Définitions et indicateurs
L'expression « délai d'attente aux urgences » recouvre plusieurs mesures distinctes, qui ne sont pas interchangeables :
- le délai avant la prise en charge médicale, soit le temps écoulé entre la fin du triage et l'évaluation par un médecin ;
- la durée de séjour, qui englobe l'ensemble du parcours du patient, de son arrivée jusqu'à son départ, à son congé ou à son transfert vers une unité d'hospitalisation ;
- l'attente d'une civière ou d'un lit d'hospitalisation, qui dépend de la disponibilité des lits dans l'établissement.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) diffuse une page publique de situation des urgences présentant des données actualisées : estimation du temps d'attente avant de voir un médecin pour les cas non prioritaires, nombre de personnes en attente, taux d'occupation des civières et durée de séjour. Les données de certaines régions peuvent y être temporairement indisponibles.
Le délai affiché pour les cas non prioritaires constitue une estimation susceptible de varier rapidement selon l'arrivée de cas plus graves. La comparaison entre des chiffres publiés exige donc de vérifier l'indicateur auquel ils se rapportent : une durée de séjour de plusieurs heures ne correspond pas au seul temps d'attente avant la première évaluation médicale.
Triage et orientation des patients
Dans les urgences québécoises, l'ordre de prise en charge est déterminé par le triage selon la gravité clinique, et non selon l'ordre d'arrivée. Le triage repose sur l'Échelle canadienne de triage et de gravité, qui classe les patients en cinq niveaux de priorité, de la réanimation aux situations non urgentes. Les cas urgents sont vus en priorité, ce qui allonge l'attente des personnes classées dans les niveaux les moins prioritaires.
Santé Québec et le gouvernement du Québec recommandent de réserver l'urgence aux problèmes graves ou nécessitant des soins rapides. Pour les situations moins urgentes, d'autres ressources sont proposées :
- le service téléphonique Info-Santé 811, qui offre des conseils d'infirmières et oriente vers la ressource appropriée ;
- les ressources de première ligne, telles que les cliniques médicales, les groupes de médecine de famille et les pharmacies communautaires.
En cas de danger immédiat, les consignes officielles indiquent de se rendre à l'urgence ou de composer le 911 selon la situation. Cette orientation vise à réduire la fréquentation des urgences par des cas qui pourraient être traités ailleurs, l'une des pressions s'exerçant sur l'achalandage.
Évolution récente des délais
Exercice 2025-2026
Selon les données de Santé Québec rapportées par La Presse en avril 2026, la durée moyenne de séjour à l'urgence s'est établie à 16 h 48 pour l'exercice 2025-2026, en baisse de 24 minutes par rapport à l'exercice précédent. Le délai moyen entre la fin du triage et la prise en charge médicale est passé de 178 à 165 minutes. Au cours de cet exercice, 10,2 % des patients ont quitté l'urgence avant d'avoir été vus par un médecin. Les médias ont qualifié cette évolution de légère amélioration.
Exercice 2024-2025
Par déduction des données de 2025-2026, la durée moyenne de séjour se situait à environ 17 h 12 en 2024-2025, et le délai moyen entre le triage et la prise en charge médicale atteignait 178 minutes.
Années antérieures
En mars 2023, une étude relayée par La Presse concluait que le temps d'attente médian dans les urgences québécoises continuait d'augmenter. Plus tôt, en décembre 2015, des données publiées dans le même quotidien faisaient état d'une attente de 2 h 25 avant de voir un médecin.
| Exercice | Durée moyenne de séjour | Délai triage-médecin |
|---|---|---|
| 2025-2026 | 16 h 48 | 165 minutes |
| 2024-2025 | environ 17 h 12 | 178 minutes |
Disparités régionales
Les délais varient fortement d'une région et d'un établissement à l'autre. Pour l'exercice 2025-2026, les durées moyennes de séjour rapportées pour quelques régions illustrent cet écart :
| Région | Durée moyenne de séjour (2025-2026) |
|---|---|
| Outaouais | 22 h 24 |
| Laurentides | 20 h 54 |
| Laval | 20 h 24 |
| Montréal | 19 h 06 |
| Ensemble du Québec | 16 h 48 |
| Capitale-Nationale (Québec) | 13 h 30 |
Les régions situées en périphérie de Montréal, notamment Laval, les Laurentides et l'Outaouais, affichent des durées supérieures à la moyenne québécoise, alors que la région de Québec se situe nettement en deçà. Ces écarts reflètent des différences dans la croissance démographique, l'offre de lits hospitaliers, l'accès à la première ligne et la disponibilité du personnel.
Ces chiffres portent sur la durée de séjour et non sur le seul délai avant la première évaluation médicale ; ils ne peuvent donc pas être comparés directement avec l'estimation d'attente affichée en temps réel pour les cas non prioritaires.
Causes de l'engorgement
L'engorgement des urgences québécoises est un phénomène récurrent, particulièrement marqué en période hivernale lors des épidémies de virus respiratoires. Sa cause principale réside dans le manque de lits d'aval, c'est-à-dire de lits d'hospitalisation disponibles pour accueillir les patients dont l'état exige une admission. Faute de lit, ces patients demeurent sur une civière à l'urgence, ce qui réduit la capacité d'accueillir de nouveaux cas et allonge la durée de séjour.
Plusieurs facteurs contribuent à cette rareté de lits :
- la présence dans les hôpitaux de patients en niveau de soins alternatif (NSA), dont l'état ne requiert plus de soins aigus mais qui attendent une place en centre d'hébergement de soins de longue durée, en ressource intermédiaire ou un soutien à domicile ;
- le vieillissement de la population, qui accroît le nombre de patients présentant des problèmes de santé complexes ;
- les pénuries de personnel soignant, qui entraînent la fermeture temporaire de lits ;
- les difficultés d'accès à un médecin de famille ou à une consultation de première ligne, qui poussent une partie de la population vers l'urgence.
Les délais d'attente aux urgences sont ainsi considérés comme un indicateur de la fluidité de l'ensemble du réseau plutôt que du seul fonctionnement des services d'urgence.
Gouvernance et débat public
Depuis l'entrée en fonction de Santé Québec le 1er décembre 2024, en vertu de la Loi visant à rendre le système de santé et de services sociaux plus efficace, la gestion opérationnelle des établissements publics, dont leurs urgences, relève de cette société d'État. Le MSSS conserve la responsabilité des orientations et continue de publier les données de situation des urgences. Santé Québec diffuse par ailleurs des données détaillées, notamment en réponse à des demandes d'accès à l'information.
La question des délais occupe une place constante dans le débat public québécois. Les médias publient régulièrement des bilans annuels fondés sur les données officielles, tandis que des organismes de recherche, dont l'Institut économique de Montréal, ont soutenu que l'attente aux urgences augmentait malgré les engagements gouvernementaux successifs. Les mesures avancées pour réduire l'attente portent généralement sur l'amélioration de l'accès à la première ligne, la réorientation des cas non urgents, le désengorgement des lits occupés par des patients en attente d'hébergement et l'augmentation de la capacité d'hospitalisation.
L'interprétation des progrès demeure délicate en raison de la multiplicité des indicateurs : une baisse de la durée moyenne de séjour peut coexister avec une hausse du délai médian avant l'évaluation médicale, ou inversement.