Définition et contexte
Une surdose (ou intoxication) survient lorsqu'une ou plusieurs substances psychoactives dépassent la capacité de l'organisme à les tolérer. Dans le cas des opioïdes, elle se traduit principalement par une dépression respiratoire pouvant entraîner la mort.
La crise actuelle est liée à la présence, dans l'approvisionnement non réglementé, de drogues dont le contenu et la puissance sont imprévisibles. Les opioïdes de synthèse, comme le fentanyl et ses analogues, peuvent se retrouver dans des substances vendues sous un autre nom. La consommation simultanée de plusieurs substances (polyconsommation) accroît également le risque.
Les autorités de santé publique considèrent ces décès comme évitables. Leur nombre et leurs autres conséquences sanitaires varient toutefois selon les régions et les périodes, ce qui rend nécessaire une surveillance continue et des interventions adaptées aux réalités locales.
Au Québec, la réponse relève principalement du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et des directions régionales de santé publique rattachées aux centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS et CIUSSS). Les organismes communautaires jouent aussi un rôle central dans la distribution de matériel et le contact avec les personnes qui consomment.
Principes de la réduction des méfaits
La réduction des méfaits est une approche de santé publique qui cherche à limiter les conséquences négatives de la consommation de substances psychoactives, tant pour la personne que pour la collectivité, sans faire de l'abstinence une condition d'accès aux services.
Elle repose sur plusieurs principes :
- le respect de la personne et de ses choix ;
- le pragmatisme, en reconnaissant que la consommation existe et qu'il est possible d'en réduire les risques ;
- l'accessibilité des services, sans jugement ;
- la création de liens avec le réseau de la santé et des services sociaux, y compris le traitement de la dépendance lorsque la personne le souhaite.
Cette approche s'est développée au Québec à partir des programmes d'échange de seringues mis en place pour prévenir la transmission du VIH et de l'hépatite C chez les personnes qui s'injectent des drogues. Elle s'est ensuite élargie à la prévention des surdoses avec l'arrivée des opioïdes de synthèse dans l'approvisionnement non réglementé.
Principales mesures
Naloxone
La naloxone est un antagoniste des opioïdes qui renverse temporairement les effets d'une surdose. Elle peut être administrée par voie nasale ou par injection intramusculaire. Comme son effet est de durée limitée, l'appel aux services d'urgence demeure recommandé. Au Québec, elle est offerte gratuitement aux personnes de 14 ans et plus dans les pharmacies et dans certains organismes communautaires.
Services de consommation supervisée
Les services de consommation supervisée permettent de consommer des substances dans un environnement où du personnel formé peut intervenir en cas de surdose. Ils offrent souvent du soutien psychosocial, des soins infirmiers et une orientation vers d'autres services de santé. Leur exploitation nécessite une exemption fédérale en vertu de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.
Vérification de drogues
Les services de vérification (ou d'analyse) de drogues informent les personnes sur le contenu des substances provenant du marché non réglementé, notamment la présence d'opioïdes de synthèse non attendus.
Matériel de consommation
La distribution de matériel stérile (injection et inhalation) vise à prévenir les infections transmissibles par le sang et à créer un point de contact avec les intervenants.
Traitement du trouble lié à l'utilisation d'opioïdes
Le traitement par agonistes opioïdes (par exemple la méthadone ou la buprénorphine) fait partie du continuum de services et réduit le risque de surdose chez les personnes qui y ont accès.
Cadre stratégique et légal
Stratégie nationale 2022-2025
Le MSSS a adopté la Stratégie nationale de prévention des surdoses de substances psychoactives 2022-2025. Elle structurait l'action gouvernementale autour de sept champs d'intervention, parmi lesquels :
- la réduction des méfaits ;
- la vigie et la surveillance ;
- la recherche et la formation ;
- le traitement de la dépendance.
La stratégie visait à coordonner l'action du réseau de la santé, de la santé publique et des partenaires communautaires à l'échelle des régions.
