Contexte
La guerre de Sept Ans (1756-1763) oppose notamment la France et la Grande-Bretagne en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde. En Amérique, les hostilités ont débuté dès 1754 dans la vallée de l'Ohio. Après plusieurs succès français, dont la prise de Fort William Henry en 1757 et la victoire de Carillon en 1758, la situation se retourne : la forteresse de Louisbourg tombe en juillet 1758, puis le fort Frontenac en août de la même année.
Pour 1759, le gouvernement britannique, sous l’impulsion de William Pitt, planifie une offensive convergente contre la vallée du Saint-Laurent : une armée doit progresser par le lac Champlain, une autre vers le lac Ontario et Niagara, tandis qu'une expédition amphibie remonte le fleuve pour attaquer Québec, siège du gouvernement colonial, de l'évêché et principal port de la colonie.
La Nouvelle-France, éprouvée par de mauvaises récoltes et par les difficultés d'approvisionnement depuis la métropole, dispose de ressources limitées. Les autorités coloniales concentrent l'essentiel de leurs forces autour de Québec, jugée prioritaire, tout en maintenant des détachements sur les autres fronts.
Forces en présence
Côté britannique
L'expédition réunit une flotte importante, composée de vaisseaux de guerre et de nombreux navires de transport, sous le commandement du vice-amiral Charles Saunders. Les troupes terrestres, commandées par le major-général James Wolfe, comptent plusieurs milliers de soldats réguliers ainsi que des compagnies de rangers. Wolfe est secondé par trois brigadiers : Robert Monckton, George Townshend et James Murray.
Côté français
La défense est confiée au marquis Louis-Joseph de Montcalm, commandant des troupes de terre, sous l'autorité du gouverneur général Pierre de Rigaud de Vaudreuil. Elle regroupe :
- des bataillons de troupes de terre venus de France ;
- des compagnies franches de la Marine ;
- un grand nombre de miliciens canadiens, mobilisés dans les paroisses de la colonie ;
- des guerriers autochtones alliés, dont des Wendats, des Abénakis et des combattants de nations des Pays-d'en-Haut.
Le chevalier François-Gaston de Lévis et Louis-Antoine de Bougainville figurent parmi les principaux officiers. Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay, lieutenant du roi, commande la garnison de la ville. Le dispositif français repose sur une ligne retranchée le long de la côte de Beauport, entre la rivière Saint-Charles et la chute Montmorency, considérée comme le secteur de débarquement le plus probable.
Déroulement du siège
Arrivée de la flotte
Après avoir remonté le Saint-Laurent, la flotte britannique atteint les environs de Québec à la fin de juin 1759, et les troupes débarquent sur l'île d'Orléans. Une tentative française d'incendier la flotte au moyen de brûlots échoue. Les Britanniques s'emparent ensuite de la pointe de Lévy, sur la rive sud, face à la ville, où ils installent des batteries d'artillerie. Wolfe établit également un camp à l'est de la chute Montmorency.
Bombardement de la ville
Le bombardement commence en juillet depuis la rive sud et se poursuit pendant des semaines. La basse-ville est particulièrement touchée : un vaste incendie y détruit de nombreuses maisons ainsi que l'église Notre-Dame-des-Victoires. Dans la haute-ville, la cathédrale Notre-Dame est incendiée, et plusieurs édifices religieux et civils sont gravement endommagés. Une partie de la population quitte la ville pour se réfugier dans les campagnes.
Bataille de Montmorency
Le 31 juillet, Wolfe lance une attaque contre la ligne de Beauport, près de la chute Montmorency. L'assaut est repoussé par les défenseurs, et les Britanniques subissent des pertes de plusieurs centaines d'hommes.
Dévastation des campagnes
Au cours du mois d'août, des détachements britanniques incendient fermes et habitations dans plusieurs paroisses de la côte de Beaupré, de l'île d'Orléans et de la côte du Sud. Ces destructions visent à priver l'armée française de ravitaillement et à pousser les miliciens à quitter les rangs.
Opérations en amont
Des navires britanniques réussissent à franchir le passage devant la ville et à remonter le fleuve, ce qui oblige les Français à surveiller la rive nord en amont de Québec. Bougainville est chargé de ce secteur avec un corps mobile. Après la chute de Niagara, Lévis est envoyé vers la région de Montréal pour en renforcer la défense.
