Origines et fondation
Le sanctuaire naît dans le contexte de la colonisation de la côte de Beaupré, sous le régime français. Selon la Commission de toponymie du Québec, la paroisse de Sainte-Anne-de-Beaupré est fondée en 1657 et érigée canoniquement en 1678.
En 1658, une première chapelle dédiée à sainte Anne est construite sur un terrain donné par le colon Étienne de Lessard. Ce geste fonde l'établissement religieux autour duquel se développe le lieu de pèlerinage.
La tradition locale rattache aussi l'origine du sanctuaire au vœu de marins bretons qui, pris dans une tempête sur le Saint-Laurent, auraient promis d'élever une chapelle à sainte Anne s'ils échappaient au naufrage. Ce récit, transmis de génération en génération, relève de la tradition et ne repose pas sur une documentation indépendante. Il témoigne toutefois de la forte dévotion à sainte Anne chez les populations venues de l'ouest de la France, notamment de Bretagne, où son culte est très répandu.
Dès les premières décennies, des guérisons attribuées à l'intercession de la sainte sont rapportées, ce qui contribue à attirer des fidèles de la colonie. Ces récits appartiennent à l'histoire religieuse du lieu et à la culture de dévotion de la Nouvelle-France.
Édifices successifs
Le site a connu plusieurs lieux de culte, construits au fil de la croissance du pèlerinage.
Sous le régime français
La chapelle de 1658 est remplacée par des édifices plus solides au cours du XVIIe siècle, à mesure que la paroisse s'organise et que l'affluence augmente.
La chapelle commémorative
Au XIXe siècle, une chapelle commémorative est élevée sur l'emplacement d'une ancienne église du régime français, en réemployant certains de ses matériaux. Elle perpétue le souvenir des premiers sanctuaires et fait toujours partie de l'ensemble.
La première basilique
Une vaste église est inaugurée en 1876. Elle est élevée au rang de basilique mineure en 1887, reconnaissance accordée par le Saint-Siège à des églises d'importance particulière. Cet édifice est détruit par un incendie en 1922.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1657 | Fondation de la paroisse |
| 1658 | Construction de la première chapelle |
| 1678 | Érection canonique de la paroisse |
| 1876 | Inauguration de l'église qui deviendra basilique |
| 1887 | Titre de basilique mineure |
| 1922 | Destruction de la basilique par un incendie |
| 1962 | Achèvement des flèches de la basilique actuelle |
| 1976 | Consécration de la basilique actuelle |
La basilique actuelle
Après l'incendie de 1922, la reconstruction est entreprise rapidement : la construction de l'édifice actuel commence dans les années 1920. Le chantier s'étend sur plusieurs décennies. Les flèches sont achevées en 1962 et la basilique est consacrée en 1976, plus d'un demi-siècle après la destruction de l'édifice précédent.
La basilique se distingue par l'ampleur de son programme décoratif. Mosaïques, vitraux, peintures et sculptures y illustrent la vie de sainte Anne, des scènes bibliques et l'histoire du sanctuaire. Cet ensemble témoigne de l'art religieux du XXe siècle au Québec et de l'investissement de la communauté catholique dans le lieu.
Autour de la basilique, le sanctuaire comprend d'autres éléments destinés aux pèlerins, dont la chapelle commémorative et un chemin de croix extérieur aménagé sur le flanc de la colline. L'ensemble forme un site de dévotion organisé, conçu pour accueillir des fidèles en grand nombre, en particulier pendant la saison estivale.
Dévotion et pèlerinages
Le sanctuaire est associé à une longue tradition de pèlerinage à sainte Anne, figure particulièrement vénérée au Québec. Sa fête liturgique, le 26 juillet, constitue le temps fort de l'année au sanctuaire, précédée d'une neuvaine qui rassemble traditionnellement de nombreux pèlerins.
Reliques et ex-voto
Le sanctuaire conserve des reliques attribuées à sainte Anne, objets de vénération pour les fidèles. Il présente également des ex-voto, notamment des béquilles et des cannes laissées par des pèlerins en signe de reconnaissance pour des grâces ou des guérisons qu'ils attribuaient à la sainte. Ces témoignages font partie de l'histoire religieuse du lieu ; ils traduisent des convictions de foi et ne constituent pas des faits médicaux établis.
Formes du pèlerinage
Au fil des siècles, les pèlerins arrivent par voie d'eau, puis par la route et le chemin de fer qui longent la côte de Beaupré. Les pèlerinages paroissiaux et diocésains organisés, venus du Québec, du reste du Canada et des États-Unis, ont marqué l'histoire du sanctuaire aux XIXe et XXe siècles.
Présence autochtone
Le sanctuaire occupe une place importante dans la vie religieuse de nombreuses communautés autochtones catholiques. La dévotion à sainte Anne, introduite par les missionnaires, s'est enracinée chez plusieurs peuples, et des membres de diverses Premières Nations fréquentent le sanctuaire, notamment à l'occasion de la fête de juillet.
Cette dimension a été soulignée lors de la visite du pape François au Canada en juillet 2022. Dans le cadre de ce voyage, consacré en grande partie à la démarche de réconciliation avec les peuples autochtones à la suite des révélations sur le système des pensionnats, le pape a célébré une messe au sanctuaire, présenté par Vatican News comme un lieu de rassemblement pour l'ensemble des communautés du Québec.
La présence autochtone au sanctuaire s'inscrit ainsi dans une histoire complexe, liée à la fois à la christianisation des Premières Nations sous le régime français et après la Conquête, et aux débats contemporains sur la mémoire des institutions religieuses.
Patrimoine et mémoire collective
Le Sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré compte parmi les plus anciens lieux de pèlerinage d'Amérique du Nord. Il est étroitement lié à l'histoire de la côte de Beaupré, l'une des premières zones de peuplement de la Nouvelle-France, et à celle de l'Église catholique au Québec.
Le sanctuaire est aussi un repère touristique et culturel de la région de la Capitale-Nationale. L'Office du tourisme de Québec le présente parmi les attraits de la région, et sa basilique attire des visiteurs intéressés par l'architecture et l'art religieux autant que par la dévotion.
Il convient de distinguer l'histoire du lieu de pèlerinage de celle de la municipalité. La Commission de toponymie du Québec traite séparément ces deux réalités : la ville actuelle de Sainte-Anne-de-Beaupré résulte d'une fusion de municipalités survenue en 1973, alors que le sanctuaire et la paroisse remontent au XVIIe siècle. Le toponyme lui-même rappelle la dédicace du premier lieu de culte et l'ancienne seigneurie de Beaupré.
Par sa longévité, ses édifices successifs et la diversité de ses pèlerins, le sanctuaire constitue un témoin de la continuité de la pratique religieuse populaire au Québec, depuis la Nouvelle-France jusqu'à la période contemporaine.