Situation et toponymie
L'archipel de Mingan se trouve dans la région administrative de la Côte-Nord, sur le littoral de la Moyenne-Côte-Nord, dans la municipalité régionale de comté (MRC) de la Minganie. Il longe la rive nord du golfe du Saint-Laurent et fait face à l'île d'Anticosti, dont il est séparé par le détroit de Jacques-Cartier.
L'ensemble s'étend sur près de 150 km, depuis la rivière Saint-Jean, près de Longue-Pointe-de-Mingan, jusqu'à la rivière Aguanish, près du village d'Aguanish. Plusieurs localités riveraines, dont Longue-Pointe-de-Mingan et Havre-Saint-Pierre, sont étroitement associées à l'archipel ; la communauté innue d'Ekuanitshit (Mingan) est également établie sur ce littoral.
Le toponyme « Archipel de Mingan » est officiel. La base de noms géographiques de Ressources naturelles Canada le rattache à Havre-Saint-Pierre, en Minganie, et indique que la décision de normalisation date du 17 août 1978. Le nom « Mingan » est ancien sur la Côte-Nord : il désigne aussi une rivière, un village et une ancienne seigneurie. Son origine fait l'objet de plusieurs hypothèses, autochtones ou basques, sans consensus établi.
Géographie physique
L'archipel ne forme pas un ensemble homogène. Parcs Canada y distingue deux grands secteurs aux paysages contrastés.
| Secteur | Composition | Nature de la roche |
|---|---|---|
| Ouest et centre | Une quarantaine d'îles | Surtout calcaire |
| Est | Plus de mille îles, îlots et cayes | Granitique |
Le secteur ouest et central, le plus connu, regroupe des îles basses au relief tabulaire, bordées de falaises, de grèves de galets et de terrasses marines. C'est là que se concentrent les monolithes, colonnes de roche isolées par l'érosion, qui ont fait la réputation de l'archipel. Parmi les îles de ce secteur figurent notamment la Grande Île et l'île Nue de Mingan, décrites dans la cartographie de Parcs Canada.
Le secteur oriental, qui se prolonge vers Aguanish, est formé d'un semis très dense de petites îles et de cayes de roches cristallines appartenant au socle du Bouclier canadien. Le relief y est arrondi et poli, sans les formes sculptées caractéristiques des îles calcaires.
Le littoral de l'archipel est découpé en baies, anses et chenaux qui séparent les îles entre elles et de la terre ferme. La navigation y est la seule voie d'accès aux îles.
Géologie et monolithes
Les îles calcaires de l'archipel reposent sur des roches sédimentaires de la Formation de Mingan, d'âge ordovicien moyen, rattachée à la plate-forme du Saint-Laurent dans le lexique stratigraphique de Géologie Québec. Cette formation s'étend sur environ 93 km dans la région et atteint jusqu'à 50 m d'épaisseur dans l'archipel. Ces couches, déposées dans une mer peu profonde, renferment des fossiles d'organismes marins.
Les roches sédimentaires reposent sur le socle précambrien du Bouclier canadien, qui affleure dans le secteur oriental. Le contraste entre ces deux domaines géologiques explique la différence marquée entre les îles calcaires de l'ouest et les îles granitiques de l'est.
Formation des monolithes
Les monolithes et les falaises de l'archipel résultent de l'action prolongée de l'érosion marine sur des roches calcaires de résistance inégale. Les vagues, les glaces et le gel-dégel attaquent les fissures et les couches les plus tendres, isolant peu à peu des colonnes de roche plus résistante. Après la dernière glaciation, le relèvement graduel des terres a exondé d'anciens rivages : certains monolithes se trouvent aujourd'hui en retrait de la mer actuelle, témoins de niveaux marins plus élevés.
Ces formes, aux silhouettes parfois évocatrices, constituent l'élément le plus emblématique du paysage de la Minganie et un motif central de la mise en valeur de l'archipel par Parcs Canada.