Partage des compétences
La crise se situe à la jonction des compétences fédérales et provinciales. Le contrôle des substances relève du gouvernement fédéral, qui accorde notamment les exemptions nécessaires aux services de consommation supervisée. L'organisation des soins et des services de santé et de santé publique relève du Québec, qui finance et encadre les services offerts sur son territoire.
La Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose, adoptée par le Parlement fédéral en 2017, offre une protection contre certaines accusations de possession simple aux personnes qui demandent de l'aide lors d'une surdose.
Surveillance et données
La surveillance des surdoses au Québec s'appuie sur plusieurs sources : décès investigués par le Bureau du coroner, hospitalisations, visites à l'urgence, interventions des services préhospitaliers et vigie des drogues en circulation. L'INSPQ publie des données et analyses à l'échelle provinciale, tandis que les directions régionales de santé publique produisent des portraits territoriaux.
Les données doivent être interprétées en tenant compte de leur période, du territoire couvert et de la méthode de collecte, notamment parce que certains décès sont d'abord comptés comme « suspectés » avant la conclusion des enquêtes du coroner.
Portrait de 2025 (Laurentides)
À titre d'exemple régional, le portrait annuel 2025 du CISSS des Laurentides rapporte 41 décès suspectés liés à une intoxication sur ce territoire, alors que la moyenne annuelle s'établissait à 29 décès pour la période 2020-2024.
| Période | Territoire | Décès suspectés liés à une intoxication |
|---|---|---|
| 2025 | Laurentides | 41 |
| 2020-2024 (moyenne annuelle) | Laurentides | 29 |
Ce portrait ne représente pas à lui seul la situation de l'ensemble du Québec.
Projet d'analyse de drogues dans l'urine (2021-2024)
Un rapport de l'INSPQ fondé sur un projet suprarégional d'analyse de drogues dans l'urine, mené de 2021 à 2024, documente les substances consommées, les expériences de surdose et le recours aux mesures de réduction des méfaits : naloxone, services de consommation supervisée, vérification de drogues, matériel de consommation et traitements du trouble lié à l'utilisation d'opioïdes.
Organisation régionale
La mise en œuvre de la prévention des surdoses est largement régionale. Chaque direction de santé publique adapte son offre de services au profil de consommation observé sur son territoire.
- Montréal concentre la plus grande offre de services de consommation supervisée au Québec, en partenariat avec des organismes communautaires.
- Le CIUSSS de la Capitale-Nationale mène un programme de prévention des surdoses et de réduction des méfaits qui comprend la distribution de naloxone, de matériel et l'accès à des services spécialisés.
- Le CISSS des Laurentides publie un portrait annuel des surdoses et des activités de réduction des méfaits sur son territoire.
Les organismes communautaires, souvent issus du milieu de la prévention du VIH et de l'intervention de proximité, assurent une grande partie du travail de terrain : distribution de matériel, formation à l'administration de la naloxone, accompagnement et orientation vers les services du réseau.
Enjeux et débats
La réduction des méfaits fait l'objet d'un large appui au sein des organismes de santé publique, dont l'Association pour la santé publique du Québec, qui a présenté ses positions sur la crise des drogues toxiques dans un mémoire publié en 2024.
Plusieurs enjeux demeurent néanmoins discutés :
- La cohabitation sociale : l'implantation de services de consommation supervisée dans certains quartiers suscite des débats sur la sécurité, la proximité d'écoles et la gestion de l'espace public.
- L'approvisionnement plus sécuritaire : la prescription de substances de qualité pharmaceutique comme solution de rechange au marché non réglementé est débattue au Canada.
- La décriminalisation de la possession simple, envisagée ou expérimentée ailleurs au Canada, fait l'objet de prises de position divergentes.
- L'accès aux traitements et aux services en région, où l'offre est moins dense que dans les grands centres urbains.
- La stigmatisation des personnes qui consomment, considérée par la santé publique comme un frein au recours aux services.
Ces débats s'inscrivent dans une crise d'envergure canadienne, dont l'intensité a été particulièrement marquée dans l'Ouest du pays.