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Géographie

Graben du Saguenay

Le graben du Saguenay est un fossé tectonique, c'est-à-dire un compartiment de la croûte terrestre abaissé entre des failles, qui entaille le Bouclier canadien dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Long d'environ 300 km et large en moyenne d'une cinquantaine de kilomètres selon la Commission de toponymie du Québec, il suit approximativement l'axe de la rivière Saguenay et englobe la plaine du lac Saint-Jean. Les glaciations ont ensuite modelé cette dépression, où s'inscrit le fjord du Saguenay. Le graben forme le cadre physique de l'occupation agricole et urbaine de la région.

Geologic History Lac Saint Jean
Photographie historique : Geologic History Lac Saint Jean. Paul H. (CC0) Wikimedia Commons
Graben Saguenay
Photographie : Graben Saguenay. NASA/Black Tusk (Public domain) Wikimedia Commons

Toponymie

Le nom Graben du Saguenay est officialisé par la Commission de toponymie du Québec, qui le classe parmi les entités du relief. Le terme graben, emprunté à l'allemand où il désigne un fossé ou une tranchée, est employé en géologie pour qualifier un bloc de la croûte terrestre affaissé entre deux failles à peu près parallèles. Le bloc abaissé s'oppose aux compartiments demeurés en position haute de part et d'autre, appelés horsts lorsqu'ils sont eux-mêmes délimités par des failles.

Le spécifique renvoie à la rivière Saguenay, dont la vallée correspond approximativement à l'axe de la structure. L'appellation désigne une réalité tectonique et ne doit pas être confondue avec celle du fjord du Saguenay, qui désigne une forme de relief d'origine glaciaire envahie par la mer. Le fjord est compris dans le graben, mais les deux notions ne sont pas synonymes : la première relève de la structure de la croûte, la seconde de l'érosion glaciaire et de l'hydrographie.

Dans l'usage régional, les expressions « fossé du Saguenay » ou « dépression du Lac-Saint-Jean » renvoient de manière plus générale à la même grande unité de relief, sans valeur officielle.

Dimensions et situation

Selon la Commission de toponymie du Québec, le graben mesure environ 300 km de longueur pour une largeur moyenne de 50 km. Il s'étire selon un axe approximativement ouest-est, de la région du lac Saint-Jean jusqu'aux abords de l'estuaire du Saint-Laurent, à la hauteur de Tadoussac.

La faille qui borde le graben au sud se prolonge, d'après la Commission, jusqu'à l'ouest du lac Saint-Jean. La structure est encadrée par des hautes terres appartenant au Bouclier canadien : les monts Valin et le plateau laurentien au nord, le massif des Laurentides au sud.

Cadre administratif

La structure se situe principalement dans la région administrative du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Elle touche notamment les territoires suivants :

  • la ville de Saguenay ;
  • la MRC du Fjord-du-Saguenay ;
  • la MRC de Lac-Saint-Jean-Est ;
  • la MRC du Domaine-du-Roy ;
  • la MRC de Maria-Chapdelaine.

À son extrémité orientale, le fjord sépare la Côte-Nord, sur la rive nord à Tadoussac, de la région de la Capitale-Nationale, sur la rive sud à Baie-Sainte-Catherine.

Géologie et formation

Le graben est taillé dans les roches cristallines anciennes de la province géologique de Grenville, partie du Bouclier canadien. Ces roches, essentiellement métamorphiques et intrusives, comprennent notamment de vastes masses d'anorthosite dans le secteur du lac Saint-Jean.

Âge des failles et de l'effondrement

Les références présentent l'histoire de la structure selon des angles différents, qu'il convient de distinguer :

ProcessusÂge indiquéRéférence
Extension de la croûte et mise en place du système de faillesCambrien, environ 550 millions d'annéesRessources naturelles Canada
Effondrement du grabenEnviron 180 millions d'annéesCommission de toponymie du Québec

La publication de Ressources naturelles Canada consacrée au parc marin du Saguenay–Saint-Laurent rattache le système de failles à une phase d'étirement de la croûte au Cambrien, associée à l'ouverture de l'océan Iapetus, et mentionne des réactivations ultérieures de ces failles. La Commission de toponymie du Québec situe pour sa part l'effondrement du graben à quelque 180 millions d'années. Les deux datations visent des étapes distinctes d'une histoire tectonique longue, marquée par le rejeu répété de zones de faiblesse anciennes.

Le graben du Saguenay est généralement rattaché au système de rifts qui borde la vallée du Saint-Laurent, au même titre que le graben d'Ottawa-Bonnechere. Le caractère abaissé du compartiment a permis la préservation, dans la région du lac Saint-Jean, de lambeaux de roches sédimentaires paléozoïques, notamment des calcaires ordoviciens, alors que ces roches ont été érodées sur les hautes terres environnantes.

Modelé glaciaire et mer de Laflamme

La forme actuelle du graben résulte en grande partie de l'action des glaciations du Quaternaire. Selon la Commission de toponymie du Québec, la dernière glaciation a façonné sa forme actuelle. Les glaciers, canalisés par la dépression tectonique, ont surcreusé la vallée du Saguenay, donnant naissance au fjord, une auge glaciaire aux parois abruptes envahie par la mer après le retrait des glaces. Ressources naturelles Canada décrit ainsi le fjord comme lié au système de failles du graben, puis modelé par les glaciers.

