Formation et débuts
Norman McLaren naît en 1914 à Stirling, en Écosse. Il étudie à l'École d'art de Glasgow, où il commence à expérimenter avec le cinéma, notamment en intervenant directement sur de la pellicule usagée dont il retire l'émulsion pour la peindre.
Remarqué par le producteur documentariste John Grierson, il travaille ensuite au sein de l'unité cinématographique du General Post Office, à Londres, au cours des années 1930. À la fin de la décennie, il s'installe à New York, où il poursuit ses recherches sur l'animation sans caméra et réalise de courts films abstraits accompagnés de sons tracés à la main.
En 1941, Grierson, devenu commissaire du gouvernement à la cinématographie au Canada, l'invite à se joindre à l'Office national du film, alors établi à Ottawa. Ce recrutement marque le début d'une association de plus de quatre décennies avec l'organisme fédéral, qui s'installe à Montréal au milieu des années 1950.
Carrière à l'Office national du film
À son arrivée à l'ONF, McLaren réalise d'abord des courts métrages liés à l'effort de guerre, puis reçoit en 1942 le mandat de former une équipe d'animation. Ce noyau, auquel participent notamment Evelyn Lambart, est à l'origine du studio d'animation de l'ONF, qui deviendra l'un des pôles du cinéma d'animation d'auteur dans le monde.
Au cours de sa carrière, McLaren réalise plus d'une soixantaine de films, souvent de courte durée, dans lesquels il alterne recherche formelle, musique et propos humaniste. Il collabore avec des artistes de diverses disciplines, dont des musiciens, des danseurs et des cinéastes québécois comme Claude Jutra, coréalisateur d'Il était une chaise (1957).
Dans la série Chants populaires, produite par l'ONF au milieu des années 1940, il anime des chansons traditionnelles du Canada français, dont C'est l'aviron et La poulette grise. Ces films témoignent de l'ancrage de son travail dans le contexte culturel québécois.
Son activité ne se limite pas à la réalisation : McLaren participe également, pour le compte de l'UNESCO, à des missions de formation à l'étranger au cours des années 1950. Selon l'ONF, ses films ont reçu plus de deux cents prix à l'échelle internationale.
Techniques et recherches
L'œuvre de McLaren se caractérise par l'invention ou le perfectionnement de procédés qui contournent la prise de vues traditionnelle :
- Animation directe sur pellicule : le cinéaste dessine, peint ou grave image par image sur la pellicule, sans recourir à la caméra. Caprice en couleurs (1949), coréalisé avec Evelyn Lambart, et Blinkity Blank (1955) illustrent cette approche.
- Son synthétique ou animé : McLaren trace directement sur la piste optique des formes qui, à la projection, produisent des sons. Il en tire des partitions entièrement dessinées, l'image et le son étant conçus selon le même principe.
- Pixilation : cette technique consiste à animer des acteurs réels image par image, comme des objets. Elle est au cœur de Voisins (1952) et d'Il était une chaise (1957).
- Recherches optiques : dans Pas de deux, il décompose et superpose les mouvements de danseurs au moyen de la tireuse optique, produisant des images démultipliées.
Ces recherches, décrites par McLaren lui-même dans des documents pédagogiques diffusés par l'ONF, ont influencé plusieurs générations d'animateurs au Québec et ailleurs. Le documentaire Creative Process: Norman McLaren, produit par l'ONF après sa mort, et Norman McLaren : musicien animé examinent ses méthodes de travail et le rôle de la musique dans son œuvre.
Œuvres marquantes
Parmi les films de McLaren les plus souvent cités figurent :
| Titre | Année | Remarques |
|---|---|---|
| Caprice en couleurs | 1949 | Coréalisé avec Evelyn Lambart ; animation peinte sur pellicule |
| Voisins | 1952 | Fable antimilitariste en pixilation ; Oscar |
| Blinkity Blank | 1955 | Images gravées sur pellicule noire |
| Il était une chaise | 1957 | Coréalisé avec Claude Jutra ; pixilation |
| Pas de deux | 1967 | Danse et effets optiques |
Voisins
Voisins met en scène deux hommes qui en viennent à s'entretuer pour la possession d'une fleur poussant à la limite de leurs terrains. Le film, réalisé en pixilation, est conçu comme une parabole sur la guerre. Il vaut à McLaren un Oscar. En 2009, l'UNESCO l'inscrit au Registre international Mémoire du monde, reconnaissance rare pour une œuvre cinématographique canadienne.
Rayonnement contemporain
Les films de McLaren continuent d'être diffusés par l'ONF, qui en assure la conservation et la distribution. Ils figurent notamment au programme inaugural du Lucas Museum of Narrative Art, à Los Angeles, parmi une sélection de films de l'ONF comprenant aussi des œuvres d'Arthur Lipsett, de Jean-Claude Labrecque et de Theodore Ushev.
Distinctions
La carrière de McLaren a été soulignée par de nombreuses distinctions, au Québec comme à l'étranger.
Au Québec, le gouvernement lui décerne en 1982 le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction accordée par l'État québécois dans le domaine du cinéma, qui fait partie des Prix du Québec. Cette reconnaissance souligne l'importance de sa contribution au cinéma réalisé au Québec, bien que son œuvre ait été produite par un organisme fédéral. En 1985, il est nommé chevalier de l'Ordre national du Québec.
Sur la scène internationale, Voisins lui vaut un Oscar, et l'ensemble de ses films cumule, selon l'ONF, plus de deux cents prix décernés dans divers festivals et concours.
| Distinction | Année |
|---|---|
| Chevalier de l'Ordre national du Québec | 1985 |
| Prix Albert-Tessier | 1982 |
| Oscar pour Voisins | années 1950 |
| Inscription de Voisins au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO | 2009 |
Héritage
Norman McLaren meurt à Montréal en 1987. Son nom reste étroitement associé à l'ONF et à la place qu'occupe Montréal dans l'histoire du cinéma d'animation. Le studio qu'il a contribué à fonder en 1942 a accueilli par la suite de nombreux animateurs d'origines diverses, dont plusieurs cinéastes québécois, et a maintenu une tradition de recherche formelle et d'animation d'auteur.
Son approche, qui considère la pellicule comme une surface de création à part entière et traite le son et l'image selon un même principe graphique, a fait école. Ses films sont régulièrement présentés dans les rétrospectives, les cinémathèques et les programmes d'enseignement du cinéma d'animation. Les ressources en ligne de l'ONF donnent accès à une grande partie de son œuvre ainsi qu'à des documentaires qui lui sont consacrés.
L'Encyclopédie canadienne et les institutions québécoises qui l'ont honoré le présentent comme une figure fondatrice de l'animation au Canada, dont l'influence dépasse largement les frontières du pays.