Définition et terminologie
L'expression « folk québécois » est employée dans deux sens qui se recoupent.
- La musique traditionnelle regroupe des répertoires chantés et instrumentaux transmis oralement, souvent associés aux veillées, aux fêtes calendaires et à la danse.
- La musique folk moderne est le fait d'auteurs-compositeurs-interprètes qui s'inspirent de la tradition populaire. Leurs chansons parlent de la vie, du territoire et des préoccupations d'une collectivité.
L'Office québécois de la langue française consigne le terme « musique folk » dans le Grand dictionnaire terminologique. Dans l'usage courant, on distingue souvent le « trad », c'est-à-dire la musique traditionnelle et ses prolongements actuels, du « folk », qui désigne la chanson d'auteur à accompagnement acoustique. La frontière entre les deux reste mouvante : de nombreux artistes passent de l'une à l'autre, et les ouvrages de référence rangent volontiers les deux pratiques sous une même étiquette.
Ce double sens explique pourquoi le folk québécois s'aborde moins comme un genre que comme un courant. Le fil conducteur est la référence assumée à un patrimoine oral, quels que soient les styles et les instrumentations retenus.
Racines traditionnelles
La musique traditionnelle du Québec porte surtout des héritages français. S'y ajoutent des apports britanniques, écossais et irlandais, intégrés au fil des contacts entre populations.
Répertoire chanté
Le répertoire chanté comprend plusieurs formes :
- les chansons à répondre, où un meneur lance un couplet repris par l'assemblée ;
- les ballades et les complaintes, qui relatent des faits divers, des drames ou des récits anciens ;
- les chansons à écouter ;
- les chansons pour enfants.
Plusieurs pièces, comme « D'où viens-tu, bergère ? » ou « Les anneaux de Marianson », sont documentées dans les collectes conservées au Musée canadien de l'histoire.
Musique instrumentale
La musique instrumentale accompagne surtout des danses comme le quadrille, le set carré, les cotillons et les reels. Le violon y occupe une place centrale, comme le montrent les travaux de l'ethnomusicologue Lisa Ornstein. L'accordéon diatonique et l'harmonica comptent aussi parmi les instruments caractéristiques. La podorythmie, un rythme marqué avec les pieds par le musicien assis, est un trait stylistique largement associé à cette tradition.
Transmission
La transmission se fait traditionnellement dans le cadre familial et communautaire. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec décrit ainsi la pratique de la chanson traditionnelle dans le nord de Lanaudière comme un savoir transmis de génération en génération.
Collecte et enregistrement
Le passage d'une tradition orale à un courant reconnu doit beaucoup aux collecteurs et aux premiers enregistrements.
Les collecteurs
Dès le XIXe siècle, Ernest Gagnon publie Chansons populaires du Canada, un recueil qui fixe par écrit une partie du répertoire. Au XXe siècle, l'anthropologue Marius Barbeau mène de vastes enquêtes de terrain. Son fonds, conservé au Musée canadien de l'histoire, comprend des notes de terrain et des transcriptions. Ses collectes réunissent des milliers de chansons canadiennes-françaises. Barbeau contribue aussi à faire connaître ce répertoire au public urbain, notamment par des soirées de folklore présentées à Montréal.
À l'Université Laval, les Archives de folklore, associées au nom de Luc Lacourcière, poursuivent ce travail de collecte et de recherche ethnologique.
Le disque et la radio
Les enregistrements commerciaux de l'entre-deux-guerres diffusent violoneux, chanteurs et accordéonistes. Mary Travers, dite La Bolduc, popularise une chanson mêlant airs irlandais, turlute et chanson canadienne-française. Ses textes décrivent la vie quotidienne de son époque. Bibliothèque et Archives Canada conserve et documente des enregistrements originaux de l'artiste, considérée comme l'une des premières vedettes de la chanson populaire au Québec.
Chansonniers et renouveau des années 1960
Le folk québécois au sens moderne se cristallise dans les années 1960. Deux mouvements s'y croisent :
- la tradition orale locale ;
- le renouveau folk nord-américain, porté aux États-Unis et au Canada anglais par des chanteurs à la guitare acoustique.
Au Québec, cette rencontre prend la forme du mouvement des chansonniers, préparé dès les années 1950 par Félix Leclerc. Ces artistes se produisent seuls ou presque, souvent à la guitare, dans des boîtes à chansons ouvertes un peu partout sur le territoire. Gilles Vigneault en est une figure majeure. Son œuvre emprunte au vocabulaire, aux rythmes et aux formes de la chanson traditionnelle, en particulier ceux de la Côte-Nord.
Dans le contexte de la Révolution tranquille, la référence au patrimoine oral prend une dimension identitaire. Le folklore n'est plus seulement conservé : il devient une matière vivante que l'on réinterprète. Des interprètes comme Jacques Labrecque contribuent à remettre en circulation des chansons du répertoire ancien. Parallèlement, des musiciens instrumentistes, violoneux et accordéonistes, gagnent une reconnaissance hors de leur milieu d'origine.
Folk-rock et néo-trad
Le folk-rock des années 1970
À partir des années 1970, une chanson folk-rock québécoise combine plusieurs sources :
- le folklore ;
- la country ;
- l'héritage des chansonniers ;
- l'influence d'artistes anglophones.
Des formations comme Harmonium et Beau Dommage, ainsi que des auteurs comme Paul Piché, illustrent cette période. Cette évolution se distingue de la musique traditionnelle, même si elle s'en inspire.
La même décennie voit naître des groupes qui revisitent directement le répertoire traditionnel avec une approche scénique nouvelle. La Bottine souriante, formée dans Lanaudière, en est un exemple. Elle joue les airs de danse et les chansons à répondre avec des arrangements élargis, plus tard enrichis de cuivres.
Le mouvement néo-traditionnel
À partir des années 1990 et 2000, une nouvelle génération relance le courant dit « néo-trad ». Elle renoue avec les chansons à répondre, la podorythmie et le violon, en y mêlant des sonorités actuelles. Parmi ses représentants figurent :
- Les Charbonniers de l'enfer ;
- Mes Aïeux ;
- Le Vent du Nord ;
- De Temps Antan.
En parallèle, la chanson folk d'auteur se renouvelle avec des artistes qui privilégient l'instrumentation acoustique et une écriture ancrée dans le territoire.
Patrimoine et diffusion
La chanson traditionnelle est aujourd'hui reconnue comme patrimoine immatériel. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, tenu par le ministère de la Culture et des Communications, recense notamment la pratique de la chanson traditionnelle dans le nord de Lanaudière. Il y distingue les chansons à répondre, les chansons à écouter et les chants pour enfants.
La diffusion du courant s'appuie sur plusieurs canaux :
- les festivals, dont le Festival Mémoire et Racines dans Lanaudière, qui réunissent musiciens, chanteurs et danseurs ;
- les organismes du patrimoine vivant, qui soutiennent la transmission, la recherche et l'animation des veillées et des danses traditionnelles ;
- les institutions de mémoire :
- Bibliothèque et Archives nationales du Québec, qui recense dans sa bibliographie les publications consacrées à la musique folklorique ;
- Bibliothèque et Archives Canada ;
- le Musée canadien de l'histoire ;
- les fonds universitaires d'ethnologie.
Le courant suscite aussi l'intérêt à l'étranger. La Bibliothèque du Congrès des États-Unis consacre par exemple un guide documentaire à la musique québécoise, à ses racines françaises et à ses liens avec les traditions autochtones et folk.