Portrait et mode de vie
Le flétan de l'Atlantique est un poisson plat au corps allongé et comprimé latéralement. Comme la plupart des Pleuronectidés, il est généralement dextre : les deux yeux se trouvent sur le côté droit, qui est orienté vers le haut lorsque l'animal repose sur le fond. Cette face supérieure est pigmentée, de teinte brun olive à brun foncé, tandis que la face inférieure, aveugle, est blanchâtre. La bouche est large et armée de dents pointues, ce qui le distingue de plusieurs poissons plats plus petits se nourrissant d'invertébrés.
Il s'agit du plus grand poisson plat de l'Atlantique Nord. Les femelles atteignent des tailles nettement supérieures à celles des mâles, et les plus grands individus peuvent dépasser deux mètres de longueur.
Espèce démersale, le flétan vit près du fond, mais il demeure un nageur actif capable de s'en éloigner pour chasser. Il effectue des déplacements importants, saisonniers ou liés à la reproduction, qui font l'objet de travaux de télémétrie menés notamment par des équipes universitaires québécoises (Université du Québec à Rimouski, Université du Québec à Chicoutimi) en collaboration avec Pêches et Océans Canada.
Dans la classification retenue par le catalogue du vivant, l'espèce est rangée dans l'ordre des Carangiformes ; plusieurs ouvrages plus anciens la placent dans l'ordre des Pleuronectiformes.
Répartition
L'espèce est présente des deux côtés de l'Atlantique Nord. Dans l'Atlantique Nord-Ouest, elle fréquente les eaux canadiennes du golfe du Saint-Laurent, du plateau néo-écossais, des Grands Bancs de Terre-Neuve et du Labrador.
Au Québec
Le flétan de l'Atlantique est présent dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Dans le golfe, il est plus abondant dans les grands chenaux profonds :
- le chenal Laurentien ;
- le chenal Esquiman ;
- le chenal Anticosti.
Il y est généralement observé à des profondeurs supérieures à 200 mètres, bien que des individus, surtout jeunes, fréquentent des eaux moins profondes.
Unités de gestion
Aux fins de la gestion des pêches, le stock du golfe du Saint-Laurent est délimité par les divisions 4R, 4S et 4T de l'Organisation des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest (OPANO), regroupées sous l'appellation « 4RST ». Ce stock est évalué séparément de celui du plateau néo-écossais et du sud des Grands Bancs (divisions 3NOPs4VWX5Zc).
Statut au Québec
Le catalogue du vivant indique que l'espèce est indigène et régulière et lui attribue le rang de conservation S5B, qui désigne une population reproductrice jugée non en péril à l'échelle du Québec. Le champ relatif à la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (LEMV) porte la mention « Non suivie »; cette indication de suivi ne constitue pas une désignation juridique.
Croissance et cycle de vie
Le flétan de l'Atlantique est une espèce à croissance lente et à maturité tardive, des caractéristiques qui la rendent sensible à la surexploitation. Les femelles atteignent leur maturité sexuelle à une taille et à un âge plus élevés que les mâles, et elles grandissent davantage tout au long de leur vie. L'espèce est longévive : les plus vieux individus peuvent vivre plusieurs décennies.
La reproduction a lieu en eaux profondes. Les œufs, pondus en grand nombre, sont pélagiques et dérivent dans la colonne d'eau. Les larves qui en éclosent sont symétriques, comme celles des autres poissons.
Au cours du développement larvaire survient la métamorphose caractéristique des poissons plats : l'œil gauche migre vers le côté droit de la tête, le corps s'aplatit et le jeune poisson adopte une vie près du fond. Les juvéniles fréquentent souvent des eaux plus côtières et moins profondes que les adultes, avant de rejoindre les habitats plus profonds en grandissant.
Les périodes et les sites de fraie du stock du golfe du Saint-Laurent font l'objet de recherches récentes, notamment par le marquage d'individus à l'aide d'étiquettes électroniques, qui permettent de suivre les déplacements verticaux et horizontaux des poissons pendant plusieurs mois.
