Synopsis
Le récit se déroule dans un Canada imaginaire où une loi fictive, désignée « S-14 », permet aux parents en difficulté de confier un enfant à un établissement psychiatrique sans procédure judiciaire. Cette loi appartient uniquement à l'univers du film et ne correspond à aucune législation réelle du Québec ou du Canada.
Diane Després, surnommée « Die », est une mère veuve au tempérament fougueux. Elle reprend la garde de son fils Steve, un adolescent impulsif et parfois violent, après son renvoi d'un centre d'accueil. Mère et fils s'installent dans une maison de banlieue et tentent de reconstruire une vie commune malgré les crises répétées de Steve, la précarité financière et l'isolement.
Leur voisine Kyla, une enseignante en congé marquée par un bégaiement et un passé douloureux, s'immisce peu à peu dans leur quotidien. Elle aide Steve à poursuivre ses études à la maison et devient pour Diane une alliée. Ce trio fragile connaît des moments d'espoir et de légèreté, jusqu'à ce que les difficultés de Steve et les pressions extérieures ramènent la question de son avenir et du recours possible à la loi S-14.
Distribution
Le film repose sur trois rôles principaux confiés à des interprètes québécois.
| Interprète | Personnage |
|---|---|
| Anne Dorval | Diane « Die » Després |
| Antoine Olivier Pilon | Steve Després |
| Suzanne Clément | Kyla |
| Patrick Huard | Paul, un voisin avocat |
Anne Dorval et Suzanne Clément avaient déjà collaboré avec Xavier Dolan, notamment dans J'ai tué ma mère (2009), son premier long métrage, qui abordait lui aussi la relation entre une mère et son fils. Antoine Olivier Pilon, alors adolescent, avait été remarqué par le cinéaste dans le vidéoclip de la chanson « College Boy » du groupe Indochine, réalisé par Dolan en 2013.
La direction d'acteurs, la langue populaire québécoise des dialogues et l'intensité des performances ont été largement soulignées par la critique, et les trois interprètes principaux ont été récompensés lors des remises de prix canadiennes.
Production
Mommy est le cinquième long métrage de Xavier Dolan, qui en signe le scénario, la réalisation et le montage. Le film est produit par les sociétés montréalaises Metafilms et Sons of Manual, la productrice Nancy Grant accompagnant Dolan à la production. La direction de la photographie est assurée par André Turpin.
Le tournage a eu lieu au Québec, notamment à Montréal, à Chambly et dans leurs environs, en Montérégie. Le film est tourné sur pellicule 35 mm, un choix qui contribue à son grain visuel et à la texture de ses images.
La bande sonore combine une musique originale signée Noia et de nombreuses chansons populaires, parmi lesquelles « Wonderwall » d'Oasis, « White Flag » de Dido, « On ne change pas » de Céline Dion et « Born to Die » de Lana Del Rey. Ces chansons accompagnent plusieurs scènes marquantes et participent à la caractérisation des personnages.
Le long métrage dure 139 minutes. Il est distribué au Québec par Les Films Séville.
Forme et style
Le trait formel le plus commenté de Mommy est son format d'image carré (rapport 1:1), inhabituel au cinéma. Ce cadre resserré isole les visages et enferme les personnages dans un espace étroit, ce qui traduit visuellement leur sentiment d'étouffement et la proximité parfois oppressante de la relation entre la mère et le fils.
À deux reprises, le cadre s'élargit à l'écran : lors d'une séquence accompagnée de « Wonderwall », Steve écarte lui-même les bords de l'image, qui s'ouvre alors sur un format large. Ces moments correspondent à des instants de liberté et d'espoir dans le récit, avant que l'image ne se referme. Ce procédé a souvent été cité comme exemple d'utilisation dramatique du format.
Le film reprend plusieurs motifs propres au cinéma de Xavier Dolan : la relation mère-fils, l'usage expressif de la musique populaire, les ralentis, une esthétique colorée et un jeu d'acteurs très intense. Il se distingue aussi par l'emploi d'un français québécois populaire, voire du joual, que certaines distributions à l'étranger ont accompagné de sous-titres.
Accueil et distinctions
Festival de Cannes (2014)
Mommy est présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en mai 2014, une première sélection en compétition pour Xavier Dolan, alors âgé de 25 ans. Le jury présidé par la cinéaste Jane Campion lui attribue le Prix du jury, ex æquo avec Adieu au langage de Jean-Luc Godard.
Sortie en salle
Le film prend l'affiche au Québec le 19 septembre 2014. Il est ensuite distribué dans de nombreux pays et connaît un succès public notable en France.
Course aux Oscars
Mommy est choisi pour représenter le Canada dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère de la 87e cérémonie des Oscars, sans figurer parmi les finalistes.
Prix québécois, canadiens et internationaux (2015)
- Prix Écrans canadiens : le film obtient plusieurs prix, dont ceux du meilleur film, de la meilleure réalisation et des interprétations d'Anne Dorval, d'Antoine Olivier Pilon et de Suzanne Clément.
- Prix Jutra : le film est récompensé dans plusieurs catégories lors de la remise des prix du cinéma québécois.
- César : il reçoit le César du meilleur film étranger en France.
La critique salue l'audace formelle et l'intensité émotionnelle du film, certains commentateurs relevant en revanche sa démesure et son ton parfois paroxystique.
Postérité
Mommy occupe une place importante dans la filmographie de Xavier Dolan et dans le rayonnement international du cinéma québécois des années 2010. Le Prix du jury cannois et le César ont consolidé la reconnaissance du cinéaste à l'étranger, et le film a contribué à faire connaître Anne Dorval, Suzanne Clément et Antoine Olivier Pilon auprès d'un public international.
Le film figure dans les collections et la programmation de la Cinémathèque québécoise, qui conserve et met en valeur le patrimoine cinématographique du Québec. Il demeure accessible sur plusieurs plateformes de diffusion numérique.
En 2024, à l'occasion du dixième anniversaire de sa sortie, Radio-Canada a consacré un long format au film, revenant sur son tournage et sur son influence auprès de ses interprètes principaux et du public. Le format carré et la séquence de l'élargissement de l'image restent fréquemment évoqués dans les analyses consacrées à l'œuvre de Dolan et à l'usage expressif du cadre au cinéma.