Définition et terminologie
Selon le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française, une tempête de verglas est une tempête hivernale marquée par des précipitations persistantes de pluie verglaçante et par une accumulation importante de glace. Cette glace rend les surfaces glissantes et peut endommager les arbres et les infrastructures, notamment les réseaux de transport et de distribution d'électricité.
Plusieurs termes voisins sont à distinguer :
- la pluie verglaçante, formée de gouttes liquides en surfusion qui gèlent au contact d'une surface dont la température est inférieure au point de congélation ;
- la bruine verglaçante, de même nature, mais composée de gouttelettes plus fines ;
- le verglas, qui désigne le dépôt de glace transparente et compacte laissé par ces précipitations ;
- le grésil, constitué de granules de glace qui rebondissent au sol et n'adhèrent pas aux surfaces.
Le caractère de tempête tient moins à l'intensité instantanée des précipitations qu'à leur durée et à l'épaisseur cumulée de la glace. Un épisode de quelques heures produit un verglas gênant pour la circulation ; un épisode de plusieurs jours, ou une succession d'épisodes rapprochés, peut provoquer l'effondrement d'arbres, de poteaux et de pylônes sous le poids de la glace. Au Québec, le service météorologique fédéral diffuse des avertissements de pluie verglaçante lorsque de tels épisodes sont prévus.
Mécanismes météorologiques
La pluie verglaçante se forme lorsqu'une couche d'air dont la température dépasse le point de congélation s'intercale entre une couche nuageuse froide en altitude et une mince couche d'air froid au voisinage du sol. Les flocons de neige fondent en traversant la couche douce, puis les gouttes de pluie se refroidissent sous zéro dans la couche froide inférieure sans avoir le temps de geler. Elles gèlent au moment de toucher le sol, les branches ou les fils électriques.
Ce chevauchement de masses d'air survient fréquemment au Québec lorsqu'une dépression venue du sud ou du sud-ouest transporte de l'air chaud et humide d'origine subtropicale vers le nord-est du continent, alors qu'un anticyclone situé plus au nord maintient de l'air arctique au sol.
Rôle de la vallée du Saint-Laurent
La topographie joue un rôle déterminant. Encadrée par les Laurentides au nord et par les Appalaches au sud, la vallée du Saint-Laurent canalise l'air froid de surface, qui s'écoule du nord-est vers le sud-ouest le long de son axe. Cet air froid, dense, reste piégé dans la plaine pendant que l'air doux glisse au-dessus de lui. Le phénomène peut ainsi se prolonger plusieurs jours lorsque la configuration atmosphérique demeure stationnaire, ce qui fut le cas en janvier 1998, où plusieurs systèmes dépressionnaires se sont succédé sur la même trajectoire.
La vallée de l'Outaouais et celle du Richelieu présentent un effet de canalisation comparable, ce qui explique la vulnérabilité particulière des régions de Montréal, de la Montérégie et de l'Outaouais.
Répartition géographique
Les tempêtes de verglas touchent principalement le sud du Québec, et plus précisément les basses-terres du Saint-Laurent, depuis l'Outaouais jusqu'à la région de Québec. Les régions administratives les plus exposées sont l'Outaouais, les Laurentides, Lanaudière, Laval, Montréal, la Montérégie, l'Estrie et le Centre-du-Québec. L'est de la province et les régions situées au nord des Laurentides en connaissent moins souvent, l'air y demeurant généralement assez froid pour que les précipitations tombent sous forme de neige.
À l'échelle d'un même épisode, les accumulations varient fortement d'un secteur à l'autre selon l'épaisseur de la couche froide au sol, la trajectoire des systèmes et le relief local. Lors de la tempête de janvier 1998, les accumulations dans le sud du Québec ont varié d'environ 60 mm à plus de 100 mm. Le maximum, de l'ordre de 120 mm, a été mesuré dans le secteur surnommé « triangle noir », délimité approximativement par Saint-Hyacinthe, Granby et Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie.
| Secteur (janvier 1998) | Accumulation de glace |
|---|---|
| Sud du Québec, valeurs courantes | environ 60 à plus de 100 mm |
| Certains secteurs du sud (Hydro-Québec) | jusqu'à 110 mm |
| « Triangle noir » (maximum rapporté) | environ 120 mm |
Les milieux forestiers et agricoles de ces régions, notamment les érablières de la Montérégie et de l'Estrie, sont particulièrement sensibles aux dépôts de glace prolongés.
Principaux épisodes
Avril 2023
Les 5 et 6 avril 2023, un épisode de pluie verglaçante a frappé le sud du Québec, en particulier les régions de Montréal, de Laval, des Laurentides, de Lanaudière et de l'Outaouais. Plus d'un million de clients d'Hydro-Québec ont été privés d'électricité au plus fort de l'événement, principalement en raison de la chute d'arbres et de branches sur les lignes de distribution.
