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Histoire

Compagnie du Nord-Ouest

La Compagnie du Nord-Ouest (CNO) est une entreprise de traite des fourrures formée à Montréal par des associations successives de marchands à partir de 1779. Dirigée par des négociants majoritairement écossais, notamment Simon McTavish, elle s'appuie sur des milliers de voyageurs canadiens-français et sur des partenaires autochtones. Son réseau s'étend des Grands Lacs jusqu'à l'Arctique et au Pacifique. Principale rivale de la Compagnie de la Baie d'Hudson, elle fusionne avec celle-ci en 1821 sous le nom de sa concurrente.

Origines et fondation

Après la Conquête de 1760, la traite des fourrures dans les « pays d'en haut » passe progressivement aux mains de marchands établis à Montréal, en majorité écossais et anglo-américains, qui reprennent les routes, les méthodes et la main-d'œuvre héritées du Régime français. La multiplication des petites sociétés concurrentes dans l'intérieur du continent entraîne une hausse des coûts, une surenchère auprès des chasseurs autochtones et des affrontements entre traiteurs.

Pour limiter cette concurrence et mieux affronter la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui détient depuis 1670 une charte royale sur le bassin de la baie d'Hudson, plusieurs associés montréalais mettent leurs marchandises en commun. Une première entente de courte durée, conclue en 1779, est généralement retenue comme acte de naissance de la Compagnie du Nord-Ouest. Une association plus durable, divisée en seize parts, est conclue en 1783-1784, ce qui explique que certaines références situent la fondation à cette date.

La compagnie n'est pas une société par actions dotée d'une charte, mais une association de marchands renouvelée par contrats successifs. En 1787, elle absorbe les principaux concurrents de l'époque, réunis autour de la société Gregory, McLeod and Company, à laquelle appartenait Alexander Mackenzie. Simon McTavish et Joseph Frobisher, par l'intermédiaire de la maison McTavish, Frobisher and Company, deviennent alors les principaux agents montréalais de l'entreprise.

Organisation et fonctionnement

La Compagnie du Nord-Ouest repose sur un partage des tâches entre deux catégories d'associés :

  • les agents de Montréal, qui financent l'entreprise, achètent les marchandises de traite en Grande-Bretagne, organisent l'expédition des canots et vendent les fourrures sur le marché de Londres ;
  • les associés hivernants, aussi appelés « bourgeois », qui dirigent les postes de l'intérieur et commercent directement avec les nations autochtones.

Sous ces associés travaillent des commis, des guides, des interprètes et un grand nombre d'engagés. Les commis pouvaient espérer accéder au statut d'associé, ce qui favorisait leur engagement envers l'entreprise.

Le circuit annuel

Chaque printemps, les brigades de grands canots, les canots de maître, quittent Lachine, en amont des rapides, chargées de marchandises. Elles remontent la rivière des Outaouais, gagnent le lac Huron puis le lac Supérieur. Le rendez-vous annuel a lieu d'abord à Grand Portage, puis, à partir du début des années 1800, à Kaministiquia, rebaptisé Fort William en 1807 en l'honneur de William McGillivray. Les associés s'y réunissent pour arrêter les décisions de l'année, tandis que les marchandises sont échangées contre les fourrures descendues de l'intérieur à bord de canots plus petits, les canots du Nord.

Le ravitaillement des brigades de l'intérieur dépend du pemmican, préparé à partir de viande de bison par les peuples des Prairies et par les Métis, ce qui fait de la vallée de la rivière Rouge un point stratégique.

À Montréal, les associés fondent en 1785 le Beaver Club, cercle réservé aux hommes ayant hiverné dans le Nord-Ouest, qui témoigne de l'influence sociale acquise par ces marchands.

Voyageurs et partenaires autochtones

La main-d'œuvre de la compagnie est composée en grande partie de voyageurs canadiens-français, recrutés dans les paroisses de la vallée du Saint-Laurent et engagés par contrats passés devant notaire à Montréal. Ces contrats précisent la durée de l'engagement, la destination, la fonction (devant, gouvernail ou milieu de canot) et le salaire.

On distingue traditionnellement :

  • les mangeurs de lard, qui assurent le trajet saisonnier entre Montréal et le lac Supérieur ;
  • les hommes du Nord ou hivernants, qui passent l'hiver dans les postes de l'intérieur.

Le travail est exigeant : longues journées de pagaie, portages où chaque homme transporte de lourds ballots, exposition au froid et aux rapides. La présence prolongée de ces hommes dans l'Ouest a contribué à l'établissement de communautés francophones et à l'émergence de la nation métisse, issue notamment des unions entre voyageurs et femmes autochtones.

La traite reposait entièrement sur les relations avec les peuples autochtones, qui fournissaient les fourrures, la nourriture, les connaissances du territoire et souvent les guides. Les alliances, y compris les unions dites « à la façon du pays » entre traiteurs et femmes autochtones, servaient de liens commerciaux et diplomatiques. La traite a aussi entraîné des effets durables pour ces peuples : dépendance accrue aux marchandises européennes, diffusion de l'alcool comme article d'échange et propagation d'épidémies.

Expansion et exploration

La recherche de nouvelles régions riches en fourrures pousse la compagnie toujours plus loin vers le nord et l'ouest, au-delà des territoires que la Compagnie de la Baie d'Hudson exploite depuis ses forts de la baie. La région de l'Athabasca, atteinte par Peter Pond à la fin des années 1770, devient l'une des plus rentables.

