Description
Octobre est un drame historique d'une durée de 97 minutes, tourné en français. Le film retrace les jours qui séparent l'enlèvement de Pierre Laporte, ministre du gouvernement de Robert Bourassa, le 10 octobre 1970, de sa mort, survenue le 17 octobre 1970.
Le récit adopte le point de vue des ravisseurs, membres de la cellule Chénier du Front de libération du Québec. L'essentiel de l'action se déroule dans la maison de la rue Armstrong, à Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal, où l'otage est détenu. Ce parti pris de huis clos concentre la narration sur les rapports entre les membres de la cellule, sur leurs hésitations et sur l'évolution de la situation à mesure que les événements extérieurs se précipitent.
L'œuvre se présente comme une fiction fondée sur une source testimoniale et non comme un compte rendu documentaire. Les dialogues et la mise en scène relèvent de l'interprétation du cinéaste, à partir du récit de l'un des participants.
Contexte historique
La crise d'Octobre s'ouvre le 5 octobre 1970 avec l'enlèvement à Montréal du diplomate britannique James Richard Cross par la cellule Libération du FLQ. Le 10 octobre, une autre cellule, la cellule Chénier, enlève Pierre Laporte, alors ministre du Travail et de l'Immigration du Québec, devant sa résidence de Saint-Lambert.
Le 16 octobre 1970, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau proclame la Loi sur les mesures de guerre, à la demande des autorités québécoises et montréalaises. Des centaines de personnes sont arrêtées et détenues sans accusation. Le corps de Pierre Laporte est retrouvé dans la nuit du 17 au 18 octobre 1970, dans le coffre d'une voiture près de l'aéroport de Saint-Hubert.
La cellule Chénier comptait notamment Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie. Les événements de l'automne 1970 demeurent l'un des épisodes les plus marquants et les plus débattus de l'histoire politique contemporaine du Québec, ce qui explique la charge symbolique attachée à toute représentation cinématographique de cette période.
Production
Le film est produit par l'Association coopérative de productions audio-visuelles (ACPAV), maison montréalaise avec laquelle Pierre Falardeau a réalisé plusieurs de ses œuvres, avec la participation de l'Office national du film du Canada.
Falardeau signe le scénario, qui s'appuie sur le témoignage et le livre de Francis Simard, Pour en finir avec Octobre. Ce récit, écrit par un membre de la cellule, offre au cinéaste une perspective interne sur les événements de la rue Armstrong, que le film transpose en fiction.
Équipe technique
- Réalisation et scénario : Pierre Falardeau
- Direction de la photographie : Alain Dostie
- Musique : Richard Grégoire
- Production : ACPAV, avec la participation de l'Office national du film du Canada
La photographie d'Alain Dostie et la musique de Richard Grégoire accompagnent le dispositif de huis clos, qui fait de l'espace restreint de la maison l'élément central de la mise en scène.
Distribution
La distribution principale réunit des comédiens québécois qui ont, pour plusieurs, poursuivi une collaboration avec Pierre Falardeau ou une carrière marquante au cinéma et à la télévision.
| Interprète | Remarque |
|---|---|
| Luc Picard | Rôle principal |
| Hugo Dubé | Rôle principal |
| Pierre Rivard | Rôle principal |
| Denis Trudel | Rôle principal |
| Serge Houde | Rôle principal |
Luc Picard retrouvera Falardeau quelques années plus tard dans 15 février 1839 (2001), consacré à la rébellion des Patriotes. Le jeu des interprètes, contraint par l'unité de lieu, repose largement sur la tension psychologique entre les personnages enfermés dans la maison.
Réception et distinctions
Octobre a reçu le prix L.-E.-Ouimet-Molson, décerné par l'Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC) au meilleur long métrage québécois de l'année 1994. Cette distinction place le film parmi les œuvres saluées par la critique québécoise de son époque.
Le choix de raconter la crise d'Octobre du point de vue des ravisseurs a suscité des lectures contrastées. Une partie de la critique y a vu une réflexion sur la responsabilité individuelle et collective des membres de la cellule face à l'issue tragique de l'enlèvement, tandis que d'autres commentateurs ont discuté de la place accordée à la victime dans le récit. Le sujet, encore sensible plus de vingt ans après les faits, a contribué à faire du film un objet de débat public au-delà du seul cercle cinéphile.
Le film demeure régulièrement évoqué lors des commémorations de la crise d'Octobre, notamment à l'occasion du cinquantième anniversaire des événements, en 2020, où il figure parmi les œuvres québécoises rappelant cette période.
Place dans le cinéma québécois
Octobre s'inscrit dans un ensemble d'œuvres québécoises consacrées aux événements de 1970. Il se distingue notamment des Ordres de Michel Brault (1974), qui aborde les arrestations et les détentions de citoyens survenues sous la Loi sur les mesures de guerre, en adoptant le point de vue des victimes de la répression. Octobre se place, à l'inverse, au cœur de la cellule responsable de l'enlèvement.
Dans la filmographie de Pierre Falardeau (1946-2009), le film occupe une place singulière. Connu à la fois pour la satire d'Elvis Gratton et pour des drames à portée politique et historique, le cinéaste aborde avec Octobre un épisode central de l'histoire du mouvement indépendantiste et de la violence politique au Québec. Le film précède 15 février 1839, autre reconstitution historique en huis clos, centrée sur les dernières heures de Patriotes condamnés à mort.
L'œuvre est conservée et documentée par les institutions patrimoniales du cinéma québécois, dont la Cinémathèque québécoise, et figure dans la collection Éléphant, consacrée à la restauration et à la diffusion du répertoire cinématographique du Québec.