Aller au contenu
savoirs.québec
Histoire

Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) est une organisation patriotique canadienne-française, puis québécoise, dont les origines remontent à 1834, lorsque le journaliste et patriote Ludger Duvernay réunit à Montréal un banquet le 24 juin. Constituée en association en 1843 et dotée d'une charte en 1849, elle a joué un rôle central dans l'institutionnalisation de la fête de la Saint-Jean-Baptiste et dans la création d'œuvres sociales et culturelles. Laïcisée à partir des années 1960, elle se consacre aujourd'hui à la promotion du français, de l'histoire nationale et de l'indépendance du Québec.

Origines (1834-1843)

Les racines de la société se trouvent dans « Aide-toi et le ciel t'aidera », association fondée à Montréal en 1834 par Ludger Duvernay, imprimeur et propriétaire du journal La Minerve, proche du Parti patriote. Ce cercle visait d'abord à encourager l'écriture et la lecture chez les jeunes Canadiens.

Le 24 juin 1834, Duvernay réunit à Montréal un banquet patriotique placé sous le patronage de saint Jean-Baptiste. La réunion rassemble des figures du mouvement réformiste et contribue à faire du 24 juin la fête annuelle des Canadiens français. Le choix de cette date reprend une tradition plus ancienne, celle des feux de la Saint-Jean hérités de la Nouvelle-France, en lui donnant une portée civique et nationale.

Les célébrations sont interrompues pendant les rébellions de 1837-1838. Duvernay, compromis dans le mouvement patriote, s'exile aux États-Unis. Après son retour, l'Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal est constituée le 9 juin 1843. Les sources ne s'accordent pas toutes sur la date de fondation de l'organisation proprement dite : la société elle-même rattache sa naissance à 1834, tandis que d'autres retiennent 1843, date de sa constitution comme association distincte.

Constitution et essor au XIXe siècle

La société obtient une charte en 1849. Celle-ci lui confie notamment un rôle de bienfaisance envers les personnes d'origine française et de soutien à leur progrès moral et social. Dans le contexte de l'Union des Canadas, puis de la Confédération, l'association devient un lieu de sociabilité pour l'élite canadienne-française de Montréal : membres des professions libérales, marchands, journalistes et membres du clergé y côtoient les milieux politiques.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, l'organisation se dote de sections locales dans les paroisses montréalaises et inspire la création de sociétés semblables ailleurs au Québec ainsi que dans les communautés canadiennes-françaises d'Amérique du Nord, notamment en Nouvelle-Angleterre, où l'émigration canadienne-française est alors importante.

La société organise de grands rassemblements patriotiques et participe à l'affirmation d'une identité canadienne-française fondée sur la langue française, la foi catholique et la mémoire historique. En 1908, le pape Pie X proclame saint Jean-Baptiste patron des Canadiens français, consacrant le lien entre la figure religieuse et la fête nationale. L'organisation prend le nom de Société Saint-Jean-Baptiste en 1912.

Institutions et œuvres

La SSJBM a contribué à la fondation ou au soutien de plusieurs institutions montréalaises et québécoises. Parmi les réalisations qui lui sont associées figurent :

  • le Monument-National, édifice du boulevard Saint-Laurent inauguré en 1893, conçu comme un centre culturel et éducatif canadien-français ; il accueille des cours publics, des conférences et des spectacles, et devient un haut lieu du théâtre montréalais. Il est cédé en 1978 à l'École nationale de théâtre du Canada ;
  • une chambre de commerce francophone à Montréal, à la création de laquelle des membres de la société ont participé ;
  • la Fondation du prêt d'honneur, créée en 1944, qui accorde des prêts sans intérêt à des étudiants ;
  • divers prix et distinctions honorifiques, dont le prix Ludger-Duvernay, qui récompensent des personnalités des lettres, des arts, des sciences et de l'engagement civique.

Par ces œuvres, la société s'inscrit dans le vaste réseau d'associations nationales qui, entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle, encadrent la vie culturelle, économique et sociale des Canadiens français.

La fête de la Saint-Jean et les défilés

Pendant plus d'un siècle, la SSJBM est la principale organisatrice des célébrations du 24 juin à Montréal. Le défilé de la Saint-Jean-Baptiste, avec ses chars allégoriques évoquant l'histoire du Canada français, en constitue l'élément le plus visible. La tradition de représenter saint Jean-Baptiste sous les traits d'un enfant accompagné d'un mouton, longtemps centrale, suscite des critiques croissantes au cours des années 1960, une partie de la jeunesse nationaliste y voyant le symbole d'un peuple docile.

