

AnnéeTitreNature
1949Poésies complètesRéunit Regards et jeux dans l'espace et des poèmes inédits, regroupés sous le titre Les Solitudes
1954JournalNotes intimes et réflexions
1967Lettres à ses amisCorrespondance
1971ŒuvresÉdition critique préparée par Jacques Brault et Benoît Lacroix

Les Poésies complètes sont préparées par ses amis Robert Élie et Jean Le Moyne. Le Journal révèle la dimension spirituelle et autocritique de sa démarche et éclaire les poèmes du dernier volet, plus sombres et plus dépouillés encore. L'édition critique des Œuvres, parue aux Presses de l'Université de Montréal, établit les textes à partir des manuscrits et demeure une référence pour l'étude de l'auteur.

Esthétique et thèmes

La poésie de Saint-Denys Garneau associe une recherche formelle de légèreté à une interrogation existentielle profonde. Plusieurs thèmes la traversent :

  • le jeu et l'enfance, conçus comme une liberté créatrice et une manière d'habiter l'espace ;
  • le regard, qui organise la perception du monde et rattache l'écriture à l'expérience de la peinture ;
  • l'espace et la danse, images d'un mouvement libre opposé à la pesanteur ;
  • la solitude, le dénuement et la mort, de plus en plus présents dans les poèmes tardifs ;
  • la quête spirituelle, marquée par la culture catholique de son milieu et par un sentiment d'inadéquation.

La critique a souligné le rapport étroit entre son écriture et les arts visuels et architecturaux, ainsi que la manière dont l'œuvre, d'abord connue par un mince recueil, s'est constituée en corpus par les éditions successives. Ce passage du « texte » au « livre » puis à l'« œuvre » fait de Garneau un cas d'étude dans l'histoire littéraire du Québec.

Postérité

Saint-Denys Garneau est considéré comme l'un des fondateurs de la poésie québécoise moderne, aux côtés d'Alain Grandbois, d'Anne Hébert et de Rina Lasnier. Les poètes des générations suivantes, notamment ceux qui se rassemblent autour des Éditions de l'Hexagone à partir des années 1950, se situent souvent par rapport à son héritage, en le revendiquant ou en le discutant.

Son œuvre est inscrite aux programmes d'enseignement collégial et universitaire et fait l'objet de nombreuses études, éditions et rééditions. Le professeur et critique Michel Biron lui a consacré une biographie, De Saint-Denys Garneau, parue aux Éditions du Boréal en 2015.

La toponymie québécoise conserve également sa mémoire, notamment par le parc Saint-Denys-Garneau, dont la fiche de la Commission de toponymie du Québec rappelle son lien avec Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier et la publication de son recueil de 1937.

Sources

  1. Dictionnaire biographique du Canada, « Garneau, de Saint-Denys »
  2. Dictionary of Canadian Biography, « Garneau, de Saint-Denys »
  3. L'Île, Centre de documentation virtuel sur la littérature québécoise, « Saint-Denys Garneau, Hector de »
  4. Études de lettres (OpenEdition), « Texte, livre et œuvre dans l'histoire littéraire du Québec »
  5. Commission de toponymie du Québec, « Parc Saint-Denys-Garneau »
  6. Voix et Images (Érudit), « L'ethos architectural de Saint-Denys Garneau »
  7. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Bibliographie du Québec
  8. Éditions du Boréal, Michel Biron, « De Saint-Denys Garneau »
  9. La Presse, « De Saint-Denys Garneau : “de gris en plus noir” » (2015)
  10. Saint-Denys Garneau, Œuvres, édition critique de Jacques Brault et Benoît Lacroix, Presses de l'Université de Montréal, 1971
  11. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Hector de Saint-Denys Garneau — Wikipédia

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : saint-denys garneau, poésie québécoise, regards et jeux dans l'espace, la relève, vers libre, modernité littéraire, journal, sainte-catherine-de-la-jacques-cartier

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