Portrait et mode de vie
Le dauphin commun est un odontocète (cétacé à dents) de taille modeste. L'adulte mesure habituellement entre 1,7 et 2,5 m, les mâles étant en moyenne un peu plus grands que les femelles, et sa masse se situe le plus souvent entre 70 et 150 kg. Son corps est fuselé, son rostre long et étroit est nettement séparé du melon, et sa nageoire dorsale, haute et falciforme, se dresse au milieu du dos.
Coloration
La coloration est l'élément d'identification le plus fiable. Le dos est gris foncé à noirâtre et forme, sous la nageoire dorsale, une pointe en V. Sur chaque flanc, deux zones se croisent pour dessiner un motif en sablier ou en huit couché :
- une zone antérieure jaunâtre à chamois, de l'œil jusque sous la dorsale ;
- une zone postérieure gris pâle, de la dorsale jusqu'au pédoncule caudal.
Le ventre est blanc. Une bande sombre relie souvent la mâchoire inférieure à la nageoire pectorale, et un cercle foncé entoure l'œil.
Comportement
L'espèce est très sociale. Elle vit en groupes qui comptent généralement de quelques dizaines à quelques centaines d'individus, et les rassemblements peuvent atteindre plusieurs milliers d'animaux là où la nourriture abonde. Nageur rapide et acrobatique, le dauphin commun saute fréquemment hors de l'eau et chevauche volontiers la vague d'étrave des navires. Il communique et repère ses proies par des sifflements et des clics d'écholocalisation.
Répartition
Le dauphin commun occupe les eaux tempérées chaudes et tropicales des océans Atlantique et Pacifique ainsi que plusieurs mers adjacentes. Il fréquente surtout les eaux du plateau continental externe, du talus et du large, souvent là où le relief sous-marin et les fronts océaniques concentrent les bancs de poissons.
Au Québec
Dans l'Atlantique Nord-Ouest, l'espèce est présente du sud des États-Unis jusqu'au plateau néo-écossais et au golfe du Maine. Le golfe du Saint-Laurent constitue la limite nord de sa présence habituelle dans cette région. Les observations québécoises se concentrent dans le golfe, notamment pendant la saison estivale et au début de l'automne, lorsque les eaux de surface sont les plus chaudes. Des individus sont occasionnellement signalés plus à l'ouest, et des échouages surviennent à l'occasion sur les rives du Saint-Laurent.
Statut
Au Québec, l'espèce est classée comme indigène et régulière. Elle porte le rang de priorité S4, qui désigne une espèce apparemment non en péril à l'échelle de la province. Elle ne fait pas l'objet d'un suivi en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. À l'échelle mondiale, l'Union internationale pour la conservation de la nature range le dauphin commun dans la catégorie « préoccupation mineure ».
Croissance et cycle de vie
La reproduction du dauphin commun suit un schéma comparable à celui des autres petits delphinidés. Les accouplements et les naissances peuvent avoir lieu une bonne partie de l'année, avec des pics saisonniers qui varient selon les populations ; dans l'Atlantique Nord, les naissances sont surtout observées au printemps et en été.
Gestation et soins
La gestation dure environ 10 à 11 mois et aboutit à la naissance d'un seul petit, qui mesure environ 80 à 100 cm. Le baleineau nage aux côtés de sa mère dès les premiers instants et profite de son sillage pour se déplacer. L'allaitement se prolonge habituellement pendant plusieurs mois, souvent plus d'un an, même si le jeune commence à capturer des proies avant le sevrage complet. L'intervalle entre deux naissances est généralement de deux à trois ans.
Maturité et longévité
La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de 6 à 12 ans, selon le sexe et la population. La longévité peut dépasser 20 ans, et certains individus atteignent environ 30 ans. L'âge s'estime par le décompte des couches de croissance déposées dans les dents, à la manière des cernes d'un arbre.
