Portrait et mode de vie
La Chouette lapone appartient à l'ordre des Strigiformes, à la famille des Strigidés et au genre Strix, qui regroupe aussi la Chouette rayée. Son nom anglais est Great Gray Owl. Elle est considérée comme la plus grande des chouettes du Québec par la longueur du corps, bien que son abondant plumage lui donne une silhouette plus massive que son poids réel ne le laisse supposer.
Son plumage est gris, finement strié et vermiculé de brun et de blanc. La tête, ronde et dépourvue d'aigrettes, porte un très grand disque facial marqué de cercles concentriques foncés, au centre duquel se trouvent des yeux jaunes relativement petits. Sous le bec, deux taches blanches en forme de moustache encadrent une tache sombre au menton, un trait distinctif de l'espèce.
La Chouette lapone est surtout active à l'aube, au crépuscule et la nuit, mais elle chasse aussi de jour, particulièrement en hiver et pendant la saison de nidification. Elle chasse le plus souvent à l'affût, perchée en bordure d'un milieu ouvert, et repère ses proies essentiellement à l'ouïe. Le disque facial concentre les sons et lui permet de localiser un petit mammifère qui se déplace sous la neige, qu'elle capture en plongeant les serres les premières dans la couche neigeuse.
L'espèce est réputée pour son comportement peu farouche envers l'humain, ce qui la rend relativement facile à observer lorsqu'elle se présente près des routes ou des champs.
Répartition
La Chouette lapone a une répartition holarctique : elle occupe la forêt boréale d'Eurasie, de la Scandinavie à la Sibérie, ainsi que celle de l'Amérique du Nord, de l'Alaska jusqu'au Québec. Des populations se trouvent aussi dans certaines régions montagneuses de l'ouest des États-Unis. Son nom français évoque la Laponie, région du nord de l'Europe où l'espèce est présente.
Au Québec
L'espèce est indigène et régulière au Québec. Elle fréquente surtout les forêts de conifères, les tourbières boisées et les forêts mixtes entrecoupées de milieux ouverts. Les observations se concentrent principalement en Abitibi-Témiscamingue et dans le nord du Québec, où se trouve l'essentiel de son aire de nidification dans la province. L'Atlas des oiseaux nicheurs du Québec documente sa nidification dans la zone boréale.
Irruptions hivernales
Certains hivers, des individus quittent l'aire boréale et descendent vers le sud, jusque dans la vallée du Saint-Laurent, les Laurentides ou l'Outaouais. Ces déplacements, appelés irruptions, sont liés à la baisse de l'abondance des petits rongeurs dans les forêts nordiques. L'hiver 2004-2005 a notamment été marqué par une irruption importante dans le sud du Québec et de l'Ontario. Lors de ces épisodes, les chouettes se tiennent souvent en bordure de champs, de boisés et de routes, et des mentions sont parfois signalées jusque dans les Maritimes.
En raison de la dispersion des observations et de l'étendue de son habitat nordique, peu fréquenté par les observateurs, la taille de la population québécoise demeure mal connue.
Croissance et cycle de vie
La Chouette lapone ne construit pas de nid. Elle niche le plus souvent dans un ancien nid de rapace diurne ou de corvidé, ou au sommet d'un chicot brisé, généralement en milieu forestier à proximité de tourbières ou d'ouvertures où elle peut chasser. La nidification commence tôt au printemps, alors que la neige couvre encore le sol.
La ponte compte habituellement de deux à cinq œufs blancs, dont le nombre varie selon l'abondance des proies. Lors des années où les campagnols se font rares, certains couples ne nichent pas. La femelle assure l'incubation, qui dure environ un mois, pendant que le mâle chasse et lui apporte la nourriture.
Les jeunes quittent le nid avant de savoir voler et se réfugient sur des branches voisines, qu'ils escaladent en s'aidant du bec et des serres. Les adultes continuent de les nourrir pendant plusieurs semaines. Pendant la période de nidification, la femelle peut défendre vigoureusement le nid contre les intrus.
