Portrait et mode de vie
Le dauphin à flancs blancs de l'Atlantique est un odontocète, c'est-à-dire un cétacé pourvu de dents, de la famille des Delphinidés. Il appartient traditionnellement au genre Lagenorhynchus, mais certains guides récents le classent dans le genre Leucopleurus, sous le nom Leucopleurus acutus, à la suite de travaux de génétique ayant remis en question l'unité de l'ancien genre.
Description
L'adulte mesure généralement de 2,4 à 2,8 m. Le corps est robuste, le rostre court et bien démarqué du melon. La nageoire dorsale, haute et falciforme, est située au milieu du dos. La coloration, complexe, permet une identification assez sûre en mer :
- un dos noir ou gris très foncé ;
- des flancs gris portant une tache blanche allongée sous la nageoire dorsale ;
- une bande jaune ocre qui prolonge cette tache vers l'arrière, en direction du pédoncule caudal ;
- un ventre blanc.
Les mâles sont en moyenne un peu plus grands que les femelles.
Comportement
L'espèce est très sociale. Elle se déplace en groupes qui comptent le plus souvent quelques dizaines d'individus, mais qui peuvent en réunir plusieurs centaines au large. Ces dauphins sont des nageurs rapides et acrobatiques, capables de sauts hors de l'eau ; ils peuvent accompagner les navires. Comme les autres odontocètes, ils utilisent l'écholocation pour s'orienter et repérer leurs proies.
Répartition
Le dauphin à flancs blancs de l'Atlantique est endémique de l'Atlantique Nord. Il occupe les eaux tempérées froides et subarctiques, surtout au-dessus du talus et de la plateforme continentale, de la côte nord-est des États-Unis jusqu'au Groenland, à l'Islande, aux îles Féroé, à la Norvège et aux îles Britanniques.
Au Québec
L'espèce est indigène et considérée comme régulière au Québec. Elle fréquente principalement le golfe du Saint-Laurent, où elle séjourne du printemps à l'automne. On l'observe notamment :
- au large de la Gaspésie, en particulier dans les secteurs de Forillon et de Percé ;
- le long de la Côte-Nord ;
- autour des Îles-de-la-Madeleine ;
- plus occasionnellement dans l'estuaire du Saint-Laurent.
Les guides d'observation la décrivent comme assez commune dans la partie est du système estuaire-golfe, alors que sa présence dans l'estuaire demeure plus sporadique.
Croissance et cycle de vie
Comme chez les autres delphinidés, la reproduction est lente. La femelle donne naissance à un seul petit après une gestation d'environ onze mois. Les naissances ont lieu surtout au début de l'été. Le nouveau-né mesure un peu plus d'un mètre et est allaité pendant plusieurs mois, souvent plus d'un an, tout en restant étroitement associé à sa mère au sein du groupe.
La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de six à douze ans, plus tôt chez les femelles que chez les mâles. L'intervalle entre deux naissances est généralement de deux ans ou plus. La longévité peut dépasser vingt ans.
La structure des groupes semble varier selon l'âge et le sexe : on a observé des rassemblements comprenant surtout des femelles et des jeunes, ainsi que des groupes où les juvéniles sont peu représentés. Les échouages massifs, qui touchent parfois plusieurs dizaines d'animaux à la fois, notamment sur les côtes du nord-est des États-Unis, ont fourni une part importante des connaissances sur la biologie de l'espèce.
Relations avec l'humain
Statut de conservation
Au Québec, l'espèce porte le rang S4, ce qui correspond à une espèce apparemment non en péril à l'échelle provinciale. La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec porte la mention « Non suivie » dans le champ LEMV. À l'échelle canadienne, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l'a évaluée en 1991 comme « non en péril ». Au Canada, les mammifères marins relèvent de Pêches et Océans Canada, qui encadre notamment les distances d'approche des cétacés.
Menaces
Les principales pressions qui pèsent sur l'espèce dans l'Atlantique Nord sont :
- les captures accidentelles dans les engins de pêche, en particulier les filets ;
- la pollution chimique, les contaminants s'accumulant dans les tissus de ces prédateurs ;
- le bruit sous-marin lié au trafic maritime et aux activités industrielles.
L'espèce a aussi fait l'objet de chasses traditionnelles aux îles Féroé.
Observation
L'observation des baleines est une activité touristique importante dans l'Est du Québec. Le dauphin à flancs blancs figure parmi les espèces que les croisiéristes de la Gaspésie, de la Côte-Nord et des Îles-de-la-Madeleine peuvent rencontrer, même si sa présence est moins prévisible que celle des grands rorquals.
Relations avec les autres espèces
Le dauphin à flancs blancs de l'Atlantique partage les eaux du golfe du Saint-Laurent avec plusieurs autres cétacés. Il est fréquemment observé à proximité de grands rorquals, comme le rorqual commun et le rorqual à bosse, ainsi que du globicéphale noir, avec lesquels il exploite parfois les mêmes concentrations de poissons.
Dans le golfe, il peut être confondu avec le dauphin à nez blanc (Lagenorhynchus albirostris), de taille comparable. Ce dernier se distingue par un rostre souvent pâle, une coloration grise et blanche plus marquée sur le dos et l'absence de la bande jaune ocre sur les flancs. Le marsouin commun, autre petit cétacé du Saint-Laurent, est nettement plus petit et porte une nageoire dorsale triangulaire basse.
Comme prédateur, l'espèce exerce une pression sur les bancs de petits poissons pélagiques. Elle peut elle-même être la proie de grands prédateurs marins, en particulier l'épaulard. Elle héberge enfin divers parasites internes et externes, comme la plupart des cétacés.
Régime alimentaire
Le dauphin à flancs blancs de l'Atlantique est un carnivore opportuniste qui se nourrit surtout de petits poissons vivant en bancs et de céphalopodes. Son régime varie selon les régions et les saisons, en fonction de l'abondance des proies. Les principales proies citées comprennent :
- le hareng de l'Atlantique ;
- le maquereau bleu ;
- les lançons ;
- le merlu argenté ;
- les calmars.
Anecdotes
- L'épithète scientifique acutus signifie « pointu » en latin.
- L'espèce est souvent désignée simplement sous le nom de « dauphin à flancs blancs » ; en anglais, elle est appelée Atlantic White-sided Dolphin.
- Sa coloration contrastée, notamment la bande jaune ocre sur les flancs, facilite son identification lorsqu'il saute hors de l'eau.
- Les échouages massifs de cette espèce sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre sont parmi les mieux documentés de l'Atlantique Nord-Ouest et ont permis de mieux comprendre sa reproduction et son régime alimentaire.
