Biographie
Anne Claire Poirier naît en 1932 à Saint-Hyacinthe, en Montérégie. Elle entre à l'Office national du film du Canada en 1960, à une époque où l'institution fédérale, installée à Montréal depuis 1956, développe sa production en langue française. Elle y devient la première femme francophone à occuper la fonction de réalisatrice, dans un milieu alors presque exclusivement masculin.
Son premier film comme réalisatrice est le court métrage documentaire 30 minutes, Mister Plummer (1963). Au cours des années suivantes, elle réalise des courts métrages et des films de commande, avant de signer en 1968 son premier long métrage, De mère en fille. Elle poursuit ensuite une carrière de plusieurs décennies à l'ONF, à la fois comme réalisatrice et comme productrice.
Anne Claire Poirier meurt en 2026. L'Ordre national du Québec, dont elle était membre, lui rend hommage en octobre 2026. Sa disparition est également soulignée par les publications spécialisées consacrées au cinéma québécois.
Débuts à l'Office national du film
Les premières années de Poirier à l'ONF s'inscrivent dans le contexte de l'essor de l'équipe française de l'institution, qui voit émerger au tournant des années 1960 une génération de cinéastes québécois associés au cinéma direct. Poirier y fait ses premières armes dans le court métrage et le film de commande, formes qui constituent alors une part importante de la production de l'organisme.
Après 30 minutes, Mister Plummer (1963), sa filmographie de cette période comprend notamment La fin des étés (1964) et Les ludions (1965). En 1969, elle réalise L'impôt, et tout et tout, film de commande lié à la fiscalité.
De mère en fille (1968) marque un tournant. Ce long métrage documentaire aborde la grossesse et la maternité du point de vue des femmes qui les vivent. Le film est fréquemment présenté comme l'un des premiers jalons du cinéma féministe au Québec, plusieurs années avant la structuration d'une production féministe au sein même de l'ONF.
Le programme En tant que femmes
Au début des années 1970, Anne Claire Poirier contribue à la création, au sein de la production française de l'ONF, du programme En tant que femmes. Ce programme a pour objet de permettre à des femmes de réaliser des films portant sur des enjeux qui touchent les femmes, à une époque où celles-ci demeurent peu nombreuses derrière la caméra.
Poirier assure la production de la série et y réalise elle-même plusieurs films, notamment :
- Les filles du Roy (1974), qui revisite l'histoire des femmes de la Nouvelle-France et, plus largement, la place faite aux femmes dans l'histoire du Québec ;
- Le temps de l'avant (1975), qui traite de la question de l'avortement.
Le programme En tant que femmes est considéré comme une étape importante de l'histoire de l'ONF et du cinéma québécois, en ce qu'il a ouvert la réalisation à de nouvelles cinéastes et inscrit les préoccupations du mouvement féministe des années 1970 dans la production cinématographique publique. Il précède la création, du côté anglophone de l'ONF, du Studio D, consacré lui aussi à la production de films par des femmes.
Œuvres majeures
Mourir à tue-tête (1979)
Mourir à tue-tête est une œuvre de fiction consacrée au viol. Le film suit le parcours d'une femme agressée et interroge les réactions de son entourage et de la société. Il est souvent cité comme l'œuvre la plus connue de la cinéaste.
La quarantaine (1982)
Avec La quarantaine, long métrage de fiction, Poirier s'intéresse à un groupe d'amis qui se retrouvent au milieu de leur vie, et aux bilans personnels que suscite ce passage.
Salut Victor (1988)
Salut Victor aborde l'amitié entre deux hommes âgés, dans un registre intimiste qui élargit le champ des sujets traités par la cinéaste.
Tu as crié LET ME GO (1996)
Documentaire personnel, Tu as crié LET ME GO est consacré notamment à la fille de la cinéaste et aux réalités de la toxicomanie et de la prostitution. Le film combine témoignage intime et réflexion sur la marginalité urbaine.
Ces œuvres témoignent d'un parcours qui alterne documentaire et fiction, souvent à la frontière des deux, et qui demeure attaché à la représentation de l'expérience des femmes et des personnes vulnérables.
Filmographie choisie
Le tableau suivant présente une sélection de films réalisés par Anne Claire Poirier.
| Année | Titre | Nature |
|---|---|---|
| 1963 | 30 minutes, Mister Plummer | Court métrage documentaire |
| 1964 | La fin des étés | Court métrage |
| 1965 | Les ludions | Court métrage |
| 1968 | De mère en fille | Long métrage documentaire |
| 1969 | L'impôt, et tout et tout | Film de commande |
| 1974 | Les filles du Roy | Série En tant que femmes |
| 1975 | Le temps de l'avant | Série En tant que femmes |
| 1979 | Mourir à tue-tête | Long métrage de fiction |
| 1982 | La quarantaine | Long métrage de fiction |
| 1988 | Salut Victor | Long métrage |
| 1996 | Tu as crié LET ME GO | Long métrage documentaire |
La plupart de ces films ont été produits par l'Office national du film du Canada, qui en assure la conservation et la diffusion. Selon les catalogues, certaines dates et la qualification de certaines œuvres peuvent varier.
Distinctions
La contribution d'Anne Claire Poirier au cinéma québécois a été reconnue par plusieurs distinctions, présentées ici du plus récent au plus ancien :
| Année | Distinction |
|---|---|
| 2008 | Officière de l'Ordre national du Québec |
| 2002 | Prix Jutra-Hommage |
| 1988 | Prix Albert-Tessier |
| 1985 | Chevalière de l'Ordre national du Québec |
Le prix Albert-Tessier, qui fait partie des Prix du Québec, est la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine du cinéma. Le prix Jutra-Hommage, remis dans le cadre de la soirée des prix Jutra, souligne l'ensemble de la carrière d'une personnalité du cinéma québécois.
Sa promotion au grade d'officière de l'Ordre national du Québec, en 2008, fait d'elle l'une des rares cinéastes à avoir été distinguées à deux reprises par cet ordre.
Héritage
Anne Claire Poirier est considérée comme une pionnière du cinéma réalisé par des femmes au Québec et au Canada. Sa carrière à l'ONF coïncide avec l'émergence d'une cinématographie québécoise affirmée et avec la montée du mouvement féministe, deux dynamiques auxquelles son œuvre est étroitement liée.
Son rôle dans la création du programme En tant que femmes a permis à plusieurs réalisatrices de faire leurs débuts et a contribué à légitimer, au sein d'une institution publique, une production consacrée aux réalités des femmes : maternité, avortement, violence sexuelle, place des femmes dans l'histoire.
Ses films, notamment De mère en fille, Les filles du Roy et Mourir à tue-tête, sont régulièrement présentés dans les rétrospectives et les études consacrées au cinéma québécois. Ils demeurent accessibles par l'entremise du catalogue de l'ONF et sont documentés par des institutions patrimoniales comme la Cinémathèque québécoise.