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Films

Mourir à tue-tête

Mourir à tue-tête est un long métrage québécois de fiction réalisé par Anne Claire Poirier et produit par l'Office national du film du Canada (ONF) en 1979. Coécrit avec Marthe Blackburn, le film suit Suzanne, une infirmière victime d'un viol, et examine les répercussions de la violence sexuelle sur les femmes ainsi que le traitement réservé aux victimes. Mêlant reconstitution dramatique et éléments documentaires, il est considéré comme une œuvre marquante du cinéma féministe québécois.

Synopsis

Le film raconte l'histoire de Suzanne, une jeune infirmière enlevée et violée par un inconnu. Le récit s'attarde non seulement sur l'agression elle-même, montrée de façon directe, mais surtout sur ses conséquences : la détresse de la victime, son isolement, la difficulté de reprendre une vie ordinaire et l'incompréhension de son entourage.

À partir de ce cas individuel, le film élargit son propos à une réflexion sur la violence sexuelle comme phénomène social. Il interroge la manière dont les institutions, notamment médicales et judiciaires, accueillent les victimes, et met en relation l'expérience de Suzanne avec d'autres formes de violence faites aux femmes.

Parallèlement au récit, le film met en scène une cinéaste et une monteuse qui, dans une salle de montage, discutent du film en cours de fabrication. Leurs échanges portent sur les choix de représentation du viol, sur le point de vue à adopter et sur la portée politique du projet, ce qui place le spectateur devant la construction même de l'œuvre.

Production

Mourir à tue-tête est produit en 1979 par l'Office national du film du Canada, au sein de sa production de langue française. Il est réalisé par Anne Claire Poirier, qui en signe le scénario avec Marthe Blackburn, une collaboratrice de longue date.

Anne Claire Poirier occupe alors une place singulière à l'ONF : première femme à réaliser des films au programme français de l'organisme, elle a dirigé dans la première moitié des années 1970 la série En tant que femmes, consacrée à la condition féminine au Québec. Mourir à tue-tête s'inscrit dans le prolongement de cet engagement, en abordant un sujet alors peu traité au cinéma sous l'angle de l'expérience des victimes.

Le film est tourné en français et dure environ 96 minutes. Le générique crédite notamment les interprètes suivants :

  • Julie Vincent, dans le rôle de Suzanne ;
  • Germain Houde ;
  • Paul Savoie.

Le film est connu en anglais sous le titre A Scream from Silence.

Forme et esthétique

La particularité de Mourir à tue-tête tient à sa structure hybride. Le film alterne des scènes de fiction reconstituées, qui forment le récit de Suzanne, et des éléments de nature documentaire qui replacent ce récit dans un contexte plus large. Anne Claire Poirier a qualifié cette démarche de « dramentaire », contraction de « drame » et de « documentaire ».

Le dispositif de la salle de montage, où une cinéaste et une monteuse commentent les images, constitue un procédé réflexif : le film expose ses propres hésitations et soumet au regard du public la question de la représentation de la violence sexuelle. Ces discussions permettent d'aborder les risques d'une mise en scène du viol, la position du spectateur et la responsabilité de la réalisatrice.

La séquence de l'agression est filmée de manière explicite et prolongée. Ce choix, revendiqué comme un moyen de faire éprouver la violence de l'acte plutôt que de l'esthétiser ou de l'escamoter, a contribué à la force du film comme aux débats qu'il a suscités. Par cette combinaison de fiction, de documentaire et de réflexion sur le médium, l'œuvre se rattache à la tradition du cinéma direct et à l'approche engagée qui caractérise une partie de la production de l'ONF dans les années 1970.

Réception et débats

Mourir à tue-tête est rapidement reconnu comme une œuvre phare du cinéma féministe québécois. Les ouvrages de référence sur l'histoire du cinéma au Québec le citent parmi les films importants de la période 1970-1989, notamment pour la manière dont il fait du viol un enjeu social et politique plutôt qu'un simple ressort dramatique.

Le film a toutefois suscité des réactions divergentes. La représentation crue de l'agression, le point de vue adopté par la mise en scène et la place laissée au regard du spectateur ont fait l'objet de discussions : certains y ont vu une dénonciation nécessaire et efficace, d'autres se sont interrogés sur l'effet produit par la reconstitution détaillée de la violence. Ces débats rejoignent d'ailleurs ceux que le film met lui-même en scène dans ses séquences de montage.

Le quotidien Le Devoir a consacré au film un article rétrospectif dans sa chronique sur l'histoire du cinéma québécois, soulignant la démarche particulière de la réalisatrice. Le film figure également dans la ligne du temps de l'histoire des femmes au Québec, qui en fait un repère de l'évolution des représentations de la violence sexuelle.

Diffusion et décision du CRTC

Le film demeure accessible en visionnement sur la plateforme en ligne de l'Office national du film du Canada, qui en assure la conservation et la diffusion.

Sa diffusion télévisuelle a donné lieu à une décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Dans sa décision 2008-81, l'organisme a conclu que la chaîne spécialisée ARTV avait contrevenu à une condition de sa licence en diffusant Mourir à tue-tête avant 21 h. La décision relève la présence de scènes explicites de violence sexuelle et indique que le long métrage était destiné à un auditoire adulte, ce qui imposait sa diffusion en dehors des heures où les enfants sont susceptibles de regarder la télévision.

Cet épisode illustre la permanence, près de trente ans après la sortie du film, de la charge de ses images et des questions qu'elles posent quant à leur exposition au public.

Postérité

Mourir à tue-tête occupe une place centrale dans la filmographie d'Anne Claire Poirier, qui a poursuivi par la suite son exploration des violences et des drames vécus par les femmes, notamment avec Tu as crié Let Me Go (1997).

Dans l'histoire du cinéma québécois, le film est fréquemment cité comme l'un des exemples les plus aboutis du cinéma engagé produit par l'ONF à la fin des années 1970, à une époque où les questions féministes trouvaient une expression croissante à l'écran. Sa forme hybride, mêlant fiction, documentaire et réflexion sur la fabrication du film, est aussi souvent évoquée comme une contribution originale aux formes du cinéma québécois.

Le film reste un objet d'étude et de discussion, tant pour son propos sur la violence sexuelle et le sort des victimes que pour les questions éthiques qu'il soulève sur la représentation de cette violence.

Sources

  1. Office national du film du Canada, fiche du film
  2. Éléphant Films, fiche de Mourir à tue-tête
  3. Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, décision 2008-81
  4. Le Devoir, « Mourir à tue-tête » : le sale viol d'une jeune fille douce
  5. L'Encyclopédie canadienne, histoire du cinéma québécois, 1970-1989
  6. TIFF, Canadian Film Encyclopedia, Mourir à tue-tête
  7. Ligne du temps de l'histoire des femmes au Québec, Mourir à tue-tête
  8. Wikidata, A Scream from Silence
  9. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Mourir à tue-tête — Wikipédia
  2. Mourir à tue-tête (1979) ⭐ 7.0 | Drame

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : mourir à tue-tête, anne claire poirier, office national du film, cinéma féministe, viol, docufiction, cinéma québécois, 1979

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