Définitions et portée
Le cancer désigne une multiplication incontrôlée de cellules dans un tissu ou un organe. Au Québec, il constitue un enjeu majeur de santé publique. L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) le présente comme la principale cause de mortalité dans la province.
Deux étapes distinctes structurent l'action publique :
- Le dépistage vise à repérer certains cancers chez des personnes qui ne présentent aucun symptôme. Il s'adresse à des clientèles définies selon l'âge, le sexe ou le niveau de risque. Le dépistage ne constitue pas un diagnostic : un résultat anormal entraîne des examens complémentaires.
- La prise en charge commence lorsqu'un cancer est soupçonné ou confirmé. Elle comprend l'investigation diagnostique, le traitement, le suivi et, au besoin, les soins palliatifs.
Ces deux volets relèvent du réseau public de la santé et des services sociaux. Ils sont couverts par le régime public d'assurance maladie et d'assurance hospitalisation.
Gouvernance
Programme québécois de cancérologie
Le Programme québécois de cancérologie (PQC) relève du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Il coordonne et évalue l'action gouvernementale en cancérologie. Il regroupe plusieurs directions, dont une direction consacrée aux dépistages en cancérologie. Il organise également un congrès annuel qui réunit les intervenants du domaine.
Orientations 2023-2030
En 2023, le MSSS a publié Les axes structurants et les orientations prioritaires en cancérologie 2023-2030. Ce document prévoit notamment :
- des trajectoires d'investigation rapide pour les personnes chez qui un cancer est soupçonné ;
- une offre de soins et de services intégrée ;
- un accès équitable aux traitements sur l'ensemble du territoire.
Un plan d'action couvrant la période 2024-2026 accompagne ces orientations.
Autres acteurs
- L'INSPQ évalue les programmes de dépistage et produit des analyses de surveillance.
- Santé Québec est chargée de la prestation des soins et services depuis le transfert des activités des établissements publics. Elle agit par l'intermédiaire des centres intégrés de santé et de services sociaux et des établissements suprarégionaux.
- Les équipes d'oncologie des établissements assurent les soins de première ligne spécialisée et les traitements.
Programmes de dépistage
Le gouvernement du Québec présente des démarches de dépistage pour quatre cancers. Les modalités et les clientèles visées varient selon le type de cancer.
| Cancer | Approche | Clientèle |
|---|---|---|
| Sein | Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS), mammographie tous les deux ans | Femmes admissibles de 50 à 74 ans |
| Colorectal | Dépistage par test de recherche de sang dans les selles | Adultes de la tranche d'âge visée |
| Col de l'utérus | Dépistage par prélèvement cervical | Personnes ayant un col de l'utérus, selon les critères en vigueur |
| Poumon | Projet pilote lancé en 2021, tomodensitométrie à faible dose | Personnes à risque élevé, notamment en raison du tabagisme |
Cancer du sein
Le PQDCS est le plus ancien programme organisé de dépistage au Québec. Il fonctionne par invitation. Selon l'évaluation de l'INSPQ, le programme accroît la capacité de détection, mais il comporte aussi un risque de résultats faussement positifs, qui entraînent des examens additionnels.
Cancer du poumon
Le MSSS a lancé en 2021 un projet pilote de dépistage du cancer du poumon. L'INSPQ en a évalué la mise en œuvre. Il conclut à un potentiel de réduction de la mortalité, mais relève des difficultés, notamment les délais d'accès à la tomodensitométrie à faible dose et aux investigations diagnostiques.
Résultat anormal
Dans tous les cas, un résultat anormal ne signifie pas qu'un cancer est présent. Il entraîne une investigation diagnostique, par exemple une imagerie complémentaire, une coloscopie ou une biopsie.
Investigation et trajectoires de soins
Lorsqu'un cancer est soupçonné, à la suite d'un dépistage ou de symptômes, la personne entre dans une trajectoire d'investigation. Cette étape vise à confirmer ou à écarter le diagnostic, puis à préciser le type et le stade de la maladie.
