Portrait et mode de vie
Diapheromera femorata appartient à l'ordre des phasmes, un groupe d'insectes reconnus pour leur camouflage. Ils imitent des brindilles ou des feuilles. L'espèce a été décrite par l'entomologiste américain Thomas Say en 1824. Elle est rangée dans la famille des Diapheromeridae et le genre Diapheromera.
L'adulte présente un corps très mince et cylindrique. Ses pattes sont longues et grêles, et ses antennes sont longues. Il ne possède aucune aile. Sa coloration, généralement brune, grise ou verdâtre, lui permet de se confondre avec les rameaux des arbres. Comme chez beaucoup de phasmes, la femelle est plus grande et plus massive que le mâle. Le mâle est plus fin.
Le bâtonnet ordinaire vit dans les houppiers et le sous-étage des forêts de feuillus. Il se déplace lentement. Sa défense repose surtout sur l'immobilité et le mimétisme : posé le long d'une tige, il échappe facilement au regard. Ses mœurs discrètes expliquent qu'il soit rarement observé, même dans les secteurs où il est présent.
Répartition
Le bâtonnet ordinaire est indigène de l'Amérique du Nord. Il est répandu surtout dans l'est et le centre des États-Unis. Au Canada, son aire se limite au sud du pays. Une synthèse scientifique sur les mantes, blattes, orthoptères, dermaptères et phasmes du Canada le signale au Manitoba, en Ontario et au Québec. Elle le présente comme la seule espèce canadienne de l'ordre des phasmes.
Au Québec
Au Québec, l'espèce se trouve à la limite septentrionale de sa répartition. Espace pour la vie, institution muséale montréalaise, associe des mentions québécoises à trois secteurs :
- le mont Royal, à Montréal ;
- le parc de la Gatineau, en Outaouais ;
- des secteurs du sud de la province situés près de la frontière américaine.
La fiche du catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique 54 occurrences GBIF pour l'espèce, sous la clé taxonomique 1409474, sans préciser leur date ni leur périmètre géographique.
Croissance et cycle de vie
Comme les autres phasmes, Diapheromera femorata a un développement hémimétabole. Les jeunes, appelés nymphes, ressemblent à des adultes miniatures. Ils grandissent par mues successives, sans passer par un stade de pupe.
Le cycle est étroitement lié aux saisons :
- à la fin de l'été et au début de l'automne, les femelles adultes pondent leurs œufs. Elles les laissent tomber un à un depuis la cime des arbres ;
- les œufs, durs et semblables à de petites graines, se retrouvent dans la litière de feuilles mortes. Ils y passent l'hiver ;
- au printemps, les nymphes éclosent au sol, puis grimpent sur la végétation pour s'alimenter ;
- après plusieurs mues, elles deviennent adultes durant l'été.
Les adultes meurent avec l'arrivée du froid à l'automne. Seuls les œufs survivent à l'hiver.
Régime alimentaire
Le bâtonnet ordinaire est un insecte phytophage. Nymphes comme adultes se nourrissent des feuilles d'arbres et d'arbustes feuillus. Les chênes figurent parmi ses plantes hôtes privilégiées, ce qui explique son association aux chênaies et aux forêts décidues mixtes.
Les nymphes consomment d'abord le feuillage des plantes basses, près du sol où elles ont éclos. Elles gagnent ensuite progressivement les arbres à mesure qu'elles grandissent. Les adultes s'alimentent principalement dans la cime.
Le phasme découpe le limbe des feuilles à partir du bord avec ses pièces buccales broyeuses. Il laisse souvent les nervures principales intactes.
Relations avec les autres espèces
Le bâtonnet ordinaire fait partie de la communauté d'insectes défoliateurs des forêts de feuillus. Sa niche alimentaire recoupe en partie celle d'autres insectes associés aux chênes.
Il sert de proie à divers prédateurs insectivores, notamment des oiseaux forestiers. Son camouflage cryptique, qui le fait ressembler à une brindille, constitue sa principale protection contre ces prédateurs.
Relations avec l'humain
Le bâtonnet ordinaire est inoffensif pour l'humain. Il ne pique pas et ne transmet aucune maladie.
Dans certaines régions de l'est et du centre des États-Unis, les fortes densités de population peuvent entraîner des défoliations notables dans les forêts de chênes.
Sa présence sur le mont Royal, en plein cœur de Montréal, fait de ce phasme un sujet d'intérêt pour la vulgarisation scientifique. Espace pour la vie, qui regroupe notamment l'Insectarium de Montréal, lui a consacré un texte de diffusion. Les observations de cet insecte discret alimentent aussi les plateformes de science participative et les bases de données sur la biodiversité.
Anecdotes
- Diapheromera femorata est considéré comme le seul représentant de l'ordre des phasmes au Canada. Ce groupe compte pourtant plusieurs milliers d'espèces dans le monde, surtout dans les régions tropicales.
- En français, l'espèce porte le nom de bâtonnet ordinaire, une allusion directe à son allure de brindille. En anglais, on l'appelle couramment « common walkingstick ». L'Entomological Society of America a aussi reçu une proposition de nom commun en faveur de « northern walkingstick », qui souligne sa répartition plus septentrionale que celle des autres phasmes nord-américains.
- Les femelles ne fixent pas leurs œufs. Elles les laissent simplement tomber au sol depuis le feuillage. Par une fin d'été calme, la chute de ces œufs sur les feuilles mortes peut s'entendre dans les boisés où l'espèce est abondante.
- Le nom de l'ordre, Phasmida ou Phasmatodea, dérive du grec phasma, « apparition » ou « fantôme ». Il évoque l'aptitude de ces insectes à se fondre dans leur environnement.
