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Histoire

Communauté noire au Québec

La communauté noire au Québec désigne l'ensemble des personnes d'ascendance africaine établies sur le territoire québécois depuis le XVIIe siècle. Sa présence remonte à la Nouvelle-France, où l'esclavage a été pratiqué, et s'est accrue au fil des migrations loyalistes, des recrutements ferroviaires, puis des immigrations antillaises, haïtiennes et africaines. Au recensement de 2021, 422 405 personnes appartenaient au groupe de population noire, soit 5,1 % de la population du Québec. Longtemps peu représentée dans l'historiographie, cette histoire comprend l'esclavage, la ségrégation, le racisme antinoir et les luttes pour l'égalité.

Origines en Nouvelle-France

La première personne d'ascendance africaine dont la présence est documentée dans la vallée du Saint-Laurent est Olivier Le Jeune, un jeune garçon originaire de Madagascar ou de Guinée selon les sources, amené à Québec en 1629 lors de l'occupation de la ville par les frères Kirke. Vendu, puis baptisé en 1633, il meurt à Québec en 1654.

L'esclavage est pratiqué en Nouvelle-France, bien qu'à une échelle sans commune mesure avec les colonies de plantation. L'ordonnance de l'intendant Jacques Raudot, en 1709, en confirme la légalité. Les travaux de l'historien Marcel Trudel ont recensé plusieurs milliers de personnes asservies dans la colonie sous les régimes français et britannique, en majorité des Autochtones (désignés sous le nom de « Panis »), et plus d'un millier de personnes d'ascendance africaine. Celles-ci sont surtout employées comme domestiques dans les villes, au service de marchands, d'officiers, de membres du clergé et de communautés religieuses.

Le cas le plus connu est celui de Marie-Joseph Angélique, esclave noire de Montréal accusée d'avoir allumé l'incendie qui détruit une partie de la ville le 10 avril 1734. Condamnée à l'issue d'un procès fondé sur des témoignages indirects, elle est exécutée le 21 juin 1734. Son histoire est devenue un symbole de la mémoire de l'esclavage au Québec.

Les registres paroissiaux montrent toutefois une diversité de situations : à côté des personnes réduites en esclavage, des Noirs libres vivent dans la colonie, s'y marient et y laissent une descendance.

Régime britannique et abolition

Après la Conquête, l'esclavage se maintient sous le régime britannique. La guerre d'indépendance américaine entraîne l'arrivée de loyalistes, dont certains sont accompagnés de personnes asservies, et de loyalistes noirs libres. Plusieurs s'établissent dans la région de Montréal et dans les Cantons-de-l'Est, tandis que d'autres gagnent la Nouvelle-Écosse ou le Haut-Canada.

À la fin du XVIIIe siècle, l'institution décline au Bas-Canada. Entre 1798 et 1800, des décisions du juge en chef James Monk, à Montréal, libèrent des personnes asservies qui avaient fui leurs maîtres, ce qui rend l'esclavage difficilement applicable dans les faits. Des projets de loi visant à l'abolir ou à l'encadrer sont présentés à la Chambre d'assemblée du Bas-Canada sans être adoptés. L'esclavage est aboli dans l'ensemble de l'Empire britannique par une loi du Parlement impérial entrée en vigueur le 1er août 1834.

Au XIXe siècle, la population noire demeure modeste et dispersée. Dans son ouvrage Les Noirs du Québec, 1629-1900, le politologue Daniel Gay dénombre environ 3 449 personnes noires dans les sources consultées pour la période étudiée, tout en soulignant les limites de la documentation. Des fugitifs du chemin de fer clandestin transitent par le Bas-Canada, et quelques familles noires s'établissent durablement à Montréal et à Québec.

Communauté anglophone de Montréal

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l'expansion des chemins de fer transforme la présence noire à Montréal. Les compagnies ferroviaires, dont le Canadien Pacifique, recrutent des porteurs de wagons-lits noirs aux États-Unis, en Ontario, en Nouvelle-Écosse et dans les Antilles. Ces emplois, parmi les rares accessibles aux hommes noirs, sont concentrés près des gares Windsor et Bonaventure, ce qui fait du quartier Saint-Antoine, puis de la Petite-Bourgogne, le principal foyer de la communauté.