Le défilé du 24 juin 1968, auquel assiste le premier ministre fédéral Pierre Elliott Trudeau, est marqué par de violents affrontements entre manifestants et policiers, épisode connu sous le nom de « lundi de la matraque ». En 1969, le défilé est de nouveau perturbé et la statue de saint Jean-Baptiste est renversée.

Ces événements accompagnent la transformation de la fête. Le 24 juin est déclaré fête nationale du Québec en 1977, et son organisation à l'échelle québécoise est confiée à d'autres instances, dont le réseau qui deviendra le Mouvement national des Québécoises et Québécois. La SSJBM demeure toutefois associée aux célébrations montréalaises.

Laïcisation et virage indépendantiste

Dans le contexte de la Révolution tranquille, la société laïcise progressivement ses activités et délaisse le cadre religieux qui caractérisait son action depuis le XIXe siècle. Le nationalisme canadien-français cède alors la place à un nationalisme proprement québécois, centré sur le territoire et sur l'État du Québec.

Selon sa propre présentation historique, la SSJBM adopte en 1968 la promotion de l'indépendance du Québec comme mandat ; en 1969, elle se prononce officiellement en faveur de l'indépendance. Elle s'engage la même année dans la mobilisation contre le projet de loi 63 sur la langue d'enseignement, aux côtés d'autres organisations réunies au sein du Front du Québec français.

Dès lors, la société participe aux débats linguistiques et constitutionnels qui jalonnent l'histoire québécoise : adoption de la Charte de la langue française en 1977, référendums de 1980 et de 1995, et discussions ultérieures sur l'usage du français à Montréal. Elle se distingue ainsi de nombreuses sociétés Saint-Jean-Baptiste établies hors du Québec, qui conservent une vocation de défense des minorités francophones.

Activités contemporaines

La SSJBM se présente aujourd'hui comme un organisme voué à la promotion de la langue française, de l'histoire nationale et de l'indépendance du Québec. Son siège est situé à la Maison Ludger-Duvernay, à Montréal.

Ses activités comprennent notamment :

  • l'organisation d'activités commémoratives liées à l'histoire du Québec, dont celle des Patriotes de 1837-1838 ;
  • la participation aux célébrations de la fête nationale ;
  • des interventions publiques sur la situation du français, en particulier dans la région métropolitaine ;
  • la remise de prix et de distinctions honorifiques dans les domaines des arts, des lettres, des sciences et de l'action civique ;
  • le soutien à des publications et à des initiatives de diffusion de l'histoire nationale.

Par son ancienneté et la continuité de son action, la société occupe une place particulière dans la mémoire collective québécoise : elle relie le mouvement patriote des années 1830, le nationalisme canadien-français du XIXe et du début du XXe siècle et le mouvement souverainiste contemporain.

Sources

  1. L'Encyclopédie canadienne, « Société Saint-Jean-Baptiste »
  2. Répertoire du patrimoine culturel du Québec, « Société Saint-Jean-Baptiste »
  3. Dictionnaire biographique du Canada, « Société Saint-Jean-Baptiste »
  4. Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, « Historique de la fondation »
  5. Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, « À propos de la SSJB »
  6. Mouvement national des Québécoises et Québécois, « Historique »
  7. Gratien Allaire, « Le triangle canadien-français au tournant des années 1960 », Revue du Nouvel-Ontario
  8. Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada, mémoire de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec
  9. Savoirs.Québec, registre éditorial
  10. Dictionnaire biographique du Canada, notice « Duvernay, Ludger »

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal — Wikipédia
  2. Historique

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : société saint-jean-baptiste, ludger duvernay, fête nationale du québec, nationalisme canadien-français, monument-national, indépendance du québec, langue française, montréal

Processus éditorial

Le débat du comité, les prompts des visuels et l'historique des mises à jour sont publics. Ouvrir le processus éditorial.

Discussion

Posez une question ou apportez une précision. Les messages sont publiés après vérification par l'équipe de modération. Savoir, l'assistante de recherche, répond lorsqu'elle peut citer une source ou vérifier un fait : cochez « Demander une réponse à Savoir » ou écrivez @Savoir.