Fondation
Le Séminaire de Québec est fondé par François de Laval, alors vicaire apostolique de la Nouvelle-France, par un acte daté du 26 mars 1663. L'institution reçoit la même année l'approbation royale de Louis XIV. Laval la conçoit comme une communauté de prêtres séculiers vivant en commun, chargée de trois fonctions principales :
- la formation des futurs prêtres de la colonie ;
- la desserte des paroisses, les curés étant d'abord des membres du Séminaire rattachés à celui-ci ;
- l'activité missionnaire auprès des populations autochtones et dans les territoires éloignés.
Le Séminaire est affilié dès ses débuts au Séminaire des Missions étrangères de Paris, ce qui lui assure des liens avec la France pour le recrutement de prêtres et l'appui financier. Pour assurer sa subsistance, Laval lui destine les dîmes de la colonie et lui cède des biens fonciers, dont les seigneuries de la Côte-de-Beaupré et de l'Île-Jésus, qui demeurent pendant longtemps parmi ses principales ressources.
En 1668, le Séminaire ouvre le Petit Séminaire, destiné à l'éducation des jeunes garçons, notamment ceux qui se destinent à la prêtrise. Des élèves d'origine française et des élèves hurons-wendats figurent parmi les premiers pensionnaires. Pendant le Régime français, les élèves du Petit Séminaire suivent leurs cours au collège des Jésuites, tandis que le Séminaire assure leur encadrement et leur formation religieuse.
Le Séminaire sous le Régime français
Durant le Régime français, le Séminaire constitue l'une des principales institutions de l'Église catholique dans la colonie, étroitement associée à l'évêché de Québec, érigé en 1674 avec Laval comme premier titulaire. Le Grand Séminaire forme les prêtres du diocèse, dont le territoire couvre alors l'ensemble des possessions françaises d'Amérique du Nord.
Le Séminaire envoie aussi des prêtres missionnaires dans des régions éloignées, notamment dans la vallée du Mississippi et le pays des Illinois à la fin du XVIIe siècle. Cette activité le place parfois en concurrence avec d'autres communautés religieuses présentes sur ces territoires.
La construction de l'ensemble conventuel du Séminaire, au cœur de la haute-ville de Québec, commence à partir de 1675. Les bâtiments subissent plusieurs incendies au début du XVIIIe siècle, en 1701 et en 1705, qui obligent à reconstruire une partie importante des ailes. Le siège de Québec de 1759 cause également des dommages considérables aux bâtiments.
La vie de l'institution est marquée par la personnalité de son fondateur, qui s'y retire après avoir quitté la charge épiscopale et y meurt en 1708. La mémoire de Laval demeure depuis lors intimement liée au Séminaire.
Après la Conquête
La Conquête britannique transforme le rôle du Séminaire. Le collège des Jésuites ayant cessé ses activités d'enseignement, le Petit Séminaire prend le relais à partir de 1765 et ouvre ses classes à des élèves externes. Il devient ainsi un collège offrant le cours classique, programme d'humanités fondé sur l'étude du latin, du grec, des lettres et de la philosophie.
Pendant près de deux siècles, le cours classique dispensé au Petit Séminaire forme une part importante de l'élite francophone et catholique du Québec : membres du clergé, avocats, médecins, notaires, journalistes et hommes politiques. Le modèle du Petit Séminaire de Québec inspire par ailleurs la création de nombreux collèges classiques dans la province au XIXe siècle.
Le Séminaire conserve, sous le régime britannique, une partie de ses biens et de ses seigneuries, ce qui lui permet de maintenir ses activités d'enseignement. Le régime seigneurial est aboli en 1854, ce qui modifie les assises économiques de l'institution.
Au XIXe siècle, l'ensemble architectural est agrandi, et de nouveaux bâtiments s'ajoutent aux ailes héritées du Régime français. Des incendies frappent encore l'ensemble à cette période, entraînant reconstructions et transformations.
Fondation de l'Université Laval
Le Séminaire de Québec fonde l'Université Laval, qui obtient une charte royale en 1852. Elle est la première université francophone et catholique en Amérique du Nord. Nommée en l'honneur de François de Laval, l'université se développe d'abord dans les bâtiments et sur les terrains du Séminaire, dans le Vieux-Québec.