Un réseau institutionnel se constitue :

  • le Coloured Women's Club of Montreal, fondé en 1902 par des femmes de porteurs ;
  • l'Union United Church, fondée en 1907, qui devient un pilier religieux et social ;
  • le Negro Community Centre, fondé en 1927, qui offre des services éducatifs, sportifs et culturels pendant des décennies. Son fonds d'archives est conservé à l'Université Concordia.

La Petite-Bourgogne devient aussi un haut lieu du jazz montréalais ; les pianistes Oscar Peterson et Oliver Jones y grandissent. En 1946, Jackie Robinson évolue avec les Royaux de Montréal avant de franchir la barrière raciale du baseball majeur.

À partir des années 1960, les travaux de rénovation urbaine et le déclin de l'emploi ferroviaire entraînent la démolition d'une partie du quartier et la dispersion de nombreuses familles. La communauté noire anglophone de la Petite-Bourgogne fait depuis face à des enjeux persistants de pauvreté et de discrimination.

Migrations antillaises et haïtiennes

La réforme de la politique canadienne d'immigration dans les années 1960, qui abandonne les critères fondés sur l'origine nationale, ouvre la voie à une immigration accrue en provenance des Antilles anglophones, notamment de la Jamaïque, de Trinité-et-Tobago et de la Barbade, ainsi que d'Haïti.

La première vague haïtienne, au cours des années 1960, est composée en bonne partie de professionnels, d'enseignants, de médecins et d'intellectuels fuyant la dictature des Duvalier ; plusieurs contribuent au développement des réseaux d'éducation et de santé québécois issus de la Révolution tranquille. Une deuxième vague, plus nombreuse et d'origine sociale plus diversifiée, arrive dans les années 1970 et 1980. La langue française favorise l'établissement au Québec, et la communauté haïtienne devient la composante la plus importante de la population noire québécoise. Elle se concentre notamment dans les arrondissements de Montréal-Nord, de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, ainsi qu'à Laval.

Cette immigration transforme le profil linguistique de la communauté noire, désormais majoritairement francophone, et donne naissance à de nombreux organismes communautaires, culturels et religieux. Des personnalités issues de cette migration marquent la vie publique, dont l'écrivain Dany Laferrière, élu à l'Académie française en 2013, et Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada de 2005 à 2010.

Immigration africaine et portrait contemporain

Depuis les années 1990, l'immigration en provenance de l'Afrique subsaharienne francophone s'accroît, favorisée par la sélection québécoise des immigrants, qui valorise la connaissance du français. Les principaux pays d'origine comprennent notamment le Cameroun, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo, le Sénégal et d'autres pays d'Afrique de l'Ouest et centrale. Des personnes réfugiées venues de diverses régions d'Afrique s'ajoutent à cette immigration.

Recensement de 2021

IndicateurValeur
Population noire au Québec422 405
Proportion de la population québécoise5,1 %

La population noire est fortement concentrée dans la région métropolitaine de Montréal, mais sa présence s'étend à Laval, à la Montérégie, à l'Outaouais, notamment à Gatineau, et à la région de la Capitale-Nationale. Elle est diverse sur les plans linguistique (français, anglais, créole haïtien et langues africaines), religieux et générationnel, regroupant à la fois des descendants de familles établies depuis plusieurs générations et des immigrants récents.

Luttes pour l'égalité

L'histoire de la communauté noire au Québec est marquée par la ségrégation de fait et la discrimination dans l'emploi, le logement et les services. En 1936, Fred Christie se voit refuser le service dans une taverne du Forum de Montréal ; en 1939, la Cour suprême du Canada donne raison à l'établissement au nom de la liberté de commerce, une décision devenue emblématique de la discrimination légale de l'époque.

Les années 1960 voient l'affirmation de mouvements militants. En octobre 1968, le Congrès des écrivains noirs, tenu à l'Université McGill, réunit des figures du mouvement panafricain. En 1969, l'affaire Sir George Williams éclate lorsque des étudiants, majoritairement antillais, occupent le centre informatique de l'université pour dénoncer le traitement d'une plainte pour racisme ; l'occupation se termine le 11 février 1969 par l'intervention policière et un incendie.

