Portrait et mode de vie
Dasychira vagans est un lépidoptère nocturne de taille moyenne appartenant à la tribu des Orgyiini, au sein de la sous-famille des Lymantriinés. Cette sous-famille, longtemps traitée comme une famille distincte (les Lymantriidés), est aujourd'hui rattachée à la famille des Érébidés dans la plupart des classifications. Elle regroupe des papillons dont les chenilles, très velues, portent des pinceaux et des brosses de soies qui leur valent le nom anglais de tussock moths.
L'adulte présente des ailes antérieures aux teintes grises à brunâtres, marquées de lignes transversales sombres plus ou moins nettes. Comme son nom anglais (Variable Tussock Moth) l'indique, l'aspect des individus varie sensiblement, ce qui peut compliquer la distinction avec d'autres espèces du genre Dasychira présentes dans l'est de l'Amérique du Nord. L'identification sûre repose souvent sur l'examen de spécimens par des spécialistes.
L'espèce est un papillon de nuit.
Position taxinomique
| Rang | Taxon |
|---|---|
| Classe | Insecta |
| Ordre | Lepidoptera |
| Superfamille | Noctuoidea |
| Famille | Erebidae |
| Sous-famille | Lymantriinae |
| Tribu | Orgyiini |
| Genre | Dasychira |
Répartition
Dasychira vagans est une espèce largement répandue dans les forêts d'Amérique du Nord. Au Canada, sa présence est signalée d'un océan à l'autre : Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve. Elle figure notamment dans les inventaires de lépidoptères de l'arboretum de l'Université de Guelph et de la station biologique de l'Université Queen's, en Ontario, ainsi que dans celui de l'aire naturelle J.J. Collett, en Alberta. Elle est également documentée dans le nord-ouest des États-Unis.
Au Québec
L'espèce occupe une place particulière dans la faune québécoise puisque sa description originale, publiée en 1913, repose sur du matériel provenant de Saint-Jean, au Québec, désigné comme localité type. Sa présence dans la province est donc attestée depuis le début du XXe siècle.
La fiche du catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 51 occurrences GBIF pour Dasychira vagans (clé taxinomique 1820722). Ce décompte non daté concerne l'ensemble de l'aire de répartition, et non uniquement le Québec; il ne constitue pas une mesure de l'abondance de l'espèce.
Croissance et cycle de vie
Comme tous les lépidoptères, Dasychira vagans connaît une métamorphose complète comprenant quatre stades : l'œuf, la chenille (larve), la chrysalide et l'adulte (imago).
Les chenilles des Lymantriinés se caractérisent généralement par des soies abondantes, notamment des touffes en forme de brosses et des pinceaux de soies.
Régime alimentaire
Seule la chenille s'alimente de façon notable. Elle est polyphage et consomme le feuillage de plusieurs essences de feuillus, ce qui contribue à sa vaste répartition dans les forêts nord-américaines. Les plantes hôtes signalées comprennent :
- les pommiers (genre Malus) ;
- les bouleaux (genre Betula) ;
- les saules (genre Salix) ;
- les peupliers et trembles (genre Populus) ;
- les chênes (genre Quercus), mentionnés par certaines synthèses comme hôtes favorisés.
Ces genres sont bien représentés dans les forêts feuillues et mixtes du sud du Québec ainsi que dans les forêts boréales, où les peupliers, les bouleaux et les saules occupent une place importante, notamment dans les peuplements de début de succession et les bordures de milieux humides. La disponibilité de ces essences dans l'ensemble du territoire forestier québécois est cohérente avec la présence de l'espèce dans la province.
Les adultes des Lymantriinés ont en général des pièces buccales réduites et s'alimentent peu ou pas du tout, vivant sur les réserves accumulées au stade larvaire.
Relations avec les autres espèces
Par son régime folivore, la chenille de Dasychira vagans participe au réseau trophique des forêts de feuillus. Elle constitue une ressource alimentaire potentielle pour divers prédateurs insectivores, bien que ses soies abondantes la rendent moins attrayante pour de nombreux oiseaux que les chenilles glabres.
Les chenilles des Lymantriinés sont la cible de nombreux ennemis naturels, en particulier des parasitoïdes : mouches de la famille des Tachinidés et hyménoptères parasites (guêpes ichneumons et braconides, notamment) qui pondent dans ou sur les larves. Elles peuvent aussi être touchées par des agents pathogènes tels que des virus, des bactéries et des champignons entomopathogènes.
Les espèces indigènes de Lymantriinés, dont celles du genre Dasychira, présentent un intérêt particulier dans l'évaluation des programmes de lutte biologique visant la spongieuse (Lymantria dispar), un ravageur introduit apparenté. Les chercheurs examinent en effet si les agents de lutte introduits contre ce ravageur risquent de s'attaquer aussi aux espèces indigènes proches, considérées comme des organismes non visés.
L'espèce partage par ailleurs ses plantes hôtes avec une multitude d'autres insectes phytophages des forêts québécoises.
Relations avec l'humain
Son principal intérêt pour l'humain est scientifique. Elle fait partie des espèces recensées lors des inventaires de biodiversité menés par les universités, les stations biologiques et les naturalistes amateurs, dont les observations alimentent les bases de données internationales comme le GBIF.
Anecdotes
- Le nom anglais Variable Tussock Moth fait référence à la grande variabilité de coloration des adultes, qui rend parfois délicate leur identification sur photographie.
- Le terme tussock, qui désigne en anglais une touffe d'herbe, évoque les brosses de soies dressées sur le dos des chenilles de la sous-famille.
- L'espèce a été décrite par William Barnes et James Halliday McDunnough, ce dernier ayant ensuite fait carrière comme entomologiste au ministère fédéral de l'Agriculture du Canada, où il a joué un rôle majeur dans l'étude des lépidoptères canadiens.
- Le choix de Saint-Jean, au Québec, comme localité type fait de ce papillon l'un des taxons nord-américains dont la référence nomenclaturale est rattachée au territoire québécois.
- La classification de l'espèce a évolué : longtemps placée dans la famille des Lymantriidés, elle est aujourd'hui intégrée à la famille des Érébidés, ce qui explique que des sources de différentes époques la classent différemment.
