Dénomination et classification
Le nom Inuinnaqtun est à la fois l'endonyme et la désignation française usuelle de la langue. Il renvoie aux Inuinnait, nation inuite de l'ouest de l'Arctique canadien, dont la langue constitue l'un des principaux moyens d'expression culturelle. Son code ISO 639-3 est ikt.
L'inuinnaqtun appartient à la famille des langues inuites, que Statistique Canada désigne sous le nom de langues inuktutes. Le terme collectif inuktut est parfois employé pour regrouper l'ensemble des langues inuites parlées au Canada, dont l'inuktitut, l'inuinnaqtun et l'inuvialuktun. Ces langues forment un continuum de variétés réparties à travers l'Arctique, avec des différences de vocabulaire, de prononciation et d'écriture d'une région à l'autre.
L'inuinnaqtun est étroitement apparenté aux variétés de l'inuvialuktun, parlées dans la région désignée des Inuvialuit, dans les Territoires du Nord-Ouest. La variété parlée à Ulukhaktok est d'ailleurs parfois rattachée, selon les classifications, tantôt à l'inuinnaqtun, tantôt au groupe inuvialuktun. Cette proximité explique que les statistiques et les classements administratifs varient selon les sources.
Aire linguistique
L'inuinnaqtun est parlé dans l'ouest du Nunavut et dans certaines parties des Territoires du Nord-Ouest. Ses principales communautés sont les suivantes :
- Cambridge Bay (Iqaluktuuttiaq), sur l'île Victoria, au Nunavut ;
- Kugluktuk, sur la côte continentale, à l'embouchure de la rivière Coppermine, au Nunavut ;
- Ulukhaktok, sur l'île Victoria, dans les Territoires du Nord-Ouest.
Ces localités se situent dans la région de Kitikmeot, au Nunavut, et dans la région des Inuvialuit, dans les Territoires du Nord-Ouest. Selon Statistique Canada, la majorité des locuteurs de l'inuinnaqtun résident au Nunavut, tandis qu'une part importante vit dans la région des Inuvialuit.
La langue est également présente, à une échelle plus restreinte, dans les centres urbains du Nord et du Sud du Canada où se sont établis des Inuinnait, sans que ces populations constituent des communautés de langue structurées.
Écriture
L'inuinnaqtun s'écrit exclusivement en alphabet latin. Il se distingue ainsi de l'inuktitut de l'est du Nunavut et du Nunavik, qui recourt principalement à l'écriture syllabique. Ce choix orthographique, propre aux communautés de l'ouest de l'Arctique, est une pratique vivante utilisée dans l'enseignement, l'affichage, les documents publics et les publications communautaires.
Au Nunavut, où les langues inuites s'écrivent selon les régions en syllabique ou en caractères latins, l'inuinnaqtun occupe une place particulière : les documents officiels du territoire sont souvent produits à la fois en inuktitut syllabique et en inuinnaqtun latin, aux côtés de l'anglais et du français. Statistique Canada publie par exemple certaines de ses analyses linguistiques sur le Nunavut en inuinnaqtun, notamment le document Uqauhiit Nunavunmi, 2021, consacré aux langues au Nunavut.
L'usage de l'alphabet latin facilite la circulation de matériel écrit entre les communautés inuinnait et inuvialuit, dont les variétés sont proches.
Statut légal
L'inuinnaqtun bénéficie d'un statut officiel dans les deux territoires où il est parlé.
Nunavut
Au Nunavut, l'inuinnaqtun fait partie de la langue inuite, reconnue comme langue officielle aux côtés de l'anglais et du français. Le cadre législatif du territoire, créé le 1er avril 1999, encadre l'usage de la langue inuite dans les services publics, l'éducation et le milieu de travail.
Territoires du Nord-Ouest
Aux Territoires du Nord-Ouest, l'inuinnaqtun figure parmi les langues officielles reconnues par la législation territoriale, qui comprend plusieurs langues autochtones en plus de l'anglais et du français. Le ministère de l'Éducation, de la Culture et de la Formation du territoire met à disposition des ressources en langues inuites, qui englobent l'inuinnaqtun.
