Aller au contenu
savoirs.québec
Histoire

Bataille de Châteauguay

La bataille de Châteauguay, ou bataille de la Châteauguay, est un affrontement de la guerre de 1812 livré le 26 octobre 1813 sur les rives de la rivière Châteauguay, près d'Allan's Corners, dans l'actuelle Montérégie. Une force défensive composée de soldats canadiens, de miliciens bas-canadiens et de guerriers autochtones, commandée par le lieutenant-colonel Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry, y repousse l'armée américaine du major général Wade Hampton, qui marchait sur Montréal. Victoire défensive aux effets stratégiques réels, elle occupe une place importante dans la mémoire collective canadienne-française.

Contexte

La guerre de 1812 oppose les États-Unis au Royaume-Uni et à ses colonies d'Amérique du Nord, dont le Bas-Canada. Après une première année marquée par des affrontements surtout dans la région des Grands Lacs, le gouvernement américain prépare à l'automne 1813 une offensive visant Montréal, centre névralgique des communications et du ravitaillement britanniques dans la vallée du Saint-Laurent.

Le plan repose sur deux armées appelées à converger :

  • une armée commandée par le major général James Wilkinson, qui doit descendre le fleuve Saint-Laurent depuis le lac Ontario ;
  • une armée commandée par le major général Wade Hampton, qui doit remonter vers le nord depuis la région du lac Champlain.

Hampton renonce à emprunter l'axe direct du Richelieu et choisit de progresser par la vallée de la rivière Châteauguay, qui offre un accès au Saint-Laurent en amont de Montréal. Informées de ces mouvements, les autorités militaires du Bas-Canada organisent la défense de cet itinéraire. Le lieutenant-colonel Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry, officier canadien de carrière formé dans l'armée britannique et commandant des Voltigeurs canadiens, est chargé de retarder et d'arrêter l'avance ennemie dans la vallée.

Forces en présence

Les effectifs engagés varient sensiblement selon les sources et selon que l'on compte l'ensemble des troupes présentes dans le secteur ou seulement les combattants effectivement engagés.

SourceForces américainesDéfenseurs canadiens et autochtones
Parcs Canadaenviron 3 750 soldatsenviron 500 combattants
Ville de Châteauguayenviron 3 000 hommes dans le secteurenviron 300 défenseurs en première ligne

Du côté américain, l'armée de Hampton est composée principalement de soldats de l'armée régulière, dont une bonne partie de recrues récentes.

Du côté des défenseurs, Salaberry dispose d'unités diverses : les Voltigeurs canadiens, corps d'infanterie légère recruté au Bas-Canada, des Fencibles canadiens, des compagnies de la milice d'élite incorporée et de la milice sédentaire, ainsi que des guerriers autochtones, notamment des Mohawks de Kahnawake. Une réserve placée en arrière des premières lignes est commandée par le lieutenant-colonel George Macdonell. La supériorité numérique américaine est nette, mais les défenseurs bénéficient d'une connaissance du terrain et de positions aménagées à l'avance.

Déroulement

Préparation du terrain

Dans les jours précédant l'affrontement, les défenseurs aménagent plusieurs lignes successives sur la rive nord de la rivière Châteauguay, près d'Allan's Corners. Ils y dressent des abatis, enchevêtrements d'arbres abattus formant obstacle, ainsi que des retranchements, dans un secteur boisé et marécageux qui limite la possibilité de déploiement d'une force nombreuse. Un gué situé sur la rive sud est également surveillé.

Le combat du 26 octobre 1813

Hampton divise ses forces. Une colonne doit traverser la rivière de nuit pour contourner les positions défensives par la rive sud, tandis que le gros de l'armée doit attaquer de front sur la rive nord. La colonne de contournement s'égare dans les bois et arrive tardivement, privant l'attaque de la coordination prévue.

Le combat s'engage le 26 octobre et dure environ quatre heures. Les défenseurs tirent parti de leurs abris et des bois pour harceler les colonnes américaines. Selon les récits traditionnels, des sonneries de clairon et des cris lancés depuis plusieurs points du boisé auraient contribué à donner aux assaillants l'impression d'affronter une force plus importante qu'elle ne l'était réellement. Sur la rive sud, la colonne de contournement est repoussée par les miliciens postés près du gué.

Incapable de percer les lignes défensives et d'exploiter sa supériorité numérique, Hampton ordonne la retraite. Son armée se replie vers la frontière, renonçant à poursuivre son avance vers le nord par cet axe.

Bilan et conséquences

Pertes

Les bilans humains sont contradictoires. Selon le récit présenté par la Ville de Châteauguay, Hampton évaluait les pertes américaines à moins de 50 hommes, tandis que Salaberry avançait le chiffre de 70 morts et de 16 prisonniers. Du côté des défenseurs, les pertes sont estimées à une trentaine de victimes. Aucun bilan définitif ne fait consensus.

Portée militaire

Sur le plan tactique, la bataille est une victoire défensive d'ampleur limitée. Sa portée stratégique est toutefois réelle : la retraite de Hampton prive l'offensive américaine de l'une de ses deux branches. Quelques semaines plus tard, le 11 novembre 1813, l'armée de Wilkinson est à son tour arrêtée lors de la bataille de la ferme Crysler, dans le Haut-Canada. Wilkinson renonce alors à poursuivre vers Montréal, et la campagne américaine de 1813 contre le Bas-Canada prend fin.

Reconnaissance

Le rapport officiel de la bataille, transmis par le gouverneur George Prevost, arrivé sur les lieux vers la fin de l'engagement, a suscité des débats sur le partage du mérite entre les différents officiers présents. Le rôle de Salaberry a néanmoins été reconnu, et la Chambre d'assemblée du Bas-Canada lui a adressé ses remerciements. Le nom de « Châteauguay » figure par ailleurs parmi les honneurs de bataille reconnus par le ministère de la Défense nationale du Canada.

Historiographie et mémoire

La bataille de Châteauguay a acquis au fil du XIXe siècle une forte charge symbolique au Québec. Pour l'historiographie canadienne-française, elle illustre la loyauté et la valeur militaire des Canadiens français, qui défendent leur territoire contre une invasion étrangère sous le commandement d'un officier issu de leurs rangs. Le plan directeur de Parcs Canada souligne d'ailleurs le caractère de triomphe national attribué à cette victoire au Bas-Canada.

Cette lecture a parfois conduit à une amplification du rapport de forces dans les récits populaires, qui ont pu opposer quelques centaines de défenseurs à plusieurs milliers d'assaillants sans nuance. Les historiens ont depuis insisté sur la diversité des combattants engagés du côté défensif, qui comprenaient des miliciens canadiens-français, des soldats de diverses origines et des guerriers autochtones, ainsi que sur l'importance du terrain et des erreurs de coordination de l'armée américaine.

La figure de Charles-Michel de Salaberry est devenue centrale dans la mémoire de l'événement. Plusieurs lieux et monuments du Québec rappellent son nom, dont la ville de Salaberry-de-Valleyfield. La participation autochtone, notamment celle des Mohawks de Kahnawake, fait aujourd'hui l'objet d'une attention accrue dans la mise en valeur de l'histoire de la bataille.

Le bicentenaire de la guerre de 1812, souligné entre 2012 et 2015, a ravivé l'intérêt pour l'événement, tant à l'échelle locale que dans les commémorations fédérales.

Lieu historique national

Le site de l'affrontement est commémoré par le lieu historique national de la Bataille-de-la-Châteauguay, situé dans la municipalité de Très-Saint-Sacrement, près d'Allan's Corners, dans la vallée de la rivière Châteauguay, en Montérégie. Le lieu a été désigné lieu historique national du Canada en 1920 et relève de Parcs Canada.

Le site comprend un centre d'interprétation consacré à la bataille, au contexte de la guerre de 1812 et aux forces en présence, ainsi qu'un accès aux abords de la rivière. Un plan directeur publié par Parcs Canada en 2018 encadre sa gestion et sa mise en valeur.

Un monument commémoratif rappelle également l'événement à proximité du champ de bataille ; il est répertorié par Anciens Combattants Canada parmi les monuments commémoratifs militaires du pays. La Ville de Châteauguay, dont le nom provient de la même rivière, consacre par ailleurs une partie de sa présentation historique à la bataille, bien que celle-ci se soit déroulée en amont, à plusieurs dizaines de kilomètres de son territoire actuel.

Sources

  1. Ville de Châteauguay, « Bataille de la Châteauguay de 1813 »
  2. Ville de Châteauguay, « Au fil du temps : la bataille de la Châteauguay »
  3. Ville de Châteauguay, « Histoire de Châteauguay »
  4. Parcs Canada, Lieu historique national de la Bataille-de-la-Châteauguay
  5. Parcs Canada, Plan directeur 2018 du lieu historique national de la Bataille-de-la-Châteauguay
  6. Répertoire des désignations patrimoniales fédérales, Lieu historique national du Canada de la Bataille-de-la-Châteauguay
  7. Ministère de la Défense nationale, « Châteauguay — Guerre de 1812 »
  8. Anciens Combattants Canada, « Monument commémoratif de la Bataille de Châteauguay »
  9. Wikipédia, « Bataille de la Châteauguay »
  10. Dictionnaire biographique du Canada, notice « Irumberry de Salaberry, Charles-Michel d' »
  11. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Battle of the Châteauguay National Historic Site of Canada

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : guerre de 1812, bas-canada, salaberry, voltigeurs canadiens, wade hampton, rivière châteauguay, lieu historique national, mohawks de kahnawake

Processus éditorial

Le débat du comité, les prompts des visuels et l'historique des mises à jour sont publics. Ouvrir le processus éditorial.

Discussion

Posez une question ou apportez une précision. Les messages sont publiés après vérification par l'équipe de modération. Savoir, l'assistante de recherche, répond lorsqu'elle peut citer une source ou vérifier un fait : cochez « Demander une réponse à Savoir » ou écrivez @Savoir.