Milieu naturel
La position de l'archipel dans le golfe du Saint-Laurent, les eaux froides qui l'entourent et la nature calcaire de ses sols favorisent la présence d'une flore particulière. Les landes, tourbières et rivages des îles abritent des plantes rares au Québec, dont certaines espèces arctiques-alpines en dehors de leur aire habituelle, ainsi que des espèces associées aux substrats calcaires, comme le chardon de Mingan.
Les îles offrent également des sites de nidification à de nombreux oiseaux marins. Le macareux moine, les sternes, les eiders et diverses espèces de goélands y fréquentent les falaises, les îlots et les rivages. Les eaux qui baignent l'archipel sont aussi fréquentées par des mammifères marins, notamment des phoques et des baleines.
La forêt boréale, dominée par les conifères, couvre l'intérieur des îles les plus grandes, tandis que les îles exposées et les cayes présentent une végétation basse adaptée au vent, au sel et au froid. Cette diversité de milieux, juxtaposée sur de faibles distances, est l'un des motifs de la protection de l'archipel.
Occupation humaine
Le littoral de la Minganie est fréquenté depuis des millénaires par les peuples autochtones, en particulier par les Innus, dont la communauté d'Ekuanitshit est établie à proximité de l'archipel. Les îles et les rivages ont servi de lieux de chasse, de pêche et de passage.
À partir du XVIe siècle, des pêcheurs et chasseurs de baleine européens, notamment basques, ont fréquenté la côte. Sous le Régime français, le territoire a fait l'objet d'une seigneurie associée au nom de Mingan, et les îles ont été exploitées pour la pêche et le commerce. Aux XIXe et XXe siècles, l'établissement de familles acadiennes à Havre-Saint-Pierre et dans les villages voisins a renforcé l'occupation permanente du littoral, orientée vers la pêche.
Des phares ont été érigés sur certaines îles pour sécuriser la navigation dans le golfe. Le patrimoine culturel de l'archipel, mis en valeur par Parcs Canada, comprend des traces d'occupation autochtone, des vestiges liés aux activités de pêche et des stations de phare.
Protection et statut
Deux régimes de protection, l'un fédéral et l'autre provincial, s'appliquent à l'archipel. Leurs périmètres diffèrent, ce qui explique la variation des chiffres de longueur et de superficie selon le territoire considéré.
Réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan
Désignée en 1984, la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan est administrée par Parcs Canada. Elle protège un ensemble insulaire d'environ 100 km². Le statut de réserve désigne, dans le réseau des parcs nationaux du Canada, un territoire protégé en attente du règlement de revendications territoriales autochtones.
Site patrimonial de l'Archipel-de-Mingan
Le site patrimonial de l'Archipel-de-Mingan est un territoire déclaré par le gouvernement du Québec et inscrit au Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Il couvre 106 km² et décrit une portion côtière d'environ 90 km. Son territoire chevauche notamment les municipalités de Havre-Saint-Pierre et de Longue-Pointe-de-Mingan.
| Désignation | Responsable | Superficie | Étendue |
|---|---|---|---|
| Réserve de parc national | Parcs Canada | Environ 100 km² | Archipel insulaire |
| Site patrimonial déclaré | Gouvernement du Québec | 106 km² | Environ 90 km de côte |
Accès
Les îles de l'archipel ne sont accessibles que par bateau. Les principaux points de départ se trouvent dans les localités riveraines de la Minganie, notamment Havre-Saint-Pierre et Longue-Pointe-de-Mingan, reliées au reste du Québec par la route 138, qui longe la Côte-Nord.
Parcs Canada publie des cartes détaillées des îles et décrit, île par île, les sentiers, les sites de camping et les aires d'observation aménagés dans la réserve. Les îles du secteur ouest et central, où se trouvent les monolithes, concentrent l'essentiel des installations destinées aux visiteurs.
Les conditions de navigation dans le golfe, marquées par le vent, le brouillard et les marées, conditionnent l'accès aux îles. La fréquentation est surtout estivale.