Portrait et mode de vie
L’alose d’été (Alosa aestivalis) est un petit poisson argenté de la famille des Alosidés, au corps comprimé latéralement et à la silhouette élancée. Les adultes mesurent le plus souvent de 20 à 30 cm, mais peuvent atteindre près de 40 cm. Le dos est bleuâtre à bleu-vert foncé, les flancs sont métalliques et une tache sombre peut être visible près de l’épaule, derrière l’opercule. Comme chez les autres aloses, le ventre porte une rangée de scutelles formant une carène rugueuse.
L’espèce vit généralement en bancs, une stratégie qui réduit le risque de prédation et facilite l’exploitation de concentrations de plancton. Dans son aire marine naturelle, elle fréquente surtout les eaux côtières et le plateau continental. Les bancs peuvent effectuer des déplacements verticaux quotidiens en suivant le zooplancton, souvent plus près de la surface la nuit.
L’alose d’été est normalement anadrome : elle grandit en mer et remonte les cours d’eau au printemps pour se reproduire. Certaines populations établies en eau douce, notamment dans le bassin du lac Champlain, accomplissent toutefois tout leur cycle vital sans rejoindre la mer. Elle ressemble beaucoup au gaspareau (Alosa pseudoharengus); la couleur foncée du péritoine chez l’alose d’été, de même que certains caractères de la tête et de l’œil, peuvent aider à les distinguer, mais l’identification demande souvent un examen attentif.
Répartition
L’aire de répartition naturelle de l’alose d’été longe la côte atlantique de l’Amérique du Nord, depuis les provinces Maritimes jusqu’au sud-est des États-Unis. Les populations anadromes se reproduisent dans des rivières côtières et passent une partie importante de leur vie dans les eaux marines ou saumâtres.
Au Québec, la Liste de la faune vertébrée classe l’espèce comme exotique, régulière et confirmée. La fiche source indique sa présence dans la rivière Richelieu, en provenance de la partie américaine du bassin du lac Champlain, où une population dulcicole est établie. L’espèce n’y a été reconnue morphologiquement que tardivement, notamment en raison de sa ressemblance avec le gaspareau.
Les données d’occurrence disponibles pour le Québec demeurent très limitées : deux mentions sont associées à la Côte-Nord. Ces mentions ne suffisent pas, à elles seules, à décrire précisément la répartition québécoise de l’espèce et doivent être interprétées avec prudence. L’alose d’été a également été observée dans les Grands Lacs pour la première fois en 1995. Les obstacles à la circulation, comme les barrages, peuvent limiter ses déplacements et l’accès aux habitats de reproduction.
Croissance et cycle de vie
La reproduction survient au printemps ou au début de l’été, généralement après celle du gaspareau dans les cours d’eau où les deux espèces cohabitent. Les adultes se regroupent dans des secteurs d’eau douce courante ou lentique, selon les populations, lorsque la température de l’eau se réchauffe. Les femelles libèrent leurs œufs dans l’eau, où ils sont fécondés par les mâles.
La fécondité est élevée : une femelle peut produire plusieurs dizaines de milliers d’œufs. Le développement embryonnaire est rapide lorsque l’eau est chaude, et l’éclosion peut survenir après quelques jours. Les larves et les jeunes poissons se nourrissent surtout de petits organismes planctoniques dans des zones calmes, productives et relativement chaudes.
Chez les populations anadromes, les juvéniles quittent les eaux douces vers la fin de l’été ou à l’automne pour gagner l’estuaire et la mer. Les populations dulcicoles du lac Champlain et du Richelieu demeurent plutôt dans le réseau lacustre et fluvial. La maturité sexuelle est généralement atteinte après quelques années, souvent vers trois à cinq ans. Les adultes peuvent se reproduire à plus d’une reprise, et leur longévité dépasse rarement une dizaine d’années.