Au début des années 1980, des chauffeurs de taxi d'origine haïtienne dénoncent la discrimination dans leur industrie à Montréal, ce qui donne lieu à une enquête de la Commission des droits de la personne du Québec. Sur le plan politique, Jean Alfred, d'origine haïtienne, devient en 1976 le premier député noir élu à l'Assemblée nationale.

Au XXIe siècle, les débats portent notamment sur le profilage racial, le racisme systémique et l'accès à l'emploi. La Charte des droits et libertés de la personne, adoptée en 1975, interdit la discrimination fondée sur la race et la couleur.

Mémoire et historiographie

Des historiens soulignent que la présence noire de longue durée a été peu représentée dans la mémoire collective et l'historiographie québécoise francophone. Les travaux pionniers de Marcel Trudel sur l'esclavage, publiés à partir de 1960, puis l'ouvrage de synthèse de Daniel Gay, Les Noirs du Québec, 1629-1900 (Septentrion, 2004), ont contribué à documenter cette histoire à partir des archives coloniales, notariales et paroissiales.

La recherche récente s'intéresse au racisme antinoir, aux liens entre les communautés anglophones et francophones, à l'histoire des femmes noires et aux archives communautaires, comme celles du Centre communautaire des Noirs de Montréal. Des projets universitaires, notamment à l'Université Concordia, mobilisent ces fonds dans l'enseignement.

Le Mois de l'histoire des Noirs, célébré en février, est souligné à Montréal depuis le début des années 1990 à l'initiative d'organismes communautaires, puis reconnu par la Chambre des communes du Canada en 1995. Il constitue un moment de mise en valeur de figures et d'événements de cette histoire, ainsi que de l'apport des communautés noires à la culture, à la vie économique et à la vie publique du Québec.

Sources

  1. Daniel Gay, « Portrait d'une communauté : les Noirs du Québec, 1629-1900 », Cap-aux-Diamants
  2. Daniel Gay, Les Noirs du Québec, 1629-1900, Éditions du Septentrion
  3. Compte rendu de Les Noirs du Québec, 1629-1900, Ethnologies
  4. « Racisme anti-noir et suprématie blanche au Québec », Bulletin d'histoire politique
  5. Radio-Canada, « Communauté noire anglophone de La Petite-Bourgogne : la grande oubliée »
  6. Université Concordia, archives du Centre communautaire des Noirs de Montréal
  7. Charlène Lusikila et Vincent Mousseau, « Au-delà de la question culturelle », Intervention
  8. Statistique Canada, Série « Perspective géographique », Recensement de 2021 : Québec
  9. Statistique Canada, « Le recensement canadien, un riche portrait de la diversité ethnoculturelle et religieuse au pays »
  10. Patrimoine canadien, « Événements marquants de l'histoire des personnes noires et de leurs communautés au Canada »
  11. Université du Québec à Trois-Rivières, « Les Noirs du Québec : histoire et contributions »
  12. Marcel Trudel, Deux siècles d'esclavage au Québec
  13. Dictionnaire biographique du Canada, notices d'Olivier Le Jeune et de Marie-Joseph-Angélique
  14. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Communautés noires du Québec — Wikipédia
  2. Histoire des communautés noires à Montréal et au Québec
  3. DES VALEURS PARTAGÉES, DES INTÉRÊTS COMMUNS
  4. Au-delà de la solidarité féminine
  5. Organismes et ressources éducatives liées à l'histoire des ...
  6. Les Noirs du Québec, 1629-1900 — Wikipédia
  7. Mois de l'histoire des Noirs... en chiffres - Statistique Canada
  8. The Canadian census: A rich portrait of the country's ...

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Fast · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : communauté noire, esclavage en nouvelle-france, petite-bourgogne, immigration haïtienne, porteurs de wagons-lits, racisme antinoir, olivier le jeune, marie-joseph angélique, mois de l'histoire des noirs

Processus éditorial

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