Le Séminaire assure la direction et le financement de l'université pendant plus d'un siècle. Le supérieur du Séminaire en est d'office le recteur pendant une longue période, ce qui illustre l'imbrication des deux institutions.
Chronologie
| Année | Événement |
|---|---|
| 1970 | L'Université Laval passe à une nouvelle corporation distincte du Séminaire |
| XXe siècle | Déménagement progressif de l'université vers la cité universitaire de Sainte-Foy |
| 1852 | Fondation de l'Université Laval par le Séminaire |
Le transfert de l'université à une corporation autonome en 1970 s'inscrit dans le contexte de la Révolution tranquille et de la réforme de l'éducation, qui réorganisent l'enseignement supérieur au Québec et réduisent le rôle direct des communautés religieuses.
Ensemble architectural et reconnaissance patrimoniale
L'ensemble du Séminaire de Québec occupe un vaste îlot de la haute-ville, dans le Vieux-Québec, à proximité de la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec. Il regroupe des bâtiments édifiés par étapes du XVIIe au XIXe siècle autour de cours intérieures, ce qui en fait un témoin de l'évolution de l'architecture institutionnelle au Québec.
Le site a fait l'objet de fouilles archéologiques qui documentent les premières occupations des lieux, les constructions successives et la vie quotidienne de la communauté.
Chronologie de la reconnaissance
| Année | Reconnaissance |
|---|---|
| 1985 | Inscription de l'arrondissement historique du Vieux-Québec, qui englobe le Séminaire, sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO |
| 1968 | Classement d'une partie de l'ensemble par le gouvernement du Québec |
| 1929 | Désignation comme lieu historique national du Canada |
Le Séminaire se trouve aujourd'hui dans le site patrimonial du Vieux-Québec, protégé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec. Une partie des bâtiments abrite le Musée de l'Amérique francophone, rattaché au Musée de la civilisation.
Archives et collections
Le Séminaire de Québec a constitué au fil des siècles d'importantes archives, une bibliothèque ancienne et des collections d'objets. Ces fonds comprennent des documents administratifs, religieux, seigneuriaux et scolaires, ainsi que des correspondances et des cartes.
Le Fonds du Séminaire de Québec, couvrant la période de 1623 à 1800, est inscrit au registre Mémoire du monde de l'UNESCO. Il porte notamment sur la Nouvelle-France et les premières décennies du régime britannique et constitue une source de premier plan pour l'étude de l'histoire coloniale de l'Amérique du Nord : établissement de l'Église catholique, régime seigneurial, éducation, missions et relations avec les peuples autochtones.
Les collections du Séminaire, qui comprennent également des œuvres d'art, des instruments scientifiques et des spécimens réunis à des fins d'enseignement, sont aujourd'hui conservées et mises en valeur en partenariat avec le Musée de la civilisation. Elles témoignent du rôle du Séminaire dans la diffusion du savoir scientifique et culturel au Québec, en particulier au XIXe siècle, lorsque l'enseignement des sciences prend de l'importance dans les collèges classiques.
Le Séminaire aujourd'hui
Le Séminaire de Québec existe toujours comme société de prêtres. Il poursuit ses activités dans le cadre de l'Église catholique et assure la gestion de son patrimoine immobilier, archivistique et artistique.
Le Petit Séminaire poursuit sa mission éducative sous le nom de Collège François-de-Laval, établissement d'enseignement privé situé dans les bâtiments historiques du Vieux-Québec. Il figure ainsi parmi les plus anciens établissements d'enseignement en activité en Amérique du Nord.
La mémoire de l'institution demeure présente dans le paysage de Québec et dans l'histoire de l'éducation au Québec. Le Séminaire est considéré comme l'un des berceaux de l'enseignement secondaire et universitaire francophone en Amérique, de la Nouvelle-France à la Révolution tranquille. Les visites du site, les expositions du Musée de l'Amérique francophone et les travaux archéologiques contribuent à faire connaître cet héritage auprès du public.