Relations avec l'humain
Dans une grande partie de son aire atlantique, l’alose d’été a été capturée avec le gaspareau sous le nom collectif anglais de river herring. Ces poissons ont été utilisés pour l’alimentation, comme appâts et, historiquement, comme engrais. Les déclins observés dans plusieurs bassins versants ont été associés à la combinaison de la pêche, des barrages, de la perte d’habitats et d’autres pressions sur les milieux côtiers et fluviaux.
Au Québec, l’espèce est considérée comme introduite et son statut de population est indiqué comme inconnu ou non déterminé. Son rang provincial est SNA et elle est classée comme non suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. La compétence de gestion est déléguée au Québec.
L’enjeu principal au Québec concerne moins une pêche dirigée que la présence d’un poisson exotique dans des réseaux d’eau douce. Une population abondante pourrait exercer une pression sur le zooplancton et modifier les relations alimentaires avec d’autres poissons planctonophages, particulièrement dans les lacs et les secteurs fluviaux calmes.
Relations avec les autres espèces
L’alose d’été constitue un maillon entre le plancton et les prédateurs de plus grande taille. Ses œufs, ses larves, ses juvéniles et ses adultes peuvent être consommés par divers poissons, oiseaux piscivores et mammifères marins dans son aire naturelle. En eau douce, elle peut notamment servir de proie à des poissons prédateurs comme les achigans, les brochets, les dorés et les salmonidés de grande taille, selon les milieux où elle est présente.
Elle partage une partie de ses habitats et de ses ressources avec le gaspareau, ainsi qu’avec d’autres poissons qui se nourrissent de zooplancton. Les deux espèces peuvent remonter les mêmes rivières, mais l’alose d’été se reproduit souvent un peu plus tard. Dans les eaux douces où elle est introduite, elle peut aussi chevaucher le régime alimentaire de jeunes salmonidés, d’éperlans ou d’autres poissons planctonophages.
Comme beaucoup de poissons, elle peut héberger des parasites internes et externes, notamment des vers et des crustacés parasites. Ces organismes font partie des interactions normales des écosystèmes aquatiques, bien que leurs effets puissent varier selon l’état de santé des poissons et les conditions du milieu.
Régime alimentaire
L’alose d’été se nourrit principalement de zooplancton. Ses branchiospines nombreuses et serrées lui permettent de retenir de petites proies dans l’eau, tandis que sa vision lui permet aussi de sélectionner des organismes plus gros. Son alimentation comprend surtout des copépodes, des cladocères comme les daphnies, ainsi que d’autres petits crustacés planctoniques.
En milieu marin ou estuarien, elle peut aussi consommer des organismes associés au plancton côtier, y compris de petites larves de crustacés. Les jeunes poissons exploitent des proies de très petite taille, puis la taille des organismes consommés augmente avec leur croissance.
L’activité alimentaire varie selon la saison, la température et l’abondance du plancton. Les adultes qui migrent pour se reproduire peuvent réduire leur alimentation durant la montaison. Dans le bassin du lac Champlain et le Richelieu, les populations dulcicoles utilisent le zooplancton des lacs et des cours d’eau; leur effet réel sur les communautés planctoniques dépend de leur abondance locale.
Anecdotes
- Les noms français et anglais ne mettent pas l’accent sur le même trait : « alose d’été » évoque sa période de reproduction relativement tardive, tandis que Blueback Herring renvoie à la teinte bleutée de son dos.
- L’alose d’été a longtemps été confondue avec le gaspareau dans les captures et les inventaires. La couleur du péritoine est l’un des caractères les plus utiles : elle est foncée chez l’alose d’été et plus pâle chez le gaspareau.
- La fiche québécoise précise que l’espèce du Richelieu provient de la partie américaine du lac Champlain et que son identification morphologique a été tardive.
- Bien qu’elle soit normalement anadrome, l’espèce peut former des populations entièrement dulcicoles. Les poissons de ces populations passent toute leur vie en lac ou en rivière.
- L’alose d’été a été observée dans les Grands Lacs pour la première fois en 1995.
- La carène ventrale formée de scutelles pointues est un caractère typique des aloses. Elle est particulièrement perceptible lorsqu’on fait glisser doucement un doigt de l’arrière vers l’avant sous le poisson.