Québec
Ces statuts ne s'appliquent pas au Québec. La Charte de la langue française reconnaît aux Inuit du Québec le droit de maintenir et de développer leur langue, mais il s'agit de l'inuktitut du Nunavik et non de l'inuinnaqtun.
Vitalité, locuteurs et transmission
L'inuinnaqtun est considéré comme une langue sérieusement en danger. Son nombre de locuteurs est restreint et la transmission de la langue aux jeunes générations est fragilisée par la prédominance de l'anglais dans la vie quotidienne, les médias et l'économie.
Recensement de 2021
| Indicateur (Canada) | Nombre de personnes |
|---|---|
| Capables de parler l'inuinnaqtun | 790 |
| Inuinnaqtun déclaré comme langue maternelle | 500 |
L'écart entre ces deux chiffres indique qu'une partie des locuteurs ont appris la langue autrement que comme première langue, notamment par l'enseignement. D'autres estimations, qui incluent des locuteurs passifs ou des variétés apparentées, avancent des effectifs plus élevés, de l'ordre de 1 300 personnes.
Transmission et enseignement
La langue est transmise dans certaines familles et enseignée dans les écoles des communautés concernées, dans le cadre des politiques linguistiques du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest. Les programmes d'immersion pour la petite enfance, les cours de langue pour adultes et la production de matériel pédagogique en alphabet latin font partie des moyens mobilisés pour soutenir la langue. Les aînés locuteurs jouent un rôle central dans cette transmission, en particulier pour le vocabulaire lié au territoire, à la chasse et aux savoirs traditionnels.
Statistique Canada s'intéresse également aux locuteurs silencieux, c'est-à-dire aux personnes qui comprennent une langue autochtone sans la parler couramment, une catégorie pertinente pour les langues en situation de revitalisation comme l'inuinnaqtun.
Histoire
Les Inuinnait, longtemps désignés dans la littérature ethnographique sous le nom d'Inuit du cuivre en raison de leur usage du cuivre natif, occupent depuis des siècles le territoire de l'île Victoria, du golfe du Couronnement et des côtes continentales voisines. Leur langue s'est développée dans cet espace, en relation avec les variétés inuites voisines à l'est et à l'ouest.
Au cours du XXe siècle, la sédentarisation dans des communautés permanentes, l'établissement de postes de traite et de missions, puis la scolarisation en anglais, notamment dans le cadre du système des pensionnats, ont réduit l'usage de la langue au profit de l'anglais. Ces facteurs expliquent en grande partie la situation de fragilité actuelle de l'inuinnaqtun.
La création du Nunavut, le 1er avril 1999, et la reconnaissance des langues inuites comme langues officielles dans les territoires ont ouvert un cadre institutionnel favorable à la protection de la langue. L'inuinnaqtun est aujourd'hui intégré aux politiques publiques en matière d'éducation, de services gouvernementaux et de documentation, ce qui soutient sa présence dans l'espace public.
Rapport au Québec
L'inuinnaqtun n'est pas une langue traditionnelle du territoire québécois. La langue inuite parlée au Québec est l'inuktitut, dans sa variété du Nunavik appelée nunavimmiutut, écrite principalement en syllabique. Le profil de la population autochtone du Nunavik établi lors du Recensement de 2021 ne dénombre aucun locuteur de l'inuinnaqtun dans cette région.
Les deux langues appartiennent néanmoins à la même famille et partagent une base grammaticale et lexicale commune. Elles se distinguent toutefois par leur prononciation, une partie de leur vocabulaire et surtout leur système d'écriture : alphabet latin pour l'inuinnaqtun, syllabique pour le nunavimmiutut.
La présence de locuteurs individuels de l'inuinnaqtun au Québec, notamment en milieu urbain, n'est pas exclue, les données de recensement reposant sur des dénombrements statistiques. Pour le public québécois, l'inuinnaqtun constitue surtout un point de comparaison utile pour comprendre la diversité des langues inuites du Canada.