Origines et parcours
Paule Baillargeon naît le 19 juillet 1945 à Val-d'Or, ville de la région administrative de l'Abitibi-Témiscamingue. Elle se fait d'abord connaître comme comédienne, dans le milieu du théâtre et du cinéma québécois en pleine effervescence à la fin des années 1960 et au début des années 1970, période marquée par l'affirmation d'un cinéma d'auteur national et par l'essor des mouvements féministes.
Son parcours associe dès le départ l'interprétation et la création. Après plusieurs rôles au grand écran, elle passe derrière la caméra à la fin des années 1970 et mène dès lors une double carrière de comédienne et de réalisatrice, à laquelle s'ajoute l'écriture de scénarios. Elle travaille tant dans la production indépendante qu'avec l'Office national du film du Canada (ONF), qui produit notamment son film autobiographique Trente tableaux en 2011.
Sa carrière s'étend sur plus de quatre décennies et touche à la fiction, au moyen métrage expérimental et au documentaire. Elle est considérée comme l'une des cinéastes ayant contribué à faire entendre une perspective féminine dans le cinéma québécois.
Carrière de comédienne
Comme actrice, Paule Baillargeon participe à plusieurs œuvres importantes du cinéma québécois. Elle joue notamment dans :
- Réjeanne Padovani, de Denys Arcand ;
- Le Temps de l'avant, d'Anne Claire Poirier, film produit à l'ONF qui aborde la question de l'avortement ;
- La Femme de l'hôtel, premier long métrage de fiction de Léa Pool ;
- Jésus de Montréal, de Denys Arcand.
Ces collaborations la placent au croisement de deux courants du cinéma québécois : le cinéma d'auteur politique et social incarné par Denys Arcand, et le cinéma de femmes qui se développe, notamment à l'ONF, au cours des années 1970 et 1980. Le Répertoire des films classés du Québec recense de nombreuses œuvres dans lesquelles elle figure à l'interprétation.
Son expérience d'actrice nourrit son travail de réalisatrice, en particulier dans sa manière de diriger les interprètes et d'accorder une place centrale aux personnages féminins.
Œuvre de réalisatrice
Débuts et cinéma féministe
Paule Baillargeon passe à la réalisation avec le moyen métrage Anastasie oh ma chérie (1977), qui met en scène une femme cherchant à échapper aux rôles qui lui sont assignés. Elle coréalise ensuite avec Frédérique Collin La Cuisine rouge, long métrage qui examine les rapports sociaux entre les sexes à partir d'une situation de rupture entre hommes et femmes. Ces deux films s'inscrivent dans le cinéma féministe québécois de l'époque et sont souvent cités comme des jalons de ce courant.
Fictions
En 1986, elle réalise Sonia, film de fiction centré sur une femme atteinte de troubles de la mémoire et sur la relation avec sa fille. En 1993, elle signe Le Sexe des étoiles, adapté du roman de Monique Proulx, qui aborde l'identité de genre à travers la relation entre une jeune fille et son père devenu femme. Ce film demeure l'une de ses œuvres les plus connues.
Documentaires et autobiographie
Au cours des années 2000, elle se tourne vers le documentaire et réalise des portraits de figures culturelles québécoises : Claude Jutra, portrait sur film (2002), consacré au cinéaste de Mon oncle Antoine, et Le petit Jean-Pierre, le grand Perreault (2004), sur le chorégraphe Jean-Pierre Perreault.
En 2011, l'ONF produit Trente tableaux, récit autobiographique composé de fragments, dont elle assure la réalisation, la scénarisation et la narration. Le film revisite son enfance, sa formation et sa carrière à travers une succession de séquences mêlant images d'archives, dessins et souvenirs.
Thèmes et apport
L'œuvre de Paule Baillargeon est traversée par l'interrogation des rapports entre les femmes et les hommes, par la critique des rôles sociaux traditionnels et par l'attention portée à l'expérience intime des femmes. Ses premiers films, conçus dans le contexte du féminisme des années 1970, adoptent souvent une forme libre, théâtrale ou expérimentale, qui rompt avec les conventions du récit classique.
Dans ses fictions ultérieures, elle aborde des sujets alors peu traités par le cinéma québécois, comme les troubles de la mémoire dans Sonia ou l'identité de genre dans Le Sexe des étoiles. Ses documentaires témoignent quant à eux d'un intérêt pour la mémoire culturelle du Québec et pour les créateurs qui l'ont façonnée.
La critique a notamment analysé son cinéma sous l'angle de la communauté et de sa fragmentation, comme en témoigne l'étude publiée par la revue Panorama-cinéma. Le collectif Réalisatrices Équitables la compte parmi les réalisatrices pionnières du cinéma québécois, et la Cinémathèque québécoise lui a consacré une rétrospective. L'ONF lui a également consacré un épisode de la série Une histoire du cinéma.
Distinctions
Le parcours de Paule Baillargeon a été reconnu par plusieurs distinctions québécoises :
| Année | Distinction |
|---|---|
| 2023 | Compagne de l'Ordre des arts et des lettres du Québec |
| 2012 | Jutra Hommage (Québec Cinéma) |
| 2009 | Prix Albert-Tessier (Prix du Québec) |
Le prix Albert-Tessier, l'une des distinctions des Prix du Québec décernées par le gouvernement du Québec, souligne une carrière remarquable dans le domaine du cinéma. Le Jutra Hommage, remis lors de la soirée des prix Jutra organisée par Québec Cinéma, salue l'ensemble d'une carrière consacrée au cinéma québécois. Le titre de Compagne de l'Ordre des arts et des lettres du Québec lui est attribué par le Conseil des arts et des lettres du Québec en 2023.
Filmographie sélective
Réalisation
| Année | Titre | Genre |
|---|---|---|
| 2011 | Trente tableaux | Autobiographie (ONF) |
| 2004 | Le petit Jean-Pierre, le grand Perreault | Documentaire |
| 2002 | Claude Jutra, portrait sur film | Documentaire |
| 1993 | Le Sexe des étoiles | Fiction |
| 1986 | Sonia | Fiction |
| fin des années 1970 | La Cuisine rouge (avec Frédérique Collin) | Fiction |
| 1977 | Anastasie oh ma chérie | Moyen métrage |
Interprétation (sélection)
- Jésus de Montréal (Denys Arcand)
- La Femme de l'hôtel (Léa Pool)
- Le Temps de l'avant (Anne Claire Poirier)
- Réjeanne Padovani (Denys Arcand)
Les années de sortie de certains titres varient selon les répertoires consultés, en fonction de la date de production ou de la date de diffusion retenue.