Janvier 1998
La crise du verglas de 1998 résulte de plusieurs épisodes successifs de pluie verglaçante, principalement du 4 au 10 janvier, qui ont touché le sud de la province et la vallée du Saint-Laurent, ainsi que l'est de l'Ontario et le nord-est des États-Unis. Il s'agit de l'événement de verglas le plus marquant du XXe siècle au Québec, tant par l'épaisseur de glace accumulée que par l'étendue et la durée des pannes d'électricité.
Épisodes antérieurs à 1998
Un inventaire fédéral des tempêtes hivernales au Québec recense plusieurs épisodes majeurs antérieurs, notamment ceux de :
- 1986 ;
- 1983 ;
- 1972 ;
- 1961, qui a durement touché la région de Montréal.
Ces épisodes ont causé des pannes de courant et des dommages aux arbres, mais de moindre ampleur que ceux de 1998. Aucune série statistique homogène ne permet toutefois de comparer rigoureusement l'ensemble des tempêtes de verglas historiques survenues au Québec.
Conséquences de la tempête de 1998
Réseau électrique
Le poids de la glace a gravement endommagé les infrastructures d'Hydro-Québec. Selon la société d'État, 24 000 poteaux sont tombés et 1 500 pylônes ont été endommagés, dont plusieurs se sont effondrés sur des lignes de transport à haute tension. Au plus fort de la crise, près de 1,4 million de foyers québécois étaient privés d'électricité. Certaines zones de la Montérégie sont restées sans courant pendant plusieurs semaines, ce qui a valu à la région le surnom de « triangle noir ». L'alimentation de l'île de Montréal a elle-même été menacée lorsque la majorité des lignes qui la desservent ont été mises hors service.
Population et économie
Des centaines de milliers de personnes ont dû quitter leur domicile et se réfugier dans des centres d'hébergement ou chez des proches. Les Forces armées canadiennes ont été déployées pour soutenir les autorités civiles, dans ce qui constitue l'un des plus importants déploiements militaires en temps de paix au Canada. Des équipes d'électriciens venues d'autres provinces et des États-Unis ont participé à la reconstruction du réseau.
Les cartes produites par Statistique Canada documentent les effets de la tempête sur la population, l'emploi, les ventes au détail, la couverture des terres, les troupeaux laitiers et les érablières de la vallée du Saint-Laurent. Le secteur laitier a été touché par l'impossibilité de traire et de refroidir le lait sans électricité.
Milieux forestiers
Les forêts feuillues du sud du Québec ont subi d'importants bris de branches et de cimes. Les recherches menées par l'Université McGill à la Réserve naturelle Gault, au mont Saint-Hilaire, ont étudié les dommages forestiers et la régénération de la canopée dans les années suivant l'événement. Les érablières acéricoles ont également été durement touchées, avec des répercussions sur la production de sirop d'érable.
Gestion des risques et adaptation
La crise de 1998 a suscité de nombreuses analyses, dont un examen de l'Organisation de coopération et de développement économiques consacré aux mesures prises face à cette catastrophe naturelle. Le gouvernement du Québec a constitué une commission scientifique et technique, présidée par l'ingénieur Roger Nicolet, chargée d'analyser les événements et de formuler des recommandations sur la sécurité des réseaux et la préparation aux sinistres.
Sécurité civile
Les enseignements de la tempête ont contribué à l'adoption de la Loi sur la sécurité civile en 2001. Cette loi encadre la planification des mesures d'urgence par les municipalités et les autorités régionales et précise les responsabilités des différents acteurs lors d'un sinistre majeur.
Réseau d'Hydro-Québec
Hydro-Québec a entrepris des travaux de renforcement de son réseau de transport afin d'en accroître la résistance aux charges de glace et d'en diversifier les chemins d'alimentation, notamment pour la région de Montréal. Parmi les mesures retenues figurent le bouclage de certaines lignes, la révision des normes de conception des pylônes et l'installation d'un dispositif de déglaçage des lignes à haute tension au poste de Lévis.
Enjeux persistants
L'épisode d'avril 2023 a rappelé la vulnérabilité du réseau de distribution, en particulier face à la chute d'arbres en milieu urbain et périurbain. La maîtrise de la végétation à proximité des lignes, l'enfouissement partiel du réseau et l'information du public figurent parmi les sujets débattus à la suite de cet événement. L'évolution du climat soulève par ailleurs des questions sur la fréquence future des épisodes de pluie verglaçante dans le sud du Québec.