Débuts et formation
Micheline Lanctôt naît à Montréal en 1947. Avant de se consacrer à l'interprétation, elle travaille dans le domaine du cinéma d'animation, une expérience qui marque ses premiers pas comme cinéaste : sa première réalisation est d'ailleurs un court métrage d'animation, A Token Gesture.
Sa carrière d'actrice commence en 1972 avec le rôle-titre de La vraie nature de Bernadette, de Gilles Carle, film présenté au Festival de Cannes la même année. Cette interprétation d'une jeune femme qui quitte la ville pour s'installer à la campagne lui vaut le prix Etrog de la meilleure interprétation féminine, récompense des Prix du film canadien, qui deviendront par la suite les prix Génie.
Ce début remarqué l'inscrit d'emblée dans le cinéma d'auteur québécois du début des années 1970, période d'essor de la production de fiction au Québec, soutenue notamment par la création de la Société de développement de l'industrie cinématographique canadienne (aujourd'hui Téléfilm Canada) et l'émergence d'une génération de cinéastes indépendants.
Université Concordia la compte parmi ses diplômés et membres notables, ce qui témoigne de ses liens avec le milieu universitaire montréalais.
Carrière d'interprète
Parallèlement à son travail de réalisatrice, Micheline Lanctôt poursuit une carrière soutenue de comédienne au cinéma, tant dans des productions québécoises que canadiennes anglophones.
Après La vraie nature de Bernadette, elle retrouve Gilles Carle dans Les corps célestes (1973). Elle participe ensuite à une production anglophone remarquée, L'apprentissage de Duddy Kravitz (The Apprenticeship of Duddy Kravitz, 1974), de Ted Kotcheff, adapté du roman de Mordecai Richler.
Sa filmographie d'actrice comprend notamment :
- Les corps célestes, de Gilles Carle ;
- L'apprentissage de Duddy Kravitz, de Ted Kotcheff ;
- Ti-Cul Tougas, de Jean-Guy Noël ;
- Mourir à tue-tête, d'Anne Claire Poirier ;
- Quand je serai parti… vous vivrez encore, de Michel Brault.
Ces rôles la placent au contact de plusieurs figures majeures du cinéma québécois, du cinéma direct à la fiction engagée. Mourir à tue-tête, produit à l'Office national du film du Canada, est l'une des œuvres marquantes du cinéma féministe québécois de la fin des années 1970, tandis que Quand je serai parti… vous vivrez encore évoque les Patriotes de 1837-1838.
Sa présence à l'écran se maintient au fil des décennies, y compris dans ses propres films, où elle se dirige parfois elle-même.
Œuvre de réalisatrice
Micheline Lanctôt signe son premier long métrage de fiction, L'homme à tout faire, en 1980. Le film, dont elle est aussi scénariste, suit le quotidien d'un homme à tout faire et de ses relations amoureuses, et annonce l'attention qu'elle portera aux personnages ordinaires.
Son deuxième long métrage, Sonatine, consacre sa réputation internationale. Le film met en scène deux adolescentes montréalaises en quête de sens et d'écoute dans un monde adulte indifférent. Il remporte le Lion d'argent à la Mostra de Venise ainsi qu'un prix Génie de la meilleure réalisation. Les sources datent le film de 1983 ou de 1984 selon qu'elles retiennent l'année de production ou celle de la sortie.
Suivent plusieurs longs métrages :
| Année | Titre |
|---|---|
| 1980 | L'homme à tout faire |
| 1983-1984 | Sonatine |
| 1993 | Deux actrices |
| 1994 | La vie d'un héros |
| 2003 | Le piège d'Issoudun |
| 2009 | Suzie |
| 2011 | Pour l'amour de Dieu |
| 2015 | Autrui |
Elle a également réalisé des œuvres pour la télévision ainsi qu'un documentaire, La poursuite du bonheur. Dans la plupart de ses films, elle cumule les fonctions de réalisatrice et de scénariste, ce qui fait d'elle l'une des autrices-réalisatrices les plus constantes du cinéma québécois depuis 1980.
Style et thématiques
L'œuvre de Micheline Lanctôt se caractérise par une approche intimiste et réaliste. Ses films privilégient les drames de proximité, les personnages isolés ou en marge et les rapports humains fragiles, plutôt que les grands récits spectaculaires.
Plusieurs constantes se dégagent de sa filmographie :
- l'isolement et la difficulté de communiquer, au cœur de Sonatine, où deux adolescentes cherchent vainement l'attention des adultes ;
- le métier d'interprète et la création, que met en abyme Deux actrices, film qui joue sur la frontière entre fiction et réalité ;
- les figures féminines, souvent placées au centre du récit et observées dans leur complexité ;
- la solitude et la marginalité, explorées notamment dans Suzie et Autrui.
Sa pratique, fréquemment marquée par des productions à budget modeste, s'inscrit dans la tradition du cinéma d'auteur québécois. Son passage par l'animation et sa longue expérience de comédienne nourrissent une mise en scène attentive au jeu des acteurs.
Pionnière parmi les réalisatrices de fiction au Québec, elle figure dans les répertoires consacrés aux femmes cinéastes, comme ceux de Réalisatrices Équitables et de FemFilm, et son premier long métrage fait partie des œuvres mises en valeur par le projet de restauration et de diffusion Éléphant : mémoire du cinéma québécois.
Distinctions
La carrière de Micheline Lanctôt a été saluée à la fois comme interprète et comme cinéaste, au Québec, au Canada et à l'étranger.
Récompenses pour des œuvres
- Prix Etrog de la meilleure interprétation féminine (Prix du film canadien), pour La vraie nature de Bernadette, film présenté à Cannes en 1972 ;
- Lion d'argent à la Mostra de Venise, pour Sonatine ;
- Prix Génie de la meilleure réalisation, pour Sonatine.
Distinctions de carrière
| Année | Distinction |
|---|---|
| 2000 | Prix Albert-Tessier (Prix du Québec) |
| 2003 | Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle |
| 2014 | Jutra Hommage |
Le prix Albert-Tessier, volet cinéma des Prix du Québec décernés par le gouvernement du Québec, constitue la plus haute distinction québécoise dans ce domaine. Le Jutra Hommage, remis lors de la soirée des Jutra (devenus par la suite le Gala Québec Cinéma), souligne l'ensemble d'une carrière consacrée au cinéma québécois. Le Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle reconnaît pour sa part une contribution exceptionnelle à la vie artistique canadienne.