Contexte
Le film porte sur la crise d'Oka, conflit qui a opposé à l'été 1990 des membres de la communauté kanien'kéhaka (mohawk) de Kanesatake aux autorités québécoises et fédérales. La crise a été déclenchée par un projet d'agrandissement d'un terrain de golf de la municipalité d'Oka sur des terres que les Mohawks revendiquent, notamment une pinède comprenant un cimetière ancestral. La communauté de Kanesatake et la municipalité d'Oka se trouvent sur la rive du lac des Deux Montagnes, dans la région administrative des Laurentides.
Après l'érection de barricades par des Mohawks, l'intervention de la Sûreté du Québec le 11 juillet 1990 a donné lieu à un échange de tirs au cours duquel le caporal Marcel Lemay a été tué. Le conflit s'est ensuite étendu à Kahnawake, où le pont Honoré-Mercier a été bloqué, puis l'armée canadienne a remplacé les policiers sur les lignes. La crise a duré 78 jours.
Le titre du film renvoie à la durée de la résistance des Mohawks de Kanesatake face à la dépossession de leurs terres, que le documentaire fait remonter à la concession seigneuriale du territoire aux Sulpiciens au début du XVIIIe siècle.
Tournage
Alanis Obomsawin a filmé pendant les 78 jours de la crise, du côté mohawk des barricades. Elle a travaillé tantôt seule, tantôt avec une petite équipe, alors que l'accès au site était étroitement contrôlé par les forces policières puis militaires. Cette position lui a permis de documenter la vie quotidienne des personnes retranchées, les négociations, les tensions avec les soldats et les derniers jours de l'encerclement.
Le point de vue adopté distingue le film de la couverture médiatique de l'époque, principalement réalisée depuis l'extérieur du périmètre. La cinéaste, membre de la nation abénakise et associée à l'ONF depuis la fin des années 1960, a consacré une large part de son œuvre aux droits et aux histoires des peuples autochtones.
Contenu
Le documentaire alterne les images tournées pendant l'affrontement et des éléments de mise en contexte historique. Il présente :
- l'origine du conflit autour du projet de golf et de la pinède ;
- l'affrontement entre les manifestants, la Sûreté du Québec et l'armée canadienne ;
- les témoignages de membres de la communauté et de leurs alliés ;
- l'histoire des revendications territoriales des Kanien'kéhaka et de l'appropriation de leurs terres.
Selon la présentation de l'ONF, le film inscrit les événements de 1990 dans une résistance de longue durée plutôt que de les traiter comme un épisode isolé. L'Encyclopédie du cinéma canadien du Festival international du film de Toronto le décrit comme un témoignage important sur la confrontation de 1990 et sur l'histoire des rapports entre la communauté et l'appropriation de ses terres.
Réception et distinctions
Selon l'ONF, le film a remporté plus d'une douzaine de prix internationaux. Parmi les distinctions recensées figurent :
| Année | Distinction |
|---|---|
| 1993 | Prix CITY-TV du meilleur long métrage canadien, Festival of Festivals de Toronto |
| 1993 | Prix de l'International Documentary Association (IDA) pour réalisation exceptionnelle en film documentaire |
Le prix obtenu à Toronto fait de l'œuvre le premier documentaire récompensé comme meilleur long métrage canadien au festival aujourd'hui connu sous le nom de Festival international du film de Toronto. Le film est depuis considéré comme l'une des œuvres majeures d'Alanis Obomsawin et un document de référence sur la crise d'Oka.
Versions et diffusion
Le film est en anglais et en français ; son titre anglais est Kanehsatake: 270 Years of Resistance. L'ONF diffuse également une version en langue mohawk, distincte des versions française et anglaise. L'œuvre est accessible en ligne sur la plateforme de l'ONF et figure à son catalogue de distribution, notamment pour les établissements d'enseignement.
En 2017, le film a été mis de l'avant dans la programmation spéciale de l'ONF liée au 150e anniversaire de la Confédération canadienne. En 2020, à l'occasion du 30e anniversaire de la crise, l'ONF lui a consacré un texte sur son blogue, le présentant comme un jalon de l'histoire de la résistance aux revendications territoriales autochtones.
Postérité
Alanis Obomsawin a poursuivi l'exploration de la crise de 1990 dans plusieurs films de l'ONF, dont Je m'appelle Kahentiiosta (1995), Spudwrench – l'homme de Kahnawake (1997) et Pluie de pierres à Whiskey Trench (2000), qui reprennent chacun un aspect ou un protagoniste du conflit.
Vingt-cinq ans après la sortie du film, l'ONF a produit un épisode de sa série Pause ONF dans lequel la cinéaste revient sur le tournage et sur la portée de l'œuvre. Le documentaire demeure largement utilisé dans l'enseignement de l'histoire des relations entre les peuples autochtones, le Québec et le Canada, et il occupe une place centrale dans l'histoire du cinéma documentaire autochtone au pays.