Jeunesse et formation
Philippe-Joseph Aubert de Gaspé naît à Québec le 30 octobre 1786 dans une famille de la noblesse seigneuriale issue du régime français. Il est le fils de Pierre-Ignace Aubert de Gaspé, seigneur de Saint-Jean-Port-Joli, et de Catherine Tarieu de Lanaudière. Il passe une partie de son enfance au manoir familial de la Côte-du-Sud, milieu qui nourrira plus tard l'essentiel de son œuvre littéraire.
Il fait ses études au Séminaire de Québec, puis s'oriente vers le droit. Il est admis au barreau en 1811. La même année, il épouse Susanne Allison, avec qui il a une nombreuse descendance. Parmi ses enfants figure Philippe-Ignace-François Aubert de Gaspé, auteur de L'Influence d'un livre (1837), souvent présenté comme le premier roman canadien-français ; pour les distinguer, le père est fréquemment désigné sous le nom de Philippe Aubert de Gaspé, père.
Carrière publique et difficultés
Après quelques années de pratique du droit, Aubert de Gaspé est nommé shérif du district de Québec en 1816. Cette charge, prestigieuse, le place au cœur de la vie sociale de la capitale du Bas-Canada. Elle se solde toutefois par de graves difficultés financières : des sommes dont il avait la responsabilité ne peuvent être remboursées, ce qui entraîne sa destitution au début des années 1820.
Poursuivi par la Couronne pour cette dette, il se retire à Saint-Jean-Port-Joli. Il est finalement incarcéré pour dettes à la prison de Québec de 1838 à 1841. Cet épisode, qu'il évoque avec retenue dans ses écrits, marque profondément sa vie et explique en partie le long silence qui précède son entrée tardive en littérature.
Seigneur de Saint-Jean-Port-Joli
À la mort de son père, Philippe Aubert de Gaspé hérite de la seigneurie de Saint-Jean-Port-Joli, située sur la rive sud du Saint-Laurent, dans l'actuelle municipalité régionale de comté de L'Islet (région de la Chaudière-Appalaches). Il en est le cinquième et dernier seigneur, le régime seigneurial ayant été aboli en 1854.
Sa connaissance intime de ce monde, des rapports entre seigneurs et censitaires, des fêtes, des légendes et des usages de la campagne canadienne, constitue la matière première de ses deux grands livres. Les travaux critiques ont souligné la position particulière de l'auteur, à la fois témoin et acteur du régime seigneurial, dont son œuvre propose une représentation souvent idéalisée.
Bibliothèque et Archives Canada conserve une collection de la famille Aubert de Gaspé, qui comprend des documents relatifs à l'écrivain et à la seigneurie de Saint-Jean-Port-Joli.
Les Anciens Canadiens
Retiré à Québec et à Saint-Jean-Port-Joli, Aubert de Gaspé entreprend l'écriture à plus de soixante-dix ans, dans le sillage du mouvement littéraire qui se développe à Québec au début des années 1860 autour de revues comme Les Soirées canadiennes. Les Anciens Canadiens paraît en 1863.
Le roman se déroule à l'époque de la guerre de la Conquête. Il raconte l'amitié entre Jules d'Haberville, fils d'un seigneur canadien, et Archibald Cameron of Locheill, jeune Écossais élevé en Nouvelle-France, que la guerre place dans des camps opposés. Autour de cette intrigue, l'auteur insère de nombreux tableaux de mœurs, récits de veillée, légendes et chansons populaires, ainsi que des souvenirs personnels et familiaux.
Portée
L'ouvrage connaît un succès immédiat et durable. Il est rapidement traduit en anglais, notamment par Georgiana M. Pennée (1864), puis par Charles G. D. Roberts sous le titre The Canadians of Old (1890). Bibliothèque et Archives Canada le décrit comme un classique du roman canadien-français. Il demeure l'une des œuvres du XIXe siècle les plus lues et étudiées au Québec.
Mémoires et autres écrits
Encouragé par l'accueil fait à son roman, Aubert de Gaspé publie ses Mémoires en 1866. Composé de souvenirs, d'anecdotes et de portraits, l'ouvrage décrit la vie à Québec et dans les campagnes à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, ainsi que les personnalités de la société coloniale qu'il a côtoyées.
Les Mémoires prolongent la démarche des Anciens Canadiens : préserver le souvenir d'un monde que l'auteur sait révolu. Les deux livres sont étroitement associés à sa période de retraite à Saint-Jean-Port-Joli et à sa connaissance des coutumes du Canada français. Un recueil de textes divers est publié à titre posthume.
Philippe Aubert de Gaspé meurt à Québec le 29 janvier 1871.
Postérité
L'œuvre d'Aubert de Gaspé occupe une place fondatrice dans l'histoire de la littérature québécoise. Les Anciens Canadiens a fait l'objet de nombreuses rééditions et figure régulièrement dans les programmes d'enseignement. Les Mémoires sont aussi réédités, notamment par les Éditions du Boréal, qui inscrivent l'auteur à leur catalogue.
Le gouvernement du Canada a désigné Philippe Aubert de Gaspé personnage historique national en 1974. Une plaque commémorative se trouve au 710, rue de Gaspé Ouest, à Saint-Jean-Port-Joli. L'écrivain figure également au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.
Son œuvre fait l'objet d'études universitaires portant notamment sur la représentation du régime seigneurial, sur l'usage de la mémoire et de la tradition orale ainsi que sur les liens entre le roman et les Mémoires.