Relations avec l'humain
Le dauphin commun est connu depuis l'Antiquité dans le bassin méditerranéen, où il figure sur des fresques, des mosaïques et des pièces de monnaie. Le nom scientifique Delphinus delphis a été attribué par Carl von Linné en 1758.
Menaces
La principale menace d'origine humaine qui pèse sur l'espèce est la capture accidentelle dans les engins de pêche, en particulier les filets maillants et les chaluts pélagiques. D'autres pressions s'y ajoutent, à l'échelle mondiale :
- la contamination par des polluants persistants, qui s'accumulent dans la graisse ;
- le bruit sous-marin lié à la navigation et aux activités industrielles ;
- la diminution locale de la disponibilité de ses proies.
Au Québec
Dans les eaux canadiennes, les mammifères marins sont protégés par le Règlement sur les mammifères marins adopté en vertu de la Loi sur les pêches, qui encadre notamment le dérangement des animaux. Au Québec, les carcasses et les animaux en détresse peuvent être signalés au Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins, qui documente les échouages le long du Saint-Laurent. Les rencontres avec le dauphin commun lors des excursions d'observation demeurent moins fréquentes que celles avec d'autres cétacés du Saint-Laurent, en raison de sa répartition surtout extracôtière.
Relations avec les autres espèces
Le dauphin commun partage souvent ses aires d'alimentation avec d'autres prédateurs. Il s'associe à l'occasion à d'autres cétacés, comme le globicéphale noir ou le dauphin à flancs blancs, et des groupes mixtes ont été observés dans l'Atlantique Nord. Les oiseaux marins, tels que les fous, les puffins et les goélands, suivent fréquemment les troupes de dauphins en chasse : les dauphins rabattent les bancs de poissons vers la surface, où ils deviennent accessibles aux oiseaux.
Prédateurs
L'épaulard et certains grands requins comptent parmi les prédateurs naturels de l'espèce. La vie en grands groupes, la vigilance collective et la vitesse de nage contribuent à réduire le risque de prédation.
Parasites
Comme les autres cétacés, le dauphin commun peut héberger divers parasites internes, notamment des nématodes et des trématodes, ainsi que des parasites externes comme certains petits crustacés.
Régime alimentaire
Le dauphin commun est un prédateur opportuniste qui se nourrit principalement de petits poissons vivant en bancs et de céphalopodes. Son régime varie selon les régions et les saisons, en fonction des proies disponibles.
Proies principales
Dans l'Atlantique Nord, les proies régulièrement consommées comprennent :
- des poissons pélagiques grégaires, comme le hareng, le maquereau et le lançon ;
- divers petits poissons de la colonne d'eau ;
- des calmars.
Techniques de chasse
L'espèce chasse souvent en groupe. Les dauphins encerclent un banc de poissons et le resserrent en une boule compacte, qu'ils poussent vers la surface avant de s'y nourrir à tour de rôle. Une part importante de l'alimentation a lieu la nuit, lorsque de nombreuses proies remontent des profondeurs vers la surface. Les dents, petites, coniques et très nombreuses, sont adaptées à la capture de proies glissantes, avalées entières.
Anecdotes
- Le dauphin commun compte parmi les cétacés possédant le plus grand nombre de dents : chaque demi-mâchoire peut en porter une cinquantaine, soit souvent plus de 200 dents au total.
- Son motif latéral en sablier, unique parmi les cétacés de l'Atlantique Nord, permet de le distinguer du dauphin à flancs blancs et du dauphin à nez blanc, plus fréquents dans le golfe du Saint-Laurent.
- La taxinomie du genre Delphinus a longtemps été débattue. Une forme à long bec a été traitée comme une espèce distincte, Delphinus capensis, avant d'être de nouveau regroupée par plusieurs autorités au sein de Delphinus delphis. La forme de l'Atlantique Nord correspond au dauphin commun à bec court.
- Les grands rassemblements de dauphins communs, qui soulèvent l'écume sur des centaines de mètres, comptent parmi les spectacles les plus remarqués du monde des cétacés.