Longévité
Les fiches québécoises estiment la longévité de l'espèce en nature à environ 7 à 10 ans, certains individus vivant plus longtemps. L'Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP) mentionne une chouette baguée ayant atteint l'âge de 13 ans.
Relations avec l'humain
Statut et conservation
Au Québec, l'espèce porte le rang de précarité S3S4, qui la situe entre « vulnérable » et « apparemment non en péril » à l'échelle provinciale. En ce qui concerne la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, son statut est indiqué comme « retirée ». À l'échelle mondiale, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) la classe dans la catégorie « préoccupation mineure ».
Comme tous les oiseaux de proie, la Chouette lapone est protégée au Québec par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune, qui interdit notamment de la chasser, de la capturer ou de la garder en captivité sans autorisation.
Menaces
Lors des irruptions hivernales, les chouettes qui chassent le long des routes sont exposées aux collisions avec les véhicules. L'exploitation forestière peut aussi réduire la disponibilité des grands arbres et des chicots propices à la nidification. Des centres de réhabilitation, dont l'UQROP, accueillent des individus blessés ou affaiblis.
Observation
Sa taille, son comportement peu farouche et sa rareté relative dans le sud font de la Chouette lapone une espèce très recherchée par les ornithologues amateurs et les photographes. Ses apparitions hivernales font régulièrement l'objet d'articles dans les médias régionaux. Il est recommandé de garder une distance respectueuse et de ne pas l'appâter afin de limiter le dérangement d'oiseaux souvent déjà affaiblis par le manque de nourriture.
Relations avec les autres espèces
La Chouette lapone dépend étroitement des populations de petits mammifères de la forêt boréale, dont les fluctuations cycliques influencent sa reproduction et ses déplacements. Elle partage ces proies avec d'autres prédateurs nordiques, comme la Chouette épervière, le Hibou des marais, le Renard roux et les mustélidés.
Pour sa nidification, elle profite des nids abandonnés construits par d'autres oiseaux, notamment des buses, des autours et des corvidés. Elle dépend ainsi indirectement de la présence de ces espèces et de la persistance de grands arbres dans son habitat.
L'adulte a peu de prédateurs, mais le Grand-duc d'Amérique peut s'attaquer à elle, en particulier aux jeunes. Les œufs et les oisillons peuvent aussi être la proie de mammifères arboricoles ou de corvidés lorsque le nid est laissé sans surveillance. Au Québec, son aire recoupe celle de la Chouette rayée, du même genre, qui occupe plutôt les forêts mixtes et feuillues plus méridionales.
Régime alimentaire
La Chouette lapone est un prédateur spécialisé. Son régime se compose principalement de petits rongeurs, au premier rang desquels les campagnols, qui constituent l'essentiel des proies capturées. Elle consomme aussi d'autres petits mammifères, comme les souris, les lemmings et les musaraignes, et plus rarement des oiseaux.
Cette dépendance envers les campagnols, dont les populations varient fortement d'une année à l'autre, explique en grande partie les déplacements saisonniers de l'espèce. Lorsque les proies se raréfient dans la forêt boréale, les chouettes se dispersent vers le sud à la recherche de milieux plus productifs, comme les champs agricoles et les friches.
La chouette avale ses petites proies entières. Les parties non digérées, comme les os et les poils, sont régurgitées sous forme de pelotes, dont l'analyse permet aux chercheurs de déterminer la composition du régime alimentaire.
Anecdotes
- La Chouette lapone est l'oiseau emblème du Manitoba.
- Malgré sa grande taille, elle pèse moins que le Grand-duc d'Amérique ou le Harfang des neiges : une bonne partie de son volume est constituée de plumes, qui l'isolent du froid.
- L'Office québécois de la langue française consigne l'appellation « chouette lapone » dans le Grand dictionnaire terminologique.