Relations avec l'humain
Le flétan de l'Atlantique est un poisson commercial recherché pour sa chair blanche et ferme. Au Québec, il est surtout pêché à la palangre par des flottilles de la Gaspésie, de la Côte-Nord et des Îles-de-la-Madeleine, et il est aussi capturé de façon accessoire dans d'autres pêches de poissons de fond.
Gestion du stock 4RST
La pêche est encadrée par Pêches et Océans Canada au moyen de plans de pêche axés sur la conservation, d'allocations par flottille, de conditions de permis, d'une taille minimale de capture et d'un total autorisé des captures (TAC). Les règles, notamment les engins autorisés et certaines fermetures saisonnières ou spatiales, varient selon les zones et les saisons.
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| TAC 4RST, saison 2025-2026 | 3 083 tonnes | Pêches et Océans Canada |
| Part réservée aux activités scientifiques (2025-2026) | 95 tonnes | Pêches et Océans Canada |
| Biomasse exploitable estimée (évaluation 2024) | 81 392 tonnes | Pêches et Océans Canada |
| État du stock (évaluation 2024) | Zone saine, probabilité supérieure à 99 % | Pêches et Océans Canada |
État du stock
Selon l'évaluation de Pêches et Océans Canada pour 2024, le stock du golfe du Saint-Laurent se situait dans la zone saine de l'approche de précaution, avec une probabilité supérieure à 99 %.
Élevage
L'espèce fait aussi l'objet d'élevage en aquaculture dans certains pays de l'Atlantique Nord et dans les provinces maritimes.
Relations avec les autres espèces
Prédateur de grande taille, le flétan adulte occupe une position élevée dans le réseau trophique des fonds du golfe du Saint-Laurent. Il partage ses habitats profonds avec d'autres poissons de fond exploités, comme le flétan du Groenland (turbot), le sébaste et la morue franche, ce qui explique qu'il soit souvent capturé de façon accessoire dans les pêches visant ces espèces, et inversement.
Les œufs, les larves et les jeunes flétans sont exposés à une prédation importante de la part de nombreux poissons et invertébrés, comme chez la plupart des espèces marines à œufs pélagiques.
La cohabitation avec le flétan du Groenland, qui porte également le nom de flétan mais appartient à un genre différent (Reinhardtius), est prise en compte dans la gestion : plusieurs plans de pêche du golfe encadrent conjointement ces deux espèces, qui fréquentent des habitats profonds voisins.
Régime alimentaire
Le flétan de l'Atlantique est un carnivore opportuniste. Son régime évolue avec la taille de l'individu.
- Juvéniles : ils consomment surtout des invertébrés benthiques et nectobenthiques, en particulier des crustacés comme les crevettes et les petits crabes.
- Adultes : ils deviennent essentiellement piscivores et capturent une variété de poissons, notamment des harengs, des capelans, des lançons, des sébastes, des morues et d'autres poissons plats. Les crustacés et les céphalopodes demeurent aussi au menu.
Sa large bouche dentée et sa capacité à quitter le fond pour poursuivre des proies dans la colonne d'eau en font un chasseur efficace. Il chasse aussi à l'affût, posé sur le substrat, grâce à sa coloration qui l'aide à se confondre avec le fond.
Cette alimentation variée en fait un maillon important entre les populations de poissons fourrage et les niveaux supérieurs du réseau trophique du golfe du Saint-Laurent.
Anecdotes
- Le nom de genre Hippoglossus vient du grec et signifie à peu près « langue de cheval », par allusion à la forme allongée et aplatie du poisson.
- Le flétan est le plus grand poisson plat de l'Atlantique : certains individus capturés au cours de l'histoire ont dépassé la taille d'un être humain adulte.
- Malgré son nom, le flétan du Groenland (Reinhardtius hippoglossoides), aussi appelé turbot au Québec, est une espèce distincte, appartenant à un autre genre.
- Le terme normalisé en français est « flétan de l'Atlantique » ; la forme « flétan atlantique » est aussi employée dans les documents de gestion des pêches.
- Les études de télémétrie récentes ont révélé que le flétan, bien qu'associé au fond, effectue régulièrement des déplacements verticaux importants dans la colonne d'eau.