Les orientations ministérielles 2023-2030 accordent une place centrale aux trajectoires d'investigation rapide. Leur objectif est de réduire le temps écoulé entre la suspicion d'un cancer et le début du traitement. Les délais d'accès aux examens d'imagerie, à l'endoscopie et à la pathologie font partie des points de vigilance du réseau.
La coordination des soins repose sur des équipes interdisciplinaires en oncologie. Une infirmière ou un infirmier pivot en oncologie accompagne la personne et ses proches tout au long de la trajectoire. Ce professionnel assure le lien entre les différents intervenants, fournit de l'information et oriente vers les ressources de soutien.
Le MSSS diffuse des outils de soutien à la pratique clinique en cancérologie destinés aux professionnels. Il s'agit notamment de guides et de recommandations élaborés pour harmoniser les pratiques entre les établissements.
Traitements
La prise en charge d'un cancer confirmé dépend notamment de trois facteurs :
- le type de cancer ;
- son stade ;
- l'état de santé général de la personne.
Les principales modalités thérapeutiques sont les suivantes :
- la chirurgie, qui vise à retirer la tumeur ;
- la radiothérapie, qui utilise des rayonnements ionisants ;
- les traitements médicamenteux, dont la chimiothérapie, l'hormonothérapie, les thérapies ciblées et l'immunothérapie.
Ces traitements peuvent être utilisés seuls ou combinés. Les décisions thérapeutiques sont généralement discutées en équipe interdisciplinaire, puis avec la personne atteinte.
La radiothérapie exige des équipements spécialisés. Elle est donc offerte dans un nombre limité de centres. Cette concentration soulève des enjeux d'accès pour les personnes qui résident en région éloignée.
La prise en charge comprend aussi le soulagement des symptômes, le soutien psychosocial, la réadaptation et le suivi après les traitements. Lorsque la maladie progresse, elle inclut les soins palliatifs et de fin de vie, encadrés par la législation québécoise sur les soins de fin de vie.
Surveillance et données
Le Registre québécois du cancer documente les tumeurs diagnostiquées chez les résidentes et résidents du Québec. Il constitue la principale source de données populationnelles sur la maladie dans la province.
Les données publiques de surveillance diffusées par le gouvernement du Québec et l'INSPQ portent sur quatre grands indicateurs :
- l'incidence, soit le nombre de nouveaux cas ;
- la prévalence, soit le nombre de personnes vivant avec un cancer ;
- la mortalité ;
- la survie.
Ces indicateurs servent à suivre l'évolution de la situation, à comparer les régions et à mesurer la performance du réseau. Ils permettent aussi d'éclairer la planification des services. L'INSPQ produit en outre des évaluations des programmes de dépistage, qui examinent leur participation, leurs résultats et leurs effets indésirables.
Enjeux
Plusieurs enjeux structurent le débat public sur la cancérologie au Québec.
- Les délais d'accès : les délais pour les examens diagnostiques et le début des traitements font l'objet d'un suivi. Ils sont au cœur des orientations 2023-2030. L'évaluation du projet pilote de dépistage du cancer du poumon a notamment mis en lumière les délais de tomodensitométrie.
- L'équité territoriale : l'accès aux traitements spécialisés varie selon les régions, en particulier pour la radiothérapie et certaines chirurgies complexes.
- L'équilibre entre bénéfices et inconvénients du dépistage : les faux positifs, le surdiagnostic et les examens additionnels doivent être mis en balance avec la réduction de la mortalité attendue.
- L'intégration des soins : la coordination entre la première ligne, les équipes d'oncologie et les services de soutien est un axe prioritaire.
- La réorganisation du réseau : la création de Santé Québec a modifié la répartition des responsabilités entre le ministère, chargé des orientations, et l'organisme chargé de la prestation des services.