Plusieurs explorations majeures sont menées par des hommes de la compagnie :

AnnéeExplorateurRéalisation
1789Alexander MackenzieDescente du fleuve qui porte aujourd'hui son nom jusqu'à l'océan Arctique
1793Alexander MackenzieTraversée des Rocheuses et arrivée sur la côte du Pacifique
1808Simon FraserDescente du fleuve Fraser jusqu'à son embouchure
1811David ThompsonDescente du fleuve Columbia jusqu'au Pacifique

David Thompson réalise en outre un important travail de cartographie de l'intérieur du continent. Pendant la guerre de 1812, la compagnie acquiert en 1813 le poste d'Astoria, établi à l'embouchure du Columbia par la Pacific Fur Company de l'Américain John Jacob Astor, et le rebaptise Fort George.

Cette expansion allonge considérablement les lignes d'approvisionnement depuis Montréal, ce qui accroît les coûts d'exploitation par rapport à la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont les navires accèdent directement à la baie d'Hudson.

Rivalités et conflits

La XY Company

À la fin des années 1790, des marchands montréalais mécontents de la domination de Simon McTavish forment une société concurrente, la New North West Company, surnommée XY Company. Alexander Mackenzie, en désaccord avec McTavish, s'y joint après avoir quitté la CNO. La concurrence entre les deux entreprises est coûteuse et marquée par des violences dans les postes de l'intérieur. Après la mort de McTavish en 1804, les deux sociétés fusionnent la même année, et William McGillivray devient la figure dominante de la compagnie.

La Compagnie de la Baie d'Hudson et la colonie de la rivière Rouge

La rivalité avec la Compagnie de la Baie d'Hudson s'intensifie au début du XIXe siècle, les deux entreprises établissant des postes à proximité l'une de l'autre. En 1812, lord Selkirk, actionnaire important de la Compagnie de la Baie d'Hudson, fonde une colonie agricole à la rivière Rouge, sur la route d'approvisionnement en pemmican de la CNO. La proclamation de 1814 interdisant l'exportation du pemmican hors de la colonie aggrave les tensions.

Le 19 juin 1816, à la Grenouillère (Seven Oaks), un affrontement entre des Métis menés par Cuthbert Grant, associés à la CNO, et des hommes de la colonie fait une vingtaine de morts du côté de la colonie, dont le gouverneur Robert Semple. Selkirk riposte en s'emparant de Fort William la même année. Les poursuites judiciaires qui suivent, au Haut-Canada et au Bas-Canada, épuisent les deux compagnies.

Fusion de 1821

Affaiblies par des années de concurrence, de violences et de procès, ainsi que par la baisse de leurs profits, les deux compagnies négocient leur union sous la pression du gouvernement britannique. L'entente est conclue en 1821. L'entreprise réunie conserve le nom de Compagnie de la Baie d'Hudson, ainsi que sa charte, et obtient du gouvernement britannique un permis exclusif de traite dans les territoires situés au-delà de la Terre de Rupert.

Plusieurs associés hivernants de la CNO deviennent des officiers de la nouvelle compagnie, qui s'appuie sur l'expérience et le réseau de postes de l'ancienne rivale. Toutefois, le centre des opérations se déplace : les fourrures sont désormais acheminées principalement par la baie d'Hudson, et l'importance de la route des canots entre Montréal et l'Ouest décline.

Pour Montréal, la fusion marque la fin d'une période où la ville dominait la traite continentale. Les capitaux accumulés par les marchands de fourrures sont progressivement réorientés vers d'autres secteurs, comme le commerce, la banque et le transport, qui prennent le relais dans l'économie montréalaise au cours du XIXe siècle.

Héritage et mémoire

La Compagnie du Nord-Ouest occupe une place importante dans l'histoire du Québec et du Canada. Elle illustre le rôle de Montréal comme plaque tournante d'un commerce continental et la continuité, après la Conquête, des savoir-faire canadiens-français dans la traite des fourrures. L'historiographie y voit aussi l'un des facteurs ayant établi une présence britannique jusqu'au Pacifique, préfigurant l'étendue du Canada moderne.

Au Québec, le lieu historique national du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine, administré par Parcs Canada, présente l'histoire de la traite et de la rivalité entre la CNO et la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il occupe un entrepôt de pierre construit en 1803, à proximité du point de départ des brigades de canots.

La figure du voyageur est devenue un élément de la mémoire collective canadienne-française, présente dans les chansons de canotage, le folklore et la littérature. Les contrats d'engagement conservés dans les archives notariales constituent une source importante pour l'histoire sociale et généalogique du Québec.

Hors du Québec, le site de Fort William a fait l'objet d'une reconstitution historique à Thunder Bay, en Ontario. Par ailleurs, le nom de North West Company a été repris en 1987 par une entreprise de commerce de détail établie à Winnipeg, issue de l'ancienne division nordique de la Compagnie de la Baie d'Hudson, sans lien juridique direct avec la compagnie historique.

Sources

  1. L'Encyclopédie canadienne, « Compagnie du Nord-Ouest »
  2. Parcs Canada, « Les compagnies », lieu historique national du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine
  3. Université McGill, « Histoire – Organisation des activités de traite de la CNO »
  4. Dictionnaire biographique du Canada, « North West Company »
  5. Musée canadien de l'histoire, « Profit et ambition : La Compagnie du Nord-Ouest et la traite des fourrures, 1779-1821 »
  6. Université Concordia, « L'histoire des francophones de l'Ouest canadien »
  7. Persée, compte rendu de La Compagnie du Nord-Ouest, une épopée montréalaise
  8. Wikipédia, « Compagnie du Nord-Ouest »
  9. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Statistique Canada, « Commerce des fourrures », recensement de 1931
  2. Statistique Canada, « Commerce des fourrures », recensement de 1925

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : traite des fourrures, montréal, voyageurs, compagnie de la baie d'hudson, simon mctavish, pays d'en haut, métis, lachine

Processus éditorial

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