Biographie
Alanis Obomsawin est née en 1932 dans le New Hampshire, aux États-Unis, et a passé une partie de son enfance à Odanak, communauté abénakise (w8banakiak) située sur la rivière Saint-François, dans la région administrative du Centre-du-Québec. Sa famille s'est ensuite installée à Trois-Rivières, où elle a grandi dans un milieu francophone qui lui était étranger et où elle a été confrontée au racisme et aux représentations dévalorisantes des Autochtones, notamment dans l'enseignement de l'histoire.
Cette expérience a profondément marqué son parcours. Avant de devenir cinéaste, elle s'est fait connaître comme chanteuse et conteuse, se produisant dans les écoles, les universités, les festivals et les communautés autochtones. Son engagement auprès des enfants et sa volonté de transmettre une autre version de l'histoire des Premières Nations se retrouvent dans l'ensemble de son œuvre.
Installée à Montréal, elle a été remarquée par des producteurs de l'ONF, qui l'ont d'abord invitée à titre de conseillère pour des projets portant sur les peuples autochtones, avant qu'elle ne passe à la réalisation.
Carrière à l'Office national du film
Alanis Obomsawin commence à travailler avec l'Office national du film du Canada en 1967. D'abord consultante, elle devient réalisatrice au début des années 1970 et poursuit sa carrière au sein de l'institution pendant plus d'un demi-siècle, ce qui fait d'elle l'une des cinéastes les plus durablement associées à l'organisme.
Sa filmographie à l'ONF compte une cinquantaine de films selon la notice de l'institution. Le décompte varie selon les sources et leur date de mise à jour : en 2019, l'ONF présentait Jordan River Anderson, le messager comme son 53e film. Le catalogue de l'ONF demeure la référence pour la filmographie détaillée.
Sa méthode de travail repose sur une longue écoute préalable. Elle se rend dans les communautés, recueille les témoignages et établit une relation de confiance avant de tourner. Le gouvernement du Québec rattache cette démarche à l'importance qu'elle accorde à la parole et à la tradition orale. Dans ses films, ce sont le plus souvent les membres des communautés qui racontent eux-mêmes leur histoire, la cinéaste assurant fréquemment la narration.
Œuvre et thèmes
L'œuvre d'Alanis Obomsawin est présentée par l'ONF comme une œuvre consacrée à raconter les expériences et les préoccupations des peuples des Premières Nations. Plusieurs axes la traversent :
- La souveraineté et le territoire : conflits liés aux droits de pêche, aux revendications territoriales et aux traités.
- L'enfance et l'éducation : droits des enfants autochtones, placements en famille d'accueil, accès à l'école dans les communautés.
- La mémoire et la transmission : récits historiques des nations, témoignages d'aînés, histoire abénakise.
- La représentation : volonté de corriger les images faussées des peuples autochtones dans l'histoire enseignée et dans les médias.
Films marquants
| Année | Titre |
|---|---|
| 2019 | Jordan River Anderson, le messager |
| 2013 | Hi-Ho Mistahey! |
| 2012 | Le peuple de la rivière Kattawapiskak |
| 1993 | Kanehsatake : 270 ans de résistance |
| 1986 | Richard Cardinal : le cri d'un enfant métis |
| 1984 | Les événements de Restigouche |
Richard Cardinal : le cri d'un enfant métis retrace, à partir de son journal, la vie d'un adolescent métis passé par de nombreux foyers d'accueil en Alberta. Hi-Ho Mistahey! et Jordan River Anderson, le messager s'inscrivent dans une série de films consacrés aux droits des enfants autochtones, notamment en matière d'éducation et d'accès aux services.
Ancrage québécois
Une part importante de l'œuvre d'Alanis Obomsawin porte sur des événements survenus au Québec, dont elle a constitué une mémoire filmée.
Listuguj et la pêche au saumon
Les événements de Restigouche (1984) documente les raids menés en 1981 par la Sûreté du Québec dans la communauté mi'gmaq de Listuguj, en Gaspésie, dans le contexte d'un conflit portant sur les droits de pêche au saumon dans la rivière Ristigouche. Le film donne la parole aux membres de la communauté et revient sur l'affrontement avec les autorités provinciales.
La crise de 1990
Kanehsatake : 270 ans de résistance (1993) est consacré à la crise de l'été 1990 à Kanehsatake et à Oka, déclenchée par un projet d'agrandissement d'un terrain de golf sur des terres revendiquées par les Mohawks. La cinéaste a passé l'essentiel de la crise derrière les barricades, filmant les événements de l'intérieur. Le film, qui replace le conflit dans une histoire de revendications territoriales de près de trois siècles, est devenu l'un des documentaires canadiens les plus connus sur les relations entre l'État et les peuples autochtones. Elle a ensuite réalisé d'autres films prolongeant ce travail sur la crise et ses répercussions.
Odanak et la nation abénakise
Son attachement à Odanak, où elle a passé une partie de son enfance, se reflète dans son intérêt pour l'histoire de la nation abénakise, à laquelle elle a également consacré un film.
Musique et conte
Parallèlement au cinéma, Alanis Obomsawin a mené une carrière de chanteuse et de conteuse. Dès les années 1960, elle se produit dans des spectacles, des écoles et des festivals au Canada et à l'étranger, où elle interprète des chants et transmet des récits issus de la tradition orale abénakise.
Elle a enregistré l'album Bush Lady, paru à la fin des années 1980, qui mêle chants en abénakis, en anglais et en français. Longtemps confidentiel, cet enregistrement a connu une réédition qui l'a fait découvrir à un nouveau public.
Le conte et la chanson occupent dans sa démarche une place comparable à celle du cinéma : il s'agit, dans les trois cas, de faire entendre la voix des peuples autochtones et de transmettre leur histoire aux jeunes générations. Cette continuité entre la tradition orale et le documentaire est fréquemment soulignée par les institutions qui ont rendu hommage à son œuvre.
Distinctions et reconnaissance
L'œuvre d'Alanis Obomsawin a été récompensée par de nombreux prix et distinctions, au Québec, au Canada et à l'étranger. Parmi les principales :
| Année | Distinction |
|---|---|
| 2016 | Prix Albert-Tessier (Prix du Québec) |
| 2002 | Compagne de l'Ordre du Canada |
| 2001 | Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques |
| 1983 | Officière de l'Ordre du Canada |
Le prix Albert-Tessier, plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine du cinéma, reconnaît sa contribution au cinéma québécois ; la notice du prix souligne le rôle de ses films dans la mémoire et la transmission de l'histoire des Premières Nations. Elle a également été admise à l'Ordre de Montréal.
Expositions
Son œuvre a fait l'objet d'expositions dans des institutions artistiques, dont l'exposition Alanis Obomsawin — The Children Have to Hear Another Story, présentée au Musée d'art contemporain de Montréal en 2024, qui réunissait films, gravures et documents d'archives.