Toponymie
Le nom officiel de l'ensemble, tel qu'il est consigné par la Commission de toponymie du Québec, est « Archipel de L'Isle-aux-Grues ». Il dérive du nom de l'île principale, l'île aux Grues, dont la graphie ancienne « Isle » est conservée dans le nom de l'archipel et dans celui de la municipalité de Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues.
Selon la Commission de toponymie, le nom de l'île aux Grues remonte au XVIIe siècle. Il s'expliquerait par une confusion des premiers occupants européens entre les grands hérons, abondants dans les battures de l'archipel, et les grues, oiseaux familiers en Europe mais peu présents dans la vallée du Saint-Laurent.
Les autres îles portent des noms souvent descriptifs ou anciens, hérités du régime français et de la navigation sur le fleuve. Le nom « Grosse Île » renvoie simplement à la taille relative de l'île parmi les îles voisines de l'archipel.
Géographie
L'archipel occupe la partie de l'estuaire moyen du Saint-Laurent comprise entre l'extrémité est de l'île d'Orléans et la rive sud, à la hauteur de Montmagny. La Commission de toponymie lui attribue les coordonnées 47° 02′ 37″ N, 70° 33′ 58″ O.
Sur le plan administratif, l'archipel se trouve dans la région administrative de Chaudière-Appalaches et sur le territoire de la MRC de Montmagny. L'île aux Grues forme, avec des îles voisines, la municipalité de Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues.
Le milieu est fortement marqué par la marée. À marée basse, de vastes battures et des bancs de sable émergent entre les îles, si bien que certaines d'entre elles, notamment l'île aux Grues et l'île aux Oies, se trouvent reliées par des estrans et des marais. Le relief des îles est généralement bas, à l'exception de quelques secteurs rocheux.
Nombre d'îles
Le décompte des îles varie selon la façon de délimiter les îlots et les rochers. La fiche officielle de la Commission de toponymie évoque une vingtaine d'îles, alors qu'une étude publiée dans la revue Ethnologies décrit l'archipel comme un chapelet de 21 îles et îlots.
Composition de l'archipel
L'archipel réunit des îles de tailles et de vocations très différentes. Parmi les principales figurent :
- l'île aux Grues, la plus grande et la seule habitée en permanence, siège du village de Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues ;
- l'île aux Oies, voisine de l'île aux Grues, à laquelle elle est reliée par des marais et des battures ;
- la Grosse Île, ancienne station de quarantaine et lieu historique national ;
- l'île Sainte-Marguerite, voisine de la Grosse Île ;
- plusieurs îles et îlets de moindre importance, dont l'île à Deux Têtes, l'île au Canot et l'île de la Sottise.
À ces îles s'ajoutent de nombreux rochers, îlets et bancs de sable, dont certains ne sont visibles qu'à marée basse. Cette mosaïque explique les écarts entre les différents décomptes de l'archipel.
L'occupation humaine permanente se concentre sur l'île aux Grues. Les autres îles sont inhabitées à l'année ; certaines ont accueilli par le passé des activités agricoles, des installations de quarantaine ou des chalets saisonniers.
Milieux naturels
L'archipel se situe dans un secteur de l'estuaire où les eaux douces du fleuve rencontrent progressivement les eaux plus salées venant de l'aval. Les marées y découvrent de vastes estrans, couverts en partie de marais intertidaux à scirpe et d'herbiers.
Ces milieux humides constituent des haltes migratoires importantes pour la sauvagine. La grande oie des neiges fréquente les battures de l'archipel lors de ses migrations printanière et automnale, et le grand héron, à l'origine du nom de l'île aux Grues, y est couramment observé. Les marais servent également d'aires d'alimentation pour de nombreux canards et oiseaux de rivage.
Les îles comportent aussi des boisés, des prairies et des terres agricoles, surtout sur l'île aux Grues, où l'agriculture et l'élevage ont façonné le paysage. La chasse à la sauvagine est une activité traditionnelle de l'archipel, pratiquée de façon saisonnière dans les marais et les battures.
Histoire et occupation humaine
L'île aux Grues est fréquentée par les Européens dès le XVIIe siècle, époque à laquelle remonte son nom. Elle fait partie des terres concédées sous le régime seigneurial de la Nouvelle-France et s'est développée autour d'une économie agricole insulaire, organisée en fonction des marées et de l'isolement hivernal.
Au fil des siècles, la communauté de l'île aux Grues a conservé un mode de vie marqué par l'insularité : agriculture, élevage, chasse et liens étroits avec la rive sud, en particulier Montmagny. Le village de Saint-Antoine-de-l'Isle-aux-Grues regroupe l'essentiel de la population permanente de l'archipel.
L'île est connue pour sa fête de la Mi-Carême, tradition de mascarade toujours vivante, qui a fait l'objet d'études ethnologiques. Les travaux publiés dans la revue Ethnologies examinent notamment le tourisme culturel en milieu insulaire et la mise en valeur du patrimoine de l'île aux Grues.
Le peintre Jean-Paul Riopelle a entretenu des liens étroits avec l'île aux Grues, où il a vécu à la fin de sa vie. La fromagerie de l'île a d'ailleurs donné son nom à l'un de ses fromages.
Grosse Île
La Grosse Île occupe une place particulière dans l'histoire de l'archipel et du Canada. De 1832 à 1937, elle a servi de station de quarantaine pour les immigrants arrivant par le Saint-Laurent, afin de limiter la propagation des maladies contagieuses, dont le choléra et le typhus.
L'année 1847 est restée associée à l'arrivée massive d'immigrants irlandais fuyant la Grande Famine. De nombreux passagers atteints du typhus sont morts sur l'île ou durant la traversée, et l'île conserve un cimetière et des monuments commémoratifs liés à cet épisode.
La Grosse Île est devenue un lieu historique national en 1984. Son histoire relève aujourd'hui du lieu historique national de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais, administré par Parcs Canada, qui en assure la conservation et la mise en valeur auprès des visiteurs durant la saison estivale.
Accès et activités
L'île aux Grues est reliée à Montmagny par un service de traversier saisonnier, dont les horaires dépendent de la marée. Pendant la saison des glaces, la liaison avec la rive sud s'effectue principalement par voie aérienne.
Le tourisme occupe une place croissante dans l'économie de l'archipel. Les visiteurs y viennent pour les paysages insulaires, l'observation des oiseaux, le vélo, les produits du terroir, dont les fromages de l'île, ainsi que pour les événements culturels. L'organisme Tourisme Isle-aux-Grues publie des dépliants et une carte de l'archipel destinés aux visiteurs.
La Grosse Île est accessible pendant la saison estivale par des croisières au départ de la rive, organisées en lien avec le lieu historique national. Les autres îles de l'archipel, en grande partie privées ou protégées, sont peu accessibles au public.
