Jeunesse et formation
Claude-Joseph-Olivier Crémazie, connu sous le prénom d'Octave, naît à Québec le 16 avril 1827. Il fait ses études au Séminaire de Québec, principal établissement d'enseignement classique de la ville à l'époque, où se forme une bonne partie de l'élite francophone du Bas-Canada.
Il quitte ses études jeune pour entrer dans le commerce du livre. En 1844, il s'associe à son frère Joseph dans une librairie qui prend le nom de J. et O. Crémazie. Ce choix détermine l'essentiel de sa vie au Québec : c'est par le métier de libraire, davantage que par une carrière libérale, qu'il entre dans le milieu intellectuel de la capitale.
Sa jeunesse coïncide avec une période de reconstruction politique et culturelle du Canada français, après les rébellions de 1837-1838 et l'Acte d'Union de 1840. Ce contexte marque profondément les thèmes de son œuvre, centrée sur la mémoire de la Nouvelle-France et la fidélité aux origines françaises.
Libraire et animateur intellectuel
Établie rue de la Fabrique, dans le Vieux-Québec, la librairie J. et O. Crémazie importe des ouvrages de France et devient un lieu de rencontre pour des écrivains, des intellectuels et des membres du clergé. Elle occupe une place notable dans la vie littéraire de Québec au milieu du XIXe siècle, en mettant en circulation des livres et des périodiques français alors difficiles à obtenir.
Octave Crémazie participe aussi à la vie associative de la ville. Il est l'un des cofondateurs de l'Institut canadien de Québec en 1847, société vouée à la lecture, aux conférences et à l'échange intellectuel. Il en assume la présidence en 1857 et en 1858.
Difficultés financières
Le commerce connaît cependant de graves difficultés. L'expansion de la librairie et les engagements financiers contractés par Octave Crémazie aboutissent à une situation intenable au début des années 1860. Ces difficultés le conduisent à quitter le pays en 1862, ce qui met fin à sa carrière de libraire et à sa présence dans la vie publique québécoise.
Œuvre poétique
Crémazie publie ses poèmes dans la presse québécoise à partir de 1849. Sa poésie, de facture romantique et d'inspiration largement patriotique, célèbre l'histoire de la Nouvelle-France, les liens avec la France et l'attachement du peuple canadien-français à ses origines.
Parmi ses pièces les plus connues :
| Poème | Année |
|---|---|
| « Le Vieux Soldat canadien » | 1855 |
| « Le Drapeau de Carillon » | 1858 |
« Le Vieux Soldat canadien » s'inscrit dans le contexte de la venue à Québec, en 1855, de la corvette française La Capricieuse, premier navire de guerre français à remonter le Saint-Laurent depuis la Conquête. « Le Drapeau de Carillon » évoque la victoire française de Carillon (1758) et la fidélité au souvenir de la Nouvelle-France ; il contribue largement à la réputation de poète national de son auteur.
Cette poésie de circonstance, très lue à son époque, lui vaut d'être considéré comme l'un des premiers poètes canadiens-français à atteindre une large audience. Son activité poétique s'interrompt pour l'essentiel après son départ pour la France en 1862.
Exil en France
Parti en 1862, Octave Crémazie s'établit en France, où il vit sous le nom d'emprunt de Jules Fontaine. Il n'est jamais revenu au Québec. Son existence française est marquée par l'isolement et la précarité.
Pendant la guerre franco-prussienne, il se trouve à Paris lors du siège de la ville par les armées allemandes (1870-1871). Il en tient un journal, qui constitue l'un des principaux textes en prose qu'il a laissés.
Octave Crémazie meurt au Havre le 16 janvier 1879, à l'âge de 51 ans.
Correspondance et publication posthume
Durant son exil, Crémazie entretient une correspondance, notamment avec l'abbé Henri-Raymond Casgrain, figure centrale du mouvement littéraire de Québec. Ses lettres renferment des réflexions sur la situation de la littérature au Canada français, sur ses rapports avec la France et sur les difficultés d'une littérature produite dans une petite société coloniale. Ces textes sont fréquemment cités dans l'histoire de la critique littéraire québécoise.
Après sa mort, Casgrain rassemble ses écrits. Les Œuvres complètes d'Octave Crémazie paraissent en 1882 ; l'édition réunit ses poèmes, une partie de sa correspondance et son journal du siège de Paris. Cette publication fixe pour longtemps l'image de Crémazie comme poète national, en partie à travers le regard de son éditeur.
Postérité
Octave Crémazie est souvent présenté comme l'un des pères de la poésie nationale canadienne-française et comme une figure emblématique de l'école patriotique de Québec. Son œuvre, inscrite dans le romantisme du XIXe siècle, est aujourd'hui étudiée autant pour sa valeur historique que pour sa place dans la formation d'une littérature nationale.
Sa mémoire est entretenue par la toponymie et le patrimoine :
- l'avenue Crémazie, à Québec, porte son nom ;
- le boulevard Crémazie et la station de métro Crémazie, à Montréal, lui rendent hommage ;
- un monument à sa mémoire se dresse au carré Saint-Louis, à Montréal.
Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec et le thésaurus du patrimoine de la Ville de Québec lui consacrent des notices, et sa biographie figure au Dictionnaire biographique du Canada.