Origines et fondation
L'Ordre de Sainte-Ursule est issu de la compagnie fondée par Angèle Merici à Brescia, en Italie, au XVIe siècle. Implantées en France, les Ursulines s'y consacrent à l'instruction des filles et vivent, au XVIIe siècle, sous la règle de la clôture monastique.
Le projet d'une fondation en Nouvelle-France est porté par Marie Guyart, dite Marie de l'Incarnation, ursuline de Tours. Elle débarque à Québec le 1er août 1639 avec deux autres religieuses et Madeleine de La Peltrie, laïque fortunée qui finance l'entreprise. Le même navire transporte les Augustines hospitalières venues fonder l'Hôtel-Dieu de Québec.
Les religieuses s'installent d'abord dans une modeste maison de la Basse-Ville, où elles accueillent leurs premières élèves. En 1642, elles emménagent dans un monastère construit en Haute-Ville, sur le terrain qu'elles occupent encore aujourd'hui. Le bâtiment est détruit par un incendie en 1650, puis reconstruit ; un autre incendie le frappe en 1686.
Marie de l'Incarnation dirige la communauté jusqu'à sa mort en 1672. Sa correspondance abondante, adressée notamment à son fils Claude Martin, constitue une source majeure sur les débuts de la colonie. Elle étudie aussi les langues autochtones et rédige des ouvrages religieux et lexicaux dans certaines d'entre elles.
Œuvre éducative en Nouvelle-France
L'école des Ursulines est considérée comme la première école pour filles de la colonie. Sa mission initiale associe l'instruction et l'évangélisation.
Élèves autochtones
Dès les premières années, les religieuses reçoivent des jeunes filles innues, algonquines et wendates, souvent comme pensionnaires. L'objectif, conforme aux visées missionnaires de l'époque, est de les instruire dans la foi catholique et dans les usages français. Ce projet de francisation rencontre des résultats limités, plusieurs élèves retournant auprès de leur famille, et la proportion d'élèves autochtones diminue au fil des décennies.
Élèves françaises
Les filles des familles coloniales forment ensuite l'essentiel de la clientèle, tant au pensionnat qu'à l'externat. L'enseignement comprend la lecture, l'écriture, le calcul, la religion ainsi que les travaux à l'aiguille et divers arts.
Arts et savoir-faire
Les Ursulines acquièrent une réputation durable pour la broderie, notamment la broderie d'ornements liturgiques au fil d'or et de soie. Elles produisent également des objets en écorce de bouleau ornés de broderies en poil d'orignal, technique d'inspiration autochtone, prisés comme objets de curiosité.
En 1697, la communauté de Québec fonde un deuxième monastère à Trois-Rivières, qui y joint l'enseignement et le soin des malades.
Conquête et régime britannique
Pendant le siège de Québec de 1759, le monastère est endommagé par les bombardements britanniques. Les religieuses se réfugient temporairement à l'Hôpital-Général. Selon la tradition, le marquis de Montcalm, mortellement blessé lors de la bataille des plaines d'Abraham, est inhumé dans la chapelle des Ursulines ; ses restes ont été transférés en 2001 au cimetière de l'Hôpital-Général de Québec.
Après la capitulation de la ville, les Ursulines hébergent et soignent des militaires britanniques dans leur monastère. Elles reprennent ensuite leurs activités d'enseignement, qui se poursuivent sans interruption majeure sous le nouveau régime.
Le maintien de la communauté après la Conquête s'inscrit dans le contexte plus large de la survie des institutions catholiques de la colonie, qui continuent d'assumer l'essentiel de l'enseignement et des services sociaux auprès de la population canadienne-française. Le pensionnat attire alors aussi des élèves de familles britanniques et anglophones.
Expansion et transformations (XIXe et XXe siècles)
Au XIXe siècle, la communauté élargit son action dans le domaine de la formation. En 1856, les Ursulines créent une école normale pour jeunes filles, destinée à former des institutrices ; cette institution est devenue le collège Mérici en 1970, dont le nom rappelle la fondatrice de l'ordre.
La communauté essaime dans d'autres régions du Québec, où sont fondés de nouveaux monastères et écoles. Les différentes maisons ursulines du Canada se regroupent par la suite dans des structures communes, et les sources de la communauté indiquent qu'en 2008 les provinces ursulines du Québec ont été réunies en une seule province, au sein des Ursulines de l'Union canadienne.
Le XXe siècle est marqué par l'assouplissement de la clôture à la suite du concile Vatican II, puis par la Révolution tranquille, qui transfère à l'État une large part de la responsabilité de l'éducation. Comme les autres communautés enseignantes, les Ursulines voient leurs effectifs diminuer et confient progressivement la direction de leurs établissements à des laïcs.
L'École des Ursulines de Québec poursuit ses activités d'enseignement primaire. En octobre 2026, elle était notamment mentionnée pour un projet de robotique éducative mené en 2e année.
Monastère et patrimoine
Le monastère des Ursulines-de-Québec, situé dans le Vieux-Québec, est un ensemble de bâtiments construits par étapes du XVIIe au XXe siècle autour de cours et de jardins. Il est classé immeuble patrimonial par le gouvernement du Québec et fait partie de l'arrondissement historique du Vieux-Québec, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le site comprend notamment :
- une chapelle, reconstruite au début du XXe siècle, qui conserve un décor intérieur sculpté du XVIIIe siècle ;
- une chapelle funéraire associée à Marie de l'Incarnation, où repose sa dépouille ;
- des ailes anciennes du monastère, dont une partie est accessible au public ;
- des collections d'œuvres d'art, d'objets liturgiques, de broderies, de mobilier et d'archives.
Ces collections, constituées sur près de quatre siècles, témoignent de la vie conventuelle, de l'histoire de l'éducation des filles et des échanges entre la communauté et les peuples autochtones. Le patrimoine de la communauté est présenté au public par le Musée des Ursulines de Québec et le Centre Marie-de-l'Incarnation.
Les archives de la communauté constituent un fonds important pour l'histoire de la Nouvelle-France et de l'éducation au Québec.
Départ du monastère et mémoire
Depuis 2018
En 2018, les Ursulines ont quitté le monastère du Vieux-Québec, qu'elles occupaient depuis 1642, pour s'établir à Beauport. Ce départ marque la fin d'une présence continue de plus de trois siècles et demi au cœur de la ville. Les lieux ont depuis été réaffectés à des fonctions culturelles et éducatives, et le musée continue d'y présenter l'héritage de la communauté.
Reconnaissance de la fondatrice
Marie de l'Incarnation, béatifiée en 1980, a été canonisée en 2014, l'année du 375e anniversaire de l'arrivée des Ursulines à Québec. Elle est considérée comme l'une des figures fondatrices de l'Église catholique au Canada.
Historiographie
L'histoire de la communauté a fait l'objet de nombreux ouvrages, dont Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours, publié au XIXe siècle, et une synthèse couvrant la période de 1639 à 1953 parue chez Septentrion. Les historiens s'intéressent notamment au rôle des religieuses dans l'instruction féminine, à la vie monastique en contexte colonial et aux rapports entre missionnaires et peuples autochtones.