Jeunesse et formation
Philippe Falardeau naît en 1968 à Hull, ville de l'Outaouais fusionnée depuis à Gatineau. Il fait des études en sciences politiques et en relations internationales à l'Université d'Ottawa, formation qui nourrira plus tard l'intérêt de ses films pour les questions sociales, politiques et internationales.
Il ne doit pas être confondu avec le cinéaste Pierre Falardeau, auteur notamment d'Octobre et de 15 février 1839, avec qui il n'a pas de lien de parenté.
Son parcours vers le cinéma passe par une expérience télévisuelle marquante : en 1992-1993, il participe à La Course destination monde, émission de Radio-Canada au cours de laquelle de jeunes réalisateurs parcourent le monde en tournant de courts films. Il remporte cette édition, ce qui lui ouvre les portes du milieu audiovisuel québécois. Cette formation par la pratique, fondée sur l'observation du réel et le tournage léger, est souvent rappelée comme une étape décisive de la génération de cinéastes passés par l'émission.
Premiers longs métrages
Après des travaux documentaires, Falardeau réalise et scénarise son premier long métrage de fiction, La Moitié gauche du frigo (2000). Construit comme un faux documentaire, le film suit un ingénieur au chômage filmé par son colocataire et aborde la recherche d'emploi, la précarité et les effets de la mondialisation. Le film est remarqué au Festival international du film de Toronto.
En 2006, il présente Congorama, coproduction entre le Canada, la France et la Belgique. Le récit, qui relie un inventeur belge à ses origines québécoises, confirme son goût pour les intrigues ludiques et les questions d'identité. Le film est présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes.
Avec C'est pas moi, je le jure! (2008), adapté des romans de Bruno Hébert, il raconte l'été 1968 d'un garçon turbulent dans une famille en crise. Le film circule dans les festivals internationaux, notamment à la Berlinale, où il est primé dans la section consacrée au jeune public.
Monsieur Lazhar
Monsieur Lazhar (2011) est adapté de la pièce Bashir Lazhar d'Évelyne de la Chenelière. Le film suit un immigrant algérien qui remplace une enseignante disparue tragiquement dans une école primaire de Montréal. Le rôle-titre est tenu par l'acteur et humoriste Fellag. L'œuvre traite du deuil chez les enfants, de l'exil et de la place de l'adulte dans l'institution scolaire.
Le film obtient un large rayonnement :
- prix du public au Festival de Locarno en 2011 ;
- prix du meilleur film canadien au Festival international du film de Toronto en 2011 ;
- plusieurs prix Génie et prix Jutra (ces derniers sont depuis devenus les prix Iris) ;
- nomination à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère lors de la cérémonie de 2012.
La nomination aux Oscars, annoncée en janvier 2012, est largement couverte par la presse québécoise. Elle s'inscrit dans une période où plusieurs films québécois accèdent à cette catégorie et contribue à la notoriété internationale de Falardeau.
Carrière en anglais et comédie politique
Le succès de Monsieur Lazhar conduit Falardeau à tourner aux États-Unis. The Good Lie (2014), avec Reese Witherspoon, raconte l'arrivée en Amérique de réfugiés soudanais, les « garçons perdus » du Soudan. Le film prolonge son intérêt pour l'exil et la rencontre des cultures.
De retour au Québec, il réalise Guibord s'en va-t-en guerre (2015), comédie politique mettant en vedette Patrick Huard dans le rôle d'un député indépendant qui détient le vote décisif sur l'engagement militaire du Canada. Le film se rattache aux débats canadiens sur le pouvoir parlementaire et la guerre.
Il revient ensuite au cinéma anglophone avec Chuck (2017), biographie du boxeur américain Chuck Wepner, dont le combat contre Mohamed Ali aurait inspiré le personnage de Rocky, avec Liev Schreiber. Il réalise également My Salinger Year (2020), adaptation des mémoires de Joanna Rakoff, présenté en ouverture de la Berlinale 2020.
Style et thèmes
Le cinéma de Philippe Falardeau se caractérise par l'association de la comédie et du commentaire social. Ses films abordent fréquemment :
- le travail, la précarité et la mondialisation (La Moitié gauche du frigo) ;
- l'identité, les origines et la filiation (Congorama, C'est pas moi, je le jure!) ;
- l'immigration, l'exil et l'accueil (Monsieur Lazhar, The Good Lie) ;
- la vie politique et les institutions démocratiques (Guibord s'en va-t-en guerre).
Sa formation en sciences politiques et en relations internationales, ainsi que son expérience de La Course destination monde, sont souvent évoquées pour expliquer cette attention aux enjeux collectifs. Son écriture privilégie des personnages ordinaires placés devant des situations qui révèlent des tensions sociales, traitées avec un humour retenu plutôt qu'avec un ton militant. Ses œuvres, présentées dans de grands festivals, témoignent de la circulation internationale du cinéma d'auteur québécois depuis le début des années 2000.
Filmographie sélective
| Année | Titre | Fonction |
|---|---|---|
| 2000 | La Moitié gauche du frigo | Réalisation, scénario |
| 2006 | Congorama | Réalisation, scénario |
| 2008 | C'est pas moi, je le jure! | Réalisation, scénario |
| 2011 | Monsieur Lazhar | Réalisation, scénario |
| 2014 | The Good Lie | Réalisation |
| 2015 | Guibord s'en va-t-en guerre | Réalisation, scénario |
| 2017 | Chuck | Réalisation |
| 2020 | My Salinger Year | Réalisation, scénario |
Les années indiquées correspondent aux dates de sortie généralement retenues ; certains films ont été présentés en festival l'année précédant leur sortie en salle.