Bataille des plaines d'Abraham et capitulation
Au début de septembre, l'état-major britannique opte pour un débarquement en amont de la ville. Dans la nuit du 12 au 13 septembre 1759, des troupes descendent le fleuve en embarcations et prennent pied à l'anse au Foulon. Elles gravissent la falaise, neutralisent le poste qui la garde et se déploient au matin sur les plaines d'Abraham, à l'ouest des fortifications.
Montcalm décide d'engager le combat sans attendre le retour du corps de Bougainville. La bataille du 13 septembre est brève et se solde par une victoire britannique. Wolfe est mortellement blessé sur le terrain ; Montcalm, atteint pendant la retraite, meurt le lendemain, 14 septembre. Le commandement britannique passe à George Townshend.
Le soir même, l'armée française se retire vers l'ouest, en direction de la rivière Jacques-Cartier, laissant à Québec une garnison réduite. Faute de vivres et de renforts, Ramezay signe la capitulation de la ville le 18 septembre 1759. Les troupes britanniques prennent possession de Québec, qui passe sous administration militaire britannique, James Murray en assurant le commandement.
Conséquences
La capitulation de Québec met fin au siège, mais non à la guerre en Amérique du Nord. Au printemps 1760, l'armée française commandée par Lévis revient vers Québec et remporte la bataille de Sainte-Foy, le 28 avril 1760. Elle assiège à son tour la ville, mais doit lever le siège à l'arrivée de navires britanniques en mai. Montréal capitule le 8 septembre 1760, ce qui marque la fin de la résistance française dans la vallée du Saint-Laurent.
Un régime militaire britannique administre ensuite la colonie jusqu'à la conclusion de la paix. Par le traité de Paris, signé le 10 février 1763, la France cède le Canada à la Grande-Bretagne. La Proclamation royale de la même année crée la Province of Quebec.
Pour la population canadienne, le siège a laissé des traces durables : destruction d'une large partie de la ville, ruine de nombreuses exploitations agricoles dans les paroisses environnantes, pertes humaines et pénurie de vivres pendant l'hiver suivant. La reconstruction de la basse-ville et des églises s'étend sur plusieurs années.
Sources et historiographie
Le siège est documenté par de nombreux témoignages contemporains : correspondances officielles, journaux d'officiers français et britanniques, récits de religieuses et de civils. Bibliothèque et Archives nationales du Québec conserve et diffuse notamment un Journal du siège de Québec, du 10 mai au 18 septembre 1759, source primaire éditée qui permet de suivre au jour le jour les événements vus de la ville assiégée.
Les récits divergent parfois sur les dates des premières opérations, sur les effectifs engagés et sur l'ampleur des pertes, ce qui invite à recouper les sources. L'historiographie a longtemps centré l'interprétation de l'événement sur le duel entre Wolfe et Montcalm, popularisé par la peinture et la littérature du XIXe siècle. Les travaux plus récents accordent davantage d'attention aux miliciens canadiens, aux alliés autochtones, à la population civile et aux dimensions navales et logistiques de la campagne.
Dans la mémoire collective québécoise, le siège et la bataille qui le conclut sont associés à la Conquête, considérée comme un tournant majeur de l'histoire du Québec et objet de lectures historiographiques divergentes.
Mémoire et commémoration
Le siège de Québec de 1759 est reconnu comme événement historique national par le gouvernement du Canada ; la plaque commémorative se trouve aux plaines d'Abraham, à Québec. Il figure également au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, tenu par le ministère de la Culture et des Communications.
Le site de la bataille est aujourd'hui intégré au parc des Champs-de-Bataille, administré par la Commission des champs de bataille nationaux, créée en 1908. Dans le Jardin des Gouverneurs, un obélisque érigé au XIXe siècle rend hommage conjointement à Wolfe et à Montcalm.
Les commémorations de l'événement suscitent régulièrement des débats. En 2009, à l'occasion du 250e anniversaire, un projet de reconstitution de la bataille a été annulé à la suite de controverses, tandis que d'autres activités, dont une lecture publique de textes marquants de l'histoire du Québec, se sont tenues sur les plaines d'Abraham.