À la fin de la dernière glaciation, l'enfoncement de la croûte sous le poids des glaces a permis à la mer de pénétrer dans la dépression. Cette ancienne étendue marine, appelée mer de Laflamme, a occupé la plaine du lac Saint-Jean et la vallée du Saguenay. Elle y a déposé d'épaisses accumulations d'argiles et de silts marins, ainsi que des sables deltaïques à l'embouchure des rivières.

Le relèvement isostatique du continent a ensuite fait reculer la mer. Les dépôts marins et littoraux hérités de cette période, cartographiés par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts dans le territoire municipalisé de la région, constituent aujourd'hui l'assise des sols agricoles de la plaine. Les argiles marines sont par ailleurs à l'origine d'une sensibilité aux glissements de terrain dans plusieurs secteurs de la vallée.

Relief et hydrographie

Le graben forme une vaste enclave de basses terres au milieu des plateaux et des massifs du Bouclier canadien. Il se divise en deux grands ensembles :

  • la plaine du lac Saint-Jean, à l'ouest, basse et relativement plane, centrée sur le lac Saint-Jean, qui reçoit de nombreuses rivières descendues des hautes terres, dont la Mistassini, la Péribonka, l'Ashuapmushuan et la Ouiatchouan ;
  • la vallée du Saguenay, à l'est, où la rivière Saguenay, émissaire du lac Saint-Jean par la Grande Décharge et la Petite Décharge, s'écoule vers l'estuaire du Saint-Laurent.

En aval de la région de Chicoutimi, la vallée devient le fjord du Saguenay, encaissé entre des escarpements rocheux et parcouru par les marées. Le fjord rejoint le Saint-Laurent à Tadoussac. Le tracé rectiligne de plusieurs segments de la vallée et de ses escarpements témoigne du contrôle exercé par les failles sur le relief.

Les rebords du graben se marquent par des dénivellations nettes entre les basses terres et les hautes terres voisines, qui encadrent la région au nord comme au sud. Cette organisation explique la convergence du réseau hydrographique régional vers le lac Saint-Jean et la rivière Saguenay.

Sismicité

La région du Saguenay se trouve dans une zone de la croûte où d'anciennes failles peuvent encore accumuler et relâcher des contraintes. Les réactivations successives mentionnées par Ressources naturelles Canada s'inscrivent dans cette histoire de rejeux tectoniques.

Le 25 novembre 1988, un séisme de magnitude d'environ 6 s'est produit dans la région du Saguenay, avec un épicentre situé au sud de Chicoutimi. Il compte parmi les plus importants séismes enregistrés dans l'est de l'Amérique du Nord au XXe siècle et a été ressenti sur une très vaste étendue. Il a causé des dommages matériels dans la région et jusqu'à plus grande distance, dans des secteurs où les sols argileux ont amplifié les secousses.

Le lien précis entre ce séisme et les failles du graben fait l'objet d'interprétations diverses, le foyer s'étant produit à une profondeur importante. La sismicité de la région demeure faible à modérée, comparativement à celle de la zone sismique de Charlevoix, située plus au sud-est le long du Saint-Laurent.

Occupation du territoire

Le graben délimite le principal foyer de peuplement du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les basses terres, plus douces et pourvues de sols argileux et sableux d'origine marine, se prêtent à l'agriculture, contrairement aux hautes terres rocheuses et forestières qui les entourent. La plaine du lac Saint-Jean constitue ainsi l'une des principales zones agricoles du Québec situées hors de la vallée du Saint-Laurent.

La colonisation agricole et forestière du XIXe siècle s'est concentrée dans cette dépression, le long de la rivière Saguenay et autour du lac Saint-Jean. Les principales agglomérations régionales s'y trouvent, notamment la ville de Saguenay, Alma, Roberval, Saint-Félicien et Dolbeau-Mistassini.

Le relief du graben a également favorisé le développement industriel. La dénivellation entre le lac Saint-Jean et le niveau de la mer, concentrée sur le cours de la rivière Saguenay, a permis l'aménagement de centrales hydroélectriques qui ont soutenu l'implantation de l'industrie de l'aluminium et des pâtes et papiers. Le fjord, navigable jusqu'à la baie des Ha! Ha! et à Chicoutimi, offre un accès maritime au cœur de la région.

Le secteur aval est protégé par le parc national du Fjord-du-Saguenay et par le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, géré conjointement par les gouvernements du Québec et du Canada.

Sources

  1. Commission de toponymie du Québec, « Graben du Saguenay »
  2. Ressources naturelles Canada, Quelques aspects de la géologie du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent
  3. Ministère des Richesses naturelles du Québec, Reconnaissances géologiques dans Charlevoix-Saguenay
  4. Ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec, Cartographie des formations superficielles réalisée dans le territoire municipalisé du Saguenay–Lac-Saint-Jean
  5. Université du Québec à Chicoutimi, Atlas de la Ville de Saguenay
  6. Fjord du Saguenay, « Le fjord du Saguenay, une histoire commencée il y a 350 millions d'années »
  7. Géodiversité.NET, « Fjord du Saguenay (Québec) »
  8. Wikipédia, « Graben du Saguenay »
  9. Wikipedia, « Saguenay Graben »
  10. Registre éditorial de Savoirs.Québec, fiche « Graben du Saguenay »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. [PDF] chapitre 2 géologie régionale et description du site

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : graben, tectonique, bouclier canadien, fjord du saguenay, lac saint-jean, mer de laflamme, failles, saguenay–lac-saint-jean

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