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Histoire

Assemblée des six-comtés

L'Assemblée des six-comtés, aussi appelée assemblée de Saint-Charles, est un rassemblement politique tenu les 23 et 24 octobre 1837 à Saint-Charles, dans la vallée du Richelieu, au Bas-Canada. Présidée par Wolfred Nelson, elle réunit plusieurs milliers de personnes venues des comtés de Richelieu, Rouville, Saint-Hyacinthe, Chambly, Verchères et L'Acadie, autour de Louis-Joseph Papineau et des principaux chefs patriotes. Point culminant de la campagne d'assemblées contre les résolutions de Russell, elle précède de quelques semaines les affrontements armés de la rébellion de 1837.

Contexte

Au milieu des années 1830, le Bas-Canada traverse une crise politique profonde. La Chambre d'assemblée, dominée par le Parti patriote de Louis-Joseph Papineau, réclame depuis plusieurs années le contrôle des finances publiques, l'électivité du Conseil législatif et la responsabilité de l'exécutif envers les élus. Ces revendications sont résumées dans les 92 Résolutions adoptées par la Chambre en 1834.

En mars 1837, le gouvernement britannique répond par les résolutions de Russell, du nom du ministre John Russell. Celles-ci rejettent les principales demandes patriotes et autorisent le gouverneur à puiser dans les fonds publics sans l'accord de la Chambre. Cette décision est perçue comme une négation des droits de l'assemblée élue.

À partir du printemps 1837, les Patriotes organisent une série d'assemblées populaires dites « anti-coercitives » dans les paroisses et les comtés, la première se tenant à Saint-Ours le 7 mai 1837. Ces réunions dénoncent la politique britannique et préconisent le boycottage des produits importés. Le 15 juin 1837, le gouverneur Gosford interdit par proclamation la tenue de telles assemblées, sans parvenir à freiner le mouvement. Au cours de l'été et de l'automne, la tension monte, notamment à Montréal, où se forme l'association des Fils de la Liberté.

C'est dans ce climat que les chefs patriotes de la vallée du Richelieu, région où le mouvement est particulièrement bien implanté, préparent un grand rassemblement régional.

Organisation et déroulement

Les comtés représentés

L'assemblée tire son nom des six comtés dont les délégués y prennent part :

  • Richelieu ;
  • Rouville ;
  • Saint-Hyacinthe ;
  • Chambly ;
  • Verchères ;
  • L'Acadie.

La réunion est d'abord envisagée comme une assemblée des cinq comtés ; elle prend son nom définitif après l'admission du comté de L'Acadie. Les comtés participants se regroupent au sein d'une confédération dite des Six-Comtés.

Le rassemblement

L'assemblée se tient les 23 et 24 octobre 1837 à Saint-Charles, village situé sur la rive du Richelieu, aujourd'hui Saint-Charles-sur-Richelieu, dans la municipalité régionale de comté de La Vallée-du-Richelieu, en Montérégie. Elle est présidée par le médecin Wolfred Nelson, figure patriote de Saint-Denis.

Les estimations de la foule varient ; les sources avancent généralement un nombre de 5 000 à 6 000 participants, ce qui en fait l'un des plus importants rassemblements politiques de l'époque au Bas-Canada. Le rassemblement prend une dimension symbolique marquée : un mât de la liberté, surmonté d'un bonnet phrygien, est érigé en l'honneur de Papineau, à la manière des emblèmes républicains américains et français.

Outre Papineau et Nelson, plusieurs chefs patriotes prennent la parole devant la foule, parmi lesquels Cyrille-Hector-Octave Côté et Thomas Storrow Brown.

Résolutions et discours

Les résolutions

Les participants adoptent treize résolutions. Inspirées des principes des révolutions américaine et française, elles affirment notamment les droits naturels et inaliénables du peuple, le droit de résister à un gouvernement jugé oppressif et la légitimité des institutions issues du choix populaire. Elles dénoncent les institutions coloniales, en particulier le Conseil législatif nommé par la Couronne.

Les résolutions invitent également la population à se donner ses propres représentants locaux, notamment des magistrats et des officiers de milice choisis par elle plutôt que nommés par le gouvernement, et traitent de l'organisation des Fils de la Liberté. Une adresse au peuple, adoptée au nom de la confédération des Six-Comtés, accompagne ces résolutions.

Ces textes, d'un ton résolument contestataire, ne constituent toutefois pas un appel explicite à la lutte armée.

Les discours

Le discours de Louis-Joseph Papineau insiste sur l'agitation constitutionnelle, la mobilisation politique et le boycottage économique des marchandises britanniques, moyens qu'il juge suffisants pour faire plier Londres. D'autres orateurs adoptent un ton plus radical. Wolfred Nelson se prononce en faveur d'une résistance plus ferme ; on lui attribue la formule selon laquelle le temps serait venu de fondre les cuillers pour en faire des balles, citée par la tradition comme emblème de la radicalisation du mouvement.

Divergences au sein du mouvement patriote

L'Assemblée des six-comtés met au jour les divisions qui traversent le mouvement patriote à l'automne 1837. Deux tendances s'y expriment.

TendanceFigures associéesMoyens privilégiés
ModéréeLouis-Joseph PapineauAgitation politique, assemblées, boycottage économique
RadicaleWolfred Nelson, Cyrille-Hector-Octave CôtéRésistance plus ferme, préparation à l'affrontement

Papineau, chef reconnu du parti et figure dominante de la vie parlementaire depuis près de deux décennies, demeure attaché à une stratégie de pression légale et économique. Une partie des chefs régionaux, notamment dans la vallée du Richelieu, estiment au contraire que le pouvoir colonial ne cédera pas à la seule pression politique et qu'il faut se préparer à résister.

Ces divergences pèsent sur la suite des événements. L'assemblée accentue l'image de défi lancée aux autorités, tandis que la direction patriote ne dispose ni d'un plan militaire cohérent ni d'une organisation armée véritable au moment où éclatent les combats.

L'événement suscite aussi une réaction de l'Église catholique. L'évêque de Montréal, Jean-Jacques Lartigue, publie en octobre 1837 un mandement condamnant la révolte contre l'autorité légitime, ce qui contribue à éloigner une partie du clergé et des fidèles du mouvement.

Suites et rébellion de 1837

L'Assemblée des six-comtés est perçue par les autorités coloniales comme un geste de défi ouvert. Dans les semaines qui suivent, le climat se détériore rapidement. Au début de novembre 1837, des affrontements de rue opposent à Montréal les Fils de la Liberté aux membres du Doric Club, association loyaliste.

Le 16 novembre 1837, des mandats d'arrestation sont lancés contre plusieurs chefs patriotes. Papineau quitte Montréal et gagne la vallée du Richelieu. Les tentatives d'arrestation et l'envoi de troupes britanniques dans la région déclenchent les premiers combats de la rébellion :

  • bataille de Saint-Denis, le 23 novembre 1837, remportée par les Patriotes commandés par Wolfred Nelson ;
  • bataille de Saint-Charles, le 25 novembre 1837, où les troupes britanniques défont les Patriotes dans le village même où s'était tenue l'assemblée un mois plus tôt.

La rébellion se poursuit en décembre 1837 avec la bataille de Saint-Eustache, puis connaît un second soulèvement en 1838. La répression qui s'ensuit, la suspension de la constitution de 1791 et le rapport Durham mènent à l'Acte d'Union de 1840, qui réunit le Haut-Canada et le Bas-Canada.

Ainsi, bien que ses résolutions n'aient pas appelé formellement aux armes, l'Assemblée des six-comtés est considérée par l'historiographie comme une étape décisive dans le passage de l'agitation politique à l'insurrection.

Mémoire et commémoration

Le tableau de Charles Alexander Smith

Le peintre Charles Alexander Smith réalise en 1891 une toile monumentale intitulée L'Assemblée des six comtés à Saint-Charles-sur-Richelieu, en 1837. L'œuvre représente Papineau haranguant la foule, entouré des chefs patriotes, au pied du mât de la liberté. Conservée au Musée national des beaux-arts du Québec, elle est devenue l'une des images les plus reproduites des événements de 1837 et a largement façonné la représentation visuelle de l'assemblée dans la mémoire collective québécoise. Le tableau constitue aussi un document sur la manière dont la fin du XIXe siècle se représentait l'épisode patriote.

Commémoration à Saint-Charles-sur-Richelieu

Une plaque commémorative rappelle l'assemblée à Saint-Charles-sur-Richelieu ; elle est inscrite au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, qui situe l'événement au 23 octobre 1837. La vallée du Richelieu compte plusieurs lieux de mémoire liés aux Patriotes, dont le Musée national des patriotes, à Saint-Denis-sur-Richelieu, qui consacre des ressources éducatives à l'assemblée.

Place dans la mémoire collective

L'Assemblée des six-comtés occupe une place importante dans l'enseignement de l'histoire du Québec, où elle sert à illustrer la montée des tensions politiques des années 1830. Elle s'inscrit dans le souvenir plus large des Patriotes, honorés au Québec par la Journée nationale des patriotes, célébrée chaque année le lundi précédant le 25 mai.

Sources

  1. Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Plaque de l'Assemblée des Six-Comtés
  2. Musée national des beaux-arts du Québec, L'Assemblée des six comtés à Saint-Charles-sur-Richelieu, en 1837
  3. Musée national des beaux-arts du Québec, L'Assemblée des six comtés (L'art dans ma classe)
  4. Musée national des patriotes, L'Assemblée des six comtés
  5. Société historique de Montréal / 1837-1838, L'Assemblée des Six-Comtés à Saint-Charles
  6. Mario Béland, « Un destin inachevé : l'assemblée des six comtés de Charles Alexander Smith », Cap-aux-Diamants, no 30, 1992 (Érudit)
  7. Le Devoir, « Le rêve d'Honoré Mercier »
  8. Service national du RÉCIT, univers social, Document 5 : L'assemblée des Six-Comtés
  9. L'Action nationale, Le tableau de l'Assemblée des six comtés à Saint-Charles-sur-Richelieu
  10. Wikipédia, Assemblée des six-comtés
  11. Dictionnaire biographique du Canada, notices de Louis-Joseph Papineau et de Wolfred Nelson
  12. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Assembly of the Six Counties - Wikipedia
  2. L'Assemblée des six-comtés (painting) - Wikipedia
  3. Utilisateur:Liberlogos/L'Assemblée des six-comtés (tableau) — Wikipédia
  4. Discussion:Assemblée des six-comtés — Wikipédia
  5. File:Assemblée des six-comtés painting.jpg - Wikipedia
  6. Assembly of the Six Counties
  7. Charles Alexander Smith - Wikipedia

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : patriotes, rébellion de 1837, bas-canada, louis-joseph papineau, wolfred nelson, saint-charles-sur-richelieu, résolutions de russell, vallée du richelieu

Processus éditorial

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