Jeunesse et débuts
Pierre Vallières naît à Montréal en 1938 dans une famille ouvrière. Il grandit dans un milieu populaire de la rive sud de Montréal, expérience qu'il décrit longuement dans ses écrits autobiographiques et qui nourrit sa réflexion sur la condition des travailleurs canadiens-français.
Au début des années 1960, il s'oriente vers l'écriture et le journalisme. Il collabore notamment au quotidien La Presse et participe aux débats intellectuels qui accompagnent la Révolution tranquille. Il est associé un temps à la revue Cité libre, alors l'un des principaux lieux de discussion des idées réformistes au Québec, avant de s'en éloigner pour adopter des positions plus radicales, à la fois socialistes et indépendantistes.
Cette période de formation le met en contact avec les courants de pensée qui traversent la jeunesse québécoise de l'époque : le marxisme, la pensée anticoloniale et la revendication de l'indépendance du Québec, que porte aussi la revue Parti pris, fondée en 1963.
Engagement politique et détention
Au milieu des années 1960, Pierre Vallières s'engage dans l'action militante aux côtés de Charles Gagnon. Tous deux rejoignent le Front de libération du Québec (FLQ), mouvement clandestin qui prône l'indépendance et la transformation socialiste du Québec, et qui a recours à des attentats.
En 1966, Vallières et Gagnon se rendent à New York pour attirer l'attention internationale sur la cause qu'ils défendent. Ils y sont arrêtés et détenus. C'est pendant cette détention que Vallières rédige Nègres blancs d'Amérique. Ramené au Canada, il fait face à des procédures judiciaires liées aux activités du FLQ et passe plusieurs années en prison.
Au moment de la crise d'Octobre, en 1970, il est de nouveau arrêté dans le cadre de l'application de la Loi sur les mesures de guerre. Son nom demeure dès lors étroitement associé à l'histoire du FLQ et aux débats sur la violence politique au Québec.
En 1971, avec L'urgence de choisir, il prend publiquement ses distances avec la lutte armée et appelle à privilégier l'action politique démocratique, notamment par l'appui au Parti québécois. Ce texte marque un tournant dans son parcours et suscite d'importantes discussions dans la gauche québécoise.
Nègres blancs d'Amérique
Publié en 1968 aux Éditions Parti pris, Nègres blancs d'Amérique porte le sous-titre « autobiographie précoce d'un “terroriste” québécois ». L'ouvrage mêle récit de vie et analyse politique : Vallières y retrace son enfance, sa formation et son engagement, tout en proposant une interprétation de la condition des Canadiens français comme celle d'un peuple dominé économiquement et culturellement.
Le titre, provocateur, établit un parallèle entre la situation des travailleurs canadiens-français et celle des Afro-Américains, dans la lignée des mouvements de décolonisation et des luttes pour les droits civiques. Ce rapprochement a été abondamment discuté et critiqué ; des études universitaires ont analysé l'anticolonialisme de l'ouvrage et ses limites, notamment dans un article du Bulletin d'histoire politique qui le qualifie d'« anticolonialisme colonisé ».
Le livre a connu plusieurs éditions et a été traduit en anglais sous le titre White Niggers of America. Il est considéré comme l'un des textes emblématiques de la pensée radicale québécoise des années 1960 et demeure l'œuvre par laquelle son auteur est le plus souvent connu.
Œuvre d'essayiste
Après sa sortie de prison, Pierre Vallières poursuit une abondante production d'essais. Ses livres traitent de la question nationale, de la démocratie, des mouvements sociaux et de l'histoire politique du Québec. Il revient notamment sur les événements d'Octobre 1970 avec L'exécution de Pierre Laporte (1977), ouvrage qui propose sa propre lecture de la mort du ministre et suscite la controverse.
Ses essais ultérieurs témoignent d'une réflexion sur les institutions et la transformation de la société. La démocratie ingouvernable (1979) et Changer de société (1982), écrit avec Serge Proulx, interrogent les formes de participation politique. Les héritiers de Papineau (1986) aborde l'histoire du nationalisme québécois. Il publie aussi un roman, Noces obscures (1986).
Dans les années 1990, il prolonge son engagement en faveur des droits de la personne et de la solidarité internationale ; Le devoir de résistance (1994) s'inscrit dans cette dernière période de son œuvre. Pierre Vallières meurt à Montréal en 1998.
Réception et postérité
L'œuvre de Pierre Vallières occupe une place singulière dans l'histoire intellectuelle du Québec. Nègres blancs d'Amérique est régulièrement étudié comme document sur la radicalisation d'une partie de la jeunesse québécoise et sur l'influence de la pensée anticoloniale au Québec. Des travaux universitaires, dont des mémoires déposés à Bibliothèque et Archives Canada, se sont penchés sur son parcours et sur son écriture.
En 2018, le journaliste Daniel Samson-Legault publie chez Québec Amérique Dissident : Pierre Vallières (1938-1998), au-delà de Nègres blancs d'Amérique. Cette biographie retrace l'ensemble de sa vie et examine la genèse, les éditions, les traductions et la réception de son livre majeur, cherchant à montrer la diversité d'un parcours souvent réduit à sa période felquiste.
Ses textes sont également diffusés par la collection Les classiques des sciences sociales, et ses notices bibliographiques figurent dans l'Infocentre littéraire des écrivains québécois et dans L'Encyclopédie canadienne.
Bibliographie choisie
| Année | Titre |
|---|---|
| 1968 | Nègres blancs d'Amérique |
| 1971 | L'urgence de choisir |
| 1977 | Un Québec impossible |
| 1977 | L'exécution de Pierre Laporte |
| 1979 | La démocratie ingouvernable |
| 1982 | Changer de société (avec Serge Proulx) |
| 1986 | Les héritiers de Papineau |
| 1986 | Noces obscures (roman) |
| 1994 | Le devoir de résistance |
Cette liste ne retient que les principaux titres. L'œuvre de Pierre Vallières comprend aussi de nombreux articles parus dans des journaux et des revues, ainsi que des rééditions de ses